Kant, Leçons d’éthique

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle L | Thème(s) : Le devoir
Type : Explication de texte | Année : 2017 | Académie : Antilles, Guyane

Antilles, Guyane • Juin 2017

explication de texte • Série L

Kant

Expliquer le texte suivant :

Il suffit par exemple qu’un malheureux nous aborde pour que nous ressentions de la compassion pour lui et lui venions en aide, ce qui toutefois ne se serait pas produit s’il nous avait implorés par écrit. De même un voyageur de passage qui aperçoit des miséreux étendus sur son chemin et leur porte secours, n’est pas poussé à agir ainsi pour en retirer des honneurs ou un avantage personnel, car bientôt il aura quitté ces lieux, mais parce que cette action est bonne en elle-même. Il y a donc dans notre cœur quelque chose de moralement pur, bien que sa force d’impulsion ne suffise pas complètement pour faire contrepoids à nos impulsions sensibles. Mais le jugement sur la pureté morale attire à lui, par association, de nombreux motifs de pureté, aiguillonnant ainsi nos actions, jusqu’au point où cela devient chez nous une habitude. On ne doit donc pas persister à chercher les taches et les faiblesses chez les hommes, ou dans la vie d’un Socrate par exemple, car cela n’est d’aucune utilité, plus encore, c’est là une pratique nuisible. En accumulant ainsi les exemples d’imperfection morale, on finit par se flatter soi-même de sa propre imperfection. Cette avidité à trouver des défauts chez les autres trahit une forme de méchanceté, mais aussi d’envie devant la moralité que l’on voit briller chez autrui, et dont on est soi-même dépourvu. Le principe que nous tirons de la faiblesse de la nature humaine est le suivant : les lois morales ne doivent jamais s’ajuster aux faiblesses de l’homme, mais doivent être présentées dans leur sainteté et dans leur pureté parfaites, quelle que soit la constitution de la nature humaine.

Emmanuel Kant, Leçons d’éthique, 1780.

La connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise.

Il faut et il suffit que l’explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont il est question.

Les clés du sujet

Dégager la problématique du texte

Sommes-nous capables, nous qui sommes sujets aux passions, de nous détacher de nos intérêts pour agir par devoir ? Sinon, à quoi bon se référer à des lois morales impératives que nous serons incapables de mettre en œuvre ? L’enjeu est de savoir si l’on doit définir les lois morales indépendamment de la considération de ce qu’il nous est possible de faire, ou si l’éthique doit s’adapter à une nature humaine marquée par ses faiblesses.

Repérer la structure du texte et les procédés d’argumentation

Le texte s’ouvre sur deux exemples montrant notre capacité à agir de façon désintéressée : il y a en nous des indices de pureté morale.

Mais nous résistons à nos impulsions sensibles plus sûrement par notre raison : Kant distingue alors cette bonté spontanée du jugement moral par lequel notre raison résiste à nos penchants.

De notre faiblesse, il ne faut donc pas conclure à l’inutilité des lois morales parfaites : le constat de notre faiblesse doit déboucher sur une éthique rigoureuse, qui ne prend pas pour point de départ ce qu’il nous est possible de faire.

Éviter les erreurs

Pour comprendre ce texte, vous devez d’abord relever les distinctions qui soutiennent l’argumentation : « pour en retirer des honneurs ou un avantage personnel »/« parce que cette action est bonne en elle-même » ; « quelque chose de moralement pur »/« impulsions sensibles » ; « force d’impulsion »/« contrepoids » ; « cela n’est d’aucune utilité »/« c’est là une pratique nuisible » ; « En accumulant ainsi les exemples d’imperfection morale »/« se flatter soi-même de sa propre imperfection » ; « moralité que l’on voit briller chez autrui »/« dont on est soi-même dépourvu » ; « s’ajuster aux faiblesses de l’homme »/« être présentées dans leur sainteté et dans leur pureté parfaites ».