Imaginez un dialogue entre un jeune poète et un élément de la nature

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Annales corrigées
Classe(s) : 1re ES - 1re S | Thème(s) : Écriture poétique et quête du sens
Année : 2014 | Académie : Polynésie française
Corpus Corpus 1
Fuir le monde réel

Fuir le monde réel • Invention

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Poésie

12

Polynésie française • Septembre 2014

Séries ES, S • 16 points

Écriture d’invention

> Imaginez un dialogue entre un jeune poète et un élément de la nature. Cet échange le conduira à porter un nouveau regard sur l’existence.

Les clés du sujet

Comprendre le sujet

  • Genre : « dialogue ». Respectez-en les caractéristiques formelles : guillemets, alternance de prise de parole.
  • Sujet du dialogue : non précisé, mais en relation avec « l’existence ».
  • Type de texte : non précisé. Mais on peut supposer que, dans le dialogue, les deux interlocuteurs argumentent.
  • Situation d’énonciation : Qui ? un jeune poète ? À qui ? « un élément de la nature » et vice-versa.
  • Niveau de langue : soutenu ; le « jeune poète » est un familier du beau langage. Vous pouvez lui donner un langage poétique (images, rythme étudié, etc.).
  • Le registre ne vous est pas indiqué.
  • « Définition » du texte à produire, à partir de la consigne :

Dialogue (genre), qui argumente sur (type de texte) l’existence, la poésie (thème), ? (registre), vivant, existentiel (adjectifs), pour déboucher sur l’expression d’une vision du monde (buts).

Chercher des idées

Le fond

  • L’identité de « l’élément de la nature » : un végétal (arbre, fleur), un minéral, un élément (feu, eau, air, terre)… Donnez-lui une personnalité.
  • Le sujet de leur dialogue : compte tenu de l’identité du jeune poète, ils peuvent parler de poésie, de l’inspiration, ou plus généralement de la vie…
  • Le « regard sur l’existence » : langage parfois poétique, images et mots forts, utilisation de la 1re personne du pluriel…

La forme

  • Le choix du (des) registre(s) : compte tenu de la situation (un objet qui parle), il peut y avoir un peu d’humour ; l’objet peut aussi prendre un ton didactique…
  • Vous pouvez insérer de courts passages narratifs entre les différentes parties du dialogue pour en marquer la progression.
  • Le dialogue doit « fonctionner », c’est-à-dire suivre un fil conducteur, les répliques doivent se suivre logiquement.

>Pour réussir l’écriture d’invention : voir guide méthodologique.

>La poésie : voir mémento des notions.

Corrigé
Corrigé

Fatigué de me morfondre devant ma page blanche, je décidai d’aller me promener le long du rivage malgré l’heure tardive. J’étais persuadé que le spectacle vertigineux de l’océan m’inspirerait. Je m’assis face à la mer… Mais rien de ce que j’espérais ne se produisit. Particulièrement calme, la mer semblait décidée à ne rien partager avec moi. Irrité de ce mutisme, je pris un galet et le lançai furieusement dans l’eau… qui absorba le petit morceau de pierre et retrouva très vite sa placidité. Je m’en voulus d’avoir impliqué un malheureux galet dans ma colère.

Observez

Même quand l’écriture d’invention n’a pas de fond argumentatif littéraire, des références précises ou des citations sont utiles et enrichissent le texte.

« Je regrette, dis-je à voix haute en saisissant un autre galet, comme si je voulais me faire entendre de lui et me justifier ! Je me suis emporté ; mais, vois-tu, il ne m’est jamais arrivé de manquer d’inspiration à ce point. Un poète qui se respecte devrait pouvoir tirer quelque chose − n’importe quoi ! − de sa confrontation à la mer. Un si beau sujet ! « Homme libre, toujours tu chériras la mer ! », écrivait Baudelaire ! Hélas, comment chérir cette mer qui me rejette ? Comment voir en elle « un miroir » où « contempler mon âme ? ».

Je replongeai dans mes pensées. J’étais abattu.

Tout à coup j’eus la sensation que, malgré son inertie, le galet que je tenais était vivant et moins mutique que l’étendue d’eau où je venais de chercher en vain de poétiques idées. Il parlait, un doux grondement, comme un murmure !

« Pourquoi chercher à tout prix l’inspiration là où tu ne la trouves pas spontanément ? Pourquoi te forcer à écrire sur ce dont d’autres ont parlé avant toi ? Pourquoi risquer de répéter ce qui a été ressassé ? Pas étonnant que tu te heurtes à un mur… »

Je regardai le galet qui luisait d’un éclat interrogateur sous la douce lumière de la lune. J’étais tellement désemparé que l’entendre parler n’était pas une surprise, plutôt une délivrance.

« Sans doute, rétorquai-je en le regardant. Mais si de tels sujets reviennent toujours sous la plume des poètes, il n’y a pas de raison que je sois privé de ce plaisir. Regarde la Symphonie de la Mer de Walt Whitman : l’océan lui a inspiré une véritable ode à la liberté, à l’aventure et à l’infini, un poème si fort qu’il a été mis en musique par Vaughan Williams. C’est dire que, si la mer n’arrive pas à m’inspirer, je devrais peut-être abandonner l’idée d’écrire…

– Tu t’enfermes dans des considérations stériles, me répondit mon galet. Après tout, il est facile de trouver la mer belle. C’est une évidence ! La poésie ne doit pas être « évidente » ! Ton rôle n’est pas de confirmer ce que le monde sait déjà… Ne cède pas à cette facilité… N’est-il pas plus exaltant de révéler ce qu’il y a de beau et d’extraordinaire dans quelque chose de… commun ? Un pain… une huître… un… galet ?

– Que veux-tu dire ? »

Je sentais que je tenais quelque chose… Les réflexions de ce galet étaient bien plus fécondes que la stérile contemplation de la mer.

« Casse-moi », fit le galet.

J’eus un moment d’hésitation.

« Allons ! N’aie pas peur…

– Puisque tu insistes… »

Je me levai et le jetai par terre de toutes mes forces. Il résista. Je m’en saisis à nouveau, le plaçai sur une pierre large, et l’écrasai avec une autre plus lourde. Il se brisa en deux. L’intérieur d’un des morceaux renvoyait une myriade d’éclats comme autant de pierres précieuses livrées à la lumière nocturne.

« Tu vois, chuchota cette part resplendissante, pourquoi te torturer sur ce qui ne t’inspire pas, alors que tu disposes de merveilles à portée de main ? »

Je hochai la tête, absorbé, puis je pris le chemin du retour, en ayant soin de laisser à ciel ouvert ce monde caché que j'avais ouvert. J’étais définitivement convaincu de la beauté intérieure des choses apparemment ordinaires.