Jules Verne, Vingt mille lieues sous les mers

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Annales corrigées
Classe(s) : 1re ST2S - 1re STI2D - 1re STL - 1re STMG | Thème(s) : La question de l'homme dans les genres de l'argumentation
Type : Commentaire littéraire | Année : 2016 | Académie : France métropolitaine

 

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France métropolitaine • Juin 2016

La question de l’homme • 14 points

Technologie, arts et littérature

Commentaire

 Vous ferez le commentaire du document B (texte de Jules Verne) en vous aidant du parcours de lecture suivant.

1. Vous montrerez comment le texte valorise Nemo, l’inventeur du Nautilus.

2. Vous analyserez les éléments qui contribuent à donner du Nautilus une image extraordinaire.

Se reporter au document B du sujet sur le corpus.

Les clés du sujet

Trouver les idées directrices

Faites la « définition » du texte pour trouver les axes (idées directrices).

Extrait de roman de science-fiction comportant du dialogue (genre) qui décrit (type de texte) le capitaine Nemo [indirectement] et son sous-marin [directement] (thème), didactique (registre), précis, visuel, scientifique, technique, élogieux (adjectifs), pour informer sur la technologie moderne, pour compléter le portrait du protagoniste (buts).

Pistes de recherche

Première piste : les qualités du capitaine Nemo

Le portrait du capitaine est dessiné indirectement. étudiez le comportement de Nemo avec Aronnax.

Comment Nemo s’exprime-t-il ? Étudiez son langage.

Qu’est-ce qui montre ses compétences techniques ?

Deuxième piste : le Nautilus, une création extraordinaire

Quelle impression se dégage du Nautilus lorsque l’on se trouve dedans ?

Qu’a-t-il d’impressionnant ?

Qu’est-ce qui montre : son mystère ? sa modernité ?

 Pour réussir le commentaire : voir guide méthodologique.

 La question de l’homme : voir mémento des notions.

Corrigé

Corrigé

Les titres en couleur et les indications entre crochets servent à guider la lecture mais ne doivent pas figurer sur la copie.

Introduction

[Amorce] À la fin du xixe siècle, Jules Verne invente le « roman de la science », une encyclopédie romanesque du savoir moderne avec des héros aventuriers lancés dans des voyages imaginaires, dans des mondes connus ou ignorés, dans les profondeurs de la terre ou des mers… [Présentation du texte] L’épopée mythique du capitaine Nemo et de son sous-marin le Nautilus est une nouvelle Odyssée – Ulysse crie au cyclope Polyphème qu’il vient d’aveugler et qui lui demande son nom : « Je m’appelle Personne » et Nemo, le nom latin que s’est donné ce mystérieux capitaine, signifie justement « personne » ! Nemo a recueilli à bord du Nautilus trois naufragés, dont un scientifique, le professeur Aronnax, auquel il fait visiter son extraordinaire sous-marin. [Annonce des axes] Nemo, fugitif et vengeur, est un être exceptionnel par ses qualités personnelles et ses connaissances techniques [I] qui lui ont permis de faire de sa créature, le Nautilus, une merveilleuse réalisation, qui se transforme en une vision épique et tragique à la fois [II].

I. Un passage qui met en valeur l’étendue des qualités du capitaine Nemo

Ce passage établit clairement les qualités exceptionnelles de ce héros, qualités humaines et qualités intellectuelles, scientifiques et techniques.

1. Un certain ascendant et les certitudes d’un capitaine expérimenté

Il se dégage de cet homme une autorité naturelle qui en impose à ceux qui l’approchent. Le narrateur – le professeur Aronnax – est impressionné par l’ascendant que Nemo exerce sur lui. Le capitaine lui fait l’honneur d’une visite guidée et commentée du sous-marin, dans lequel il se déplace sans hésiter, avec aisance. Aronnax l’interroge, l’accompagne (« je suivis ») et l’écoute sans familiarité, avec respect et attention, tel un élève écoutant son maître.

Nemo a une connaissance parfaite du Nautilus et il en explique avec précision le fonctionnement, comme celui du canot qui sert d’annexe au sous-marin. Son exposé, relativement long, est d’une très grande clarté. Il se met en scène à la première personne, sans forfanterie ni fausse modestie : il est le sujet d’une longue série de verbes d’action au présent d’énonciation, décrivant les opérations successives qui permettent l’accès, le largage et le retour du canot-annexe (« je m’introduis, je referme, je largue, j’ouvre, je mâte… »). On a l’impression d’assister très exactement à cette routine qui se déroule sans la moindre anicroche parce que tout a été pensé, prévu, calculé.

Nemo n’a pas le moindre doute sur les capacités de son engin et de nombreux termes superlatifs soulignent le soin apporté à tous les détails : le canot est une « excellente » embarcation, il est maintenu par de « solides boulons », « entièrement ponté », « absolument étanche », « soigneusement clos »…

2. Une autorité sereine, accompagnée de froideur et de courtoisie

L’autorité du capitaine est indiscutable : tout lui obéit. Le Nautilus, personnifié, est à ses « ordres » et revient le chercher quand il a fini sa pêche ou sa promenade à la surface de l’océan. Même l’électricité qui fait vivre et fonctionner le sous-marin a été choisie comme source d’énergie parce qu’elle est « plus obéissante ». Sa volonté seule « suffit » pour que ses ordres soient exécutés et, dès lors, « rien n’est plus simple » que la vie à bord.

Nemo peut paraître un peu froid, mais il s’adresse avec courtoisie au professeur et lui donne du « Monsieur Aronnax ». Psychologue, il a reconnu chez le scientifique un homme de valeur, un pair capable de comprendre et d’apprécier les qualités du Nautilus. On pourrait même déceler un peu d’amusement chez Nemo devant la stupéfaction d’Aronnax quand il décrit, avec un léger humour, l’énorme sous-marin qui « revient » le chercher lors de ses sorties en mer, comme un chien obéissant.

3. Un inventeur génial

Ce capitaine est aussi un ingénieur, un inventeur génial. Esprit novateur, il a su tirer parti des découvertes les plus récentes, comme l’électricité, et des propriétés d’un matériau rare, la « mousse de platine ». Il a trouvé des solutions aux défis posés par les lois physiques, notamment les énormes pressions que le sous-marin subit quand il est en plongée, et il a inventé des « appareils distillatoires » pour assurer l’autonomie en eau du Nautilus.

Il se sert de termes techniques précis qui donnent l’impression de lire des schémas d’une extrême clarté : là où Aronnax décrit d’une façon approximative « une sorte de puits qui s’ouvr[e] entre deux cloisons étanches », Nemo donne des éclaircissements avec les mots justes : « trou d’homme », « vis de pression ».

Il partage son savoir en utilisant un discours pédagogique très clair, didactique mais sans excès, aux phrases déclaratives. L’écoute admirative du professeur Aronnax donne la mesure de l’étendue des compétences techniques de Nemo : il s’avoue « grisé par ces merveilles » que lui expose le capitaine-ingénieur et son étonnement se marque dans la forme exclamative de ses phrases et quelques interjections.

II. Le Nautilus, une création extraordinaire

Il faut bien reconnaître que le Nautilus est une création extraordinaire. L’admiration des visiteurs témoigne des « merveilles » qu’ils découvrent et Aronnax – un savant au fait des plus récentes découvertes – n’a pas de mots assez forts pour exprimer sa stupéfaction : il est « grisé » alors que ses camarades, plus terre à terre, sont « enchantés » par leur repas.

1. Un microcosme autonome, protecteur et mystérieux

Le Nautilus est un véritable univers flottant, un microcosme autonome et protecteur tout entier au service exclusif de Nemo et de son équipage. Tout y est parfaitement fonctionnel et répond aux besoins physiologiques et hygiéniques de ses occupants ainsi qu’à leurs loisirs.

Il est adapté à la taille de l’homme, à son confort, à ses déplacements à l’intérieur (par exemple pour accéder au canot, grâce à une échelle, à des « trous d’homme ») et à l’extérieur (pour avoir la possibilité de quitter le sous-marin et d’y revenir). Il tire de la mer toutes ses ressources (boisson, nourriture, hygiène) et fonctionne à l’électricité, une énergie « obéissante » et propre au service de Nemo et de l’équipage.

Le bâtiment conserve cependant une dimension mystérieuse : on pourrait se perdre dans le labyrinthe de ses « vastes » coursives et seul le capitaine y retrouve son chemin. Des portes restent fermées et gardent le secret sur les pièces auxquelles elles donnent accès, sur « le nombre d’hommes nécessité par la manœuvre du Nautilus ».

2. Une taille impressionnante : une réalisation technique extraordinaire

Quelques indications permettent à Aronnax d’évaluer les dimensions impressionnantes du sous-marin : « vastes cambuses », « cabine longue de deux mètres », « trois mètres » pour la cuisine, « cinq mètres » pour le poste d’équipage.

Le Nautilus est pourvu des équipements les plus modernes. Le bois – matériau traditionnel des bateaux – est ici remplacé par le « fer », dont l’utilisation se généralise au xixe siècle (locomotive, tour Eiffel). Le « canot » qui lui sert d’annexe s’intègre parfaitement à son architecture. Le gaz, dont l’utilisation est pourtant récente, est supplanté par l’électricité, combinée à des matériaux rares et aux propriétés récemment découvertes comme la « mousse de platine ». On trouve à bord des appareils sophistiqués de désalinisation, à l’image de ceux qui équipent actuellement les sous-marins nucléaires pour assurer leur autonomie. Enfin, même si ce n’est pas encore l’intranet, on communique à bord par « télégramme » !

Conclusion

Cette page – comme l’ensemble du roman – est un hymne au progrès. [Ouverture] On peut cependant avoir quelques réserves quant à cette prodigieuse réussite. En effet, cette harmonie est autosuffisante : Nemo, paradoxalement, est un misanthrope, en lutte contre la société dont il veut se venger. Le Nautilus est son refuge, mais c’est aussi une arme dont il peut se servir avec une extrême violence, ce qui résume bien l’ambiguïté, la dualité de la science. Nemo ne partage ni l’esprit de coopération de d’Alembert ou de Serres, ni l’aimable fantaisie de Robida avec ses ballons poissons volants.