Jean Giono, Regain

Merci !

Annales corrigées
Classe(s) : 1re STI2D - 1re STMG - 1re ST2S - 1re STL | Thème(s) : Le commentaire littéraire - Le roman et ses personnages : visions de l'homme et du monde
Type : Commentaire littéraire | Année : 2011 | Académie : Inédit
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet
 
La dernière page d’un roman
 
 

La dernière page d’un roman

Corrigé

2

Le roman

fra1_1100_00_37C

 

Sujet inédit

Le personnage de roman • 14 points

Commentaire

> Vous ferez le commentaire du texte de Giono en vous aidant du parcours de lecture suivant.

a) Vous analyserez la poésie de cette fin de roman.

b) Vous montrerez également que Giono y fait un hymne lyrique à la nature et au monde.

Trouver les idées directrices

  • Appuyez-vous sur le parcours de lecture indiqué dans le sujet.
  • Faites aussi la « définition » du texte. De cette « définition », vous pouvez tirer des pistes de recherche.

Fin de roman (genre) qui décrit (type de texte) le personnage principal du roman et rend compte de son état d’âme (thème), lyrique (registre), étrange, poétique, symbolique, optimiste (adjectifs) pour rendre compte de l’évolution du héros, faire l’éloge de la nature et exprimer une vision du monde (buts).

Pistes de recherche

Première piste : la dernière page d’une œuvre atypique

Les mots essentiels sont « poésie » et « fin de roman ».

  • Montrez qu’il s’agit bien d’une fin de roman et que l’évolution du personnage (avant/après) est clairement marquée : en quoi s’agit-il d’une fin de parcours ? en quoi le personnage a-t-il changé ? Quel est le point de vue du narrateur sur son personnage ?
  • Cherchez des mots pour désigner la fin d’un roman : dernière page, dénouement, aboutissement, achèvement, conclusion, excipit, épilogue…
  • Repérez aussi les faits d’écriture poétique : typographie, images, répétitions, vocabulaire… De quel type de poésie s’agit-il ?

Deuxième piste : le chant du monde

Les mots clés sont « hymne » et « nature ».

  • Montrez l’omniprésence de la nature dans le texte.
  • Montrez que le narrateur prend un ton presque religieux quand il évoque la nature.
  • Étudiez l’importance des sens dans la description.
  • « Lyrisme » implique d’identifier les sentiments éprouvés et de repérer les indices du lyrisme : termes qui marquent la subjectivité, exaltation dans le style…
  • Il faut aussi expliquer le sens symbolique de la scène et en déduire la conception du monde implicite.

> Pour réussir le commentaire : voir guide méthodologique.

> Le roman : voir lexique des notions.

Corrigé

Les titres en couleurs et les indications entre crochets servent à guider la lecture mais ne doivent pas figurer sur la copie.

Introduction

[Amorce] Avec Regain, Giono clôt en 1930 le cycle romanesque commencé avec Colline et Un de Baumugnes où il célèbre, en romancier poète, son attachement à sa terre natale de Provence.

[Présentation du texte] Le héros, Panturle, s’est réinstallé avec sa femme dans un hameau déserté de Haute-Provence et s’apprête à faire revivre cette terre pour retrouver un bonheur fondé sur l’accord avec la nature.

[Annonce du plan] La dernière page du roman, qui porte les marques d’un dénouement, est une évocation poétique de l’aboutissement heureux des efforts de Panturle pour reconquérir la terre. C’est aussi un hymne à la nature et à la vie.

I. La dernière page d’une œuvre atypique

1. Les éléments d’un dénouement de roman

  • L’aboutissement de la quête et du projet du personnage (« la grande victoire », « Il a gagné : c’est fini »). La quête de Panturle est de faire revivre un hameau abandonné ; cela renvoie au sens du titre Regain (repousse d’une prairie après une première fauche). Ici, c’est une résurrection matérielle (culture des champs) et humaine (installation d’un couple et maternité).
  • L’évolution du personnage. Panturle a tourné la page de sa violence, de sa solitude (« il a connu […] cette lande terrible qu’il était ») : il est en accord avec la nature et renaît lui aussi. Symboliquement, il « marche » et « va » d’abord vers les champs, puis ne bouge plus, « solidement enfoncé dans la terre comme une colonne ».
  • Le personnage, omniprésent, occupe tout l’espace et grandit à la dimension de cette campagne par la multiplication des « il » en tête de phrases.
  • Un narrateur omniscient, en totale sympathie avec son héros, fait vivre la scène, tel un conteur, surtout au présent (d’énonciation plus que de narration) et avec de nombreux verbes indiquant des mouvements, des gestes…

[Transition] Mais c’est aussi un narrateur poète.

2. Les éléments et le ton d’un poème

  • On retrouve la langue particulière utilisée par Giono dans sa trilogie provençale, mélange savamment calculé de parler populaire et de mots provençaux, pour venir au plus près de la langue de ses personnages,
  • De nombreuses images. L’enfant à naître est « un fruit », Panturle est « comme un mouton […] sur les collines », comme une « lande terrible », « comme une colonne », ses pantalons de velours brun sont comme « un morceau de ses labours ».
  • Une mise en page poétique. Le texte est une succession de versets, il a la fragmentation d’un poème en vers blancs.
  • Une syntaxe poétique. La structure répétitive des phrases (« il » /verbe/complément) donne son élan, sa force au passage. Parfois Giono bouscule la syntaxe ordinaire : le verbe « saliver », intransitif, n’accepte pas d’ordinaire de COD (« saliver longtemps le jus »).
  • Une utilisation poétique des mots. Des répétitions lexicales lyriques (« joie », « d’un coup » ; mots clés, dont quatre occurrences de « terre ») rythment le texte. Des mots familiers (« ça »), parfois vagues (« toutes ces choses »), et un vocabulaire simple (« il est », « il a ») lui donnent un ton spontané.
  • Des rythmes variés. Les rythmes sont croissants (« Il marche. […] presser ses dents ») ou équilibrés (« Il est debout […] colonne »).

II. Le chant du monde

1. Une vision panthéiste du monde

  • Un culte païen de la terre. Il n’y a pas de référence à Dieu, à l’église, mais la campagne est comme un temple (champ lexical de la nature : « collines », « pré », « champs », quatre occurrences de « terre », « lande », « labours » ; végétation : « fruit », « saladelle », « graine », « herbes en couteau »).
  • La fusion entre l’homme et la terre. La terre est personnifiée (« terre de beaucoup de bonne volonté », « terre renfrognée », « vent enragé ») et l’homme est chosifié (« vêtu avec un morceau de ses labours », « enfoncé dans la terre comme une colonne », l’enfant à naître est un « fruit »).

2. L’importance des sens plus que de la réflexion

Panturle participe de cette nature, fait corps avec elle avec les cinq sens : odorat, ouïe, toucher, goût, vue. Toutes ces impressions sensorielles fusionnent : « il est tout embaumé de sa joie », « une joie dont il veut mâcher toute l’odeur », « le beau silence […] s’est épaissi en lui ».

3. Un hymne à la joie

Le sentiment de plénitude est exprimé explicitement par les expressions « embaumé de sa joie », « c’est une joie ». Le vocabulaire mélioratif (« beau », « grasse ») et intensif (« entassées », « toute », « longtemps », « pleine », « beaucoup », « solidement ») suggère la satisfaction et l’épanouissement.

4. Le symbolisme de la scène

Le dénouement consacre la « victoire » du bien contre le mal, du présent et du futur contre le passé.

  • Une description négative du passé. La « terre ancienne » est couverte d’une végétation hostile (« aigres genêts et ses herbes en couteau ») ; l’homme qu’était anciennement Panturle est « terrible », « enragé ».
  • Un présent plein de promesses. Panturle montre « maintenant » sa sollicitude envers sa femme. Il « tâte » la terre comme une matière vivante.

Conclusion

[Synthèse] Cette dernière page est surprenante par la magie poétique d’une langue originale où le lyrisme s’empare des mots les plus ordinaires pour inventer des images audacieuses et rendre hommage à la vie intense de la nature et à des personnages simples qui la respectent.

[Ouverture] Giono délivre dans cette dernière page un message humaniste qui fait de la terre un personnage à part entière, exprime l’idéal d’une vie primitive, naïve et simple, et célèbre l’innocence, la générosité comme remède aux luttes, aux malheurs nés de l’égoïsme, de la violence.