Imaginez une scène au cours de laquelle un personnage se révèle particulièrement vantard et prétentieux face à ses invités

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Annales corrigées
Classe(s) : 1re ES - 1re S | Thème(s) : L'écriture d'invention
Année : 2014 | Académie : Amérique du Sud
Corpus Corpus 1
Personnages admirables

Personnages admirables • Invention

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Roman

32

Amérique du Sud • Décembre 2014

Séries ES, S • 16 points

Écriture d’invention

> Un romancier contemporain imagine une scène au cours de laquelle un personnage se révèle particulièrement vantard et prétentieux face à ses invités. Écrivez cette scène en mettant en valeur le ridicule de ce personnage.

Les clés du sujet

Comprendre le sujet

  • Genre : « romancier ». Respectez les caractéristiques formelles du roman. Le mot « scène » ne doit pas vous égarer : il ne s’agit pas de théâtre.
  • Sujet : « un personnage […] vantard et prétentieux ». Vantard = qui loue des qualités et mérites personnels qu’il n’a pas. Prétentieux : exagérément satisfait de lui-même.
  • Type de texte : description/portrait.
  • Situation d’énonciation : c’est un narrateur qui décrit, mais le personnage pourra s'adresser par moments à ses « invités ».
  • Le registre : « ridicule » suggère l’humour, le comique, l’ironie et la satire.
  • « Définition » du texte à produire, à partir de la consigne :

Portrait (genre), qui décrit (type de texte) un personnage vantard et prétentieux (thème), comique, satirique (registre), ridicule (adjectifs).

Chercher des idées

Le fond

  • Le personnage : il faut en préciser l’identité. Le portrait pourra être en action et en paroles.
  • L’attitude et les paroles : le personnage parle fort, coupe la parole aux invités, fait preuve d’arrogance, de mépris et d’impolitesse. Il prétend fréquenter des « stars du showbiz », des personnages connus (hommes d’affaires, acteurs, sportifs…), participer à des événements importants.
  • Le style du personnage (en cas de paroles rapportées) : abondance d’indices personnels de la 1re personne (« je/moi… »), d’exagérations et d’hyperboles pour ce qui le concerne, de mots péjoratifs pour les autres.
  • La scène : une réception ou une réunion avec des amis. Imaginez son décor, les circonstances et les personnages secondaires avec qui le personnage interagit.

La forme

  • Le choix du narrateur et le point de vue : il peut être dans l’histoire (narrateur-personnage) ou hors de l’histoire (points de vue externe, interne, omniscient).
  • Les temps : vous pouvez choisir les temps du passé ou le présent de narration.
  • Procédés pour créer le ridicule : ceux de la caricature. Déformations, exagérations, images (comparaison, métaphores, animalisation) grotesques (comme dans le texte de Proust), gros plans sur des détails significatifs, comique de gestes, de mots ou de situations…

Des sources d’inspiration

Vous pouvez lire deux textes qui correspondent à la consigne, écrits par deux grands auteurs :

  • le portrait d’Arrias par La Bruyère (Les Caractères, « De la société et de la conversation », 1688) ;
  • la description du « grand dîner » du pharmacien Homais dans Madame Bovary de Flaubert (II, 4).

>Pour réussir l’écriture d’invention : voir guide méthodologique.

>Le roman : voir mémento des notions.

Corrigé
Corrigé

Exemple de « portrait » (modernisé) d’après La Bruyère.

Info

Le portrait en littérature peut être statique, en action, en paroles.

Ce soir-là, Jean-Baptiste avait convié au Fouquet’s ses anciens camarades de promotion. Il entendait bien leur montrer comment il était le seul à avoir vraiment « réussi ».

Son ami Thierry déplorait la conjoncture économique désastreuse : les temps étaient durs… Il ne savait comment sauver son entreprise… Jean-Baptiste lui coupa la parole :

« Bien sûr, tu ne peux pas comprendre tous les enjeux de la situation, tu manques de vision… Si seulement tu avais assisté au dernier Forum de Davos, la semaine dernière ! J’y ai fait une communication que tous les médias ont relayée. »

Puis, clignant de l’œil d’un air entendu, battant l’air de ses mains comme pour donner une leçon à la cantonade, il ajouta d’une voix de stentor, pour que tous l’entendent :

« Un forum planétaire, tu comprends, c’est une tribune idéale quand on a comme moi une approche volontaire des réalités économiques. Tim Cook, le patron d’Apple, est venu me féliciter ! Un type très cool ! On a tout de suite sympathisé, je dois le revoir dans son riad de Marrakech l’été prochain…

– Vraiment ? Quelle superbe occasion ! »

Après avoir siroté une gorgée, il hésita, imprima un mouvement giratoire au verre d’un air pénétré, prit une gorgée qu’il envoya ostensiblement vers le fond de sa gorge, inclina la tête vers l’arrière comme une poule qui a le béri-béri, la fit revenir en avant pour enfin déglutir bruyamment et en un soupir, comme habité de « l’esprit divin du vin », comme il aimait à le dire, il lança d’un air inspiré :
« Ça, c’est un Petrus 2009, ou je me damne… Non, non… Attendez, 2007 plutôt. Non, plutôt un Romanée-Conti 2007. De toute façon, je ne supporte que ces deux vins ! Le Pomerol et tout ça, c’est pour les profanes… Je m’y connais, j’ai même damé le pion à un goûteur mondialement connu… »

Un ami, relégué en bout de table (c’était un simple employé de banque) s’avança et lui glissa innocemment :

« Ah oui, ce devait être à Davos ? Mais Tim Cook n’a même pas daigné s’y déplacer cette année… »

Pris au dépourvu, Jean-Baptiste, l’air dégagé, détourna la conversation : « En ce moment, je dévore les livres. Vous avez lu Plonger, le dernier Ono-dit-Biot ? Un chef-d’œuvre ! Il a reçu le grand prix du roman de l’Académie française. Moi, de toute façon, je ne lis que les livres primés.

– Alors, qu’est-ce que tu as pensé du Renaudot ?

– Rappelle-moi le titre… Là, ça m'échappe.

– Pas grave, il n’a pas encore été décerné. » […]