L’Afrique dans la mondialisation

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle S | Thème(s) : L'Afrique : les défis du développement
Type : Analyse de document | Année : 2017 | Académie : France métropolitaine

 

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France métropolitaine • Juin 2017

analyse de documents

L’Afrique dans la mondialisation

En confrontant ces deux documents, montrez l’intégration de l’Afrique dans la mondialisation et ses limites.

document 1 « L’Afrique : destination de prédilection des investisseurs »

 

[L'Afrique] peut se targuer d'avoir attiré un montant record d'investissements directs étrangers (IDE), ces derniers représentant 60 milliards de dollars, soit cinq fois plus qu'en 2000. L'investissement direct étranger en provenance de Chine a par exemple augmenté de 3,5 milliards de dollars en 2013 et la plupart des pays africains en ont bénéficié. [...]

Pourquoi cet engouement ? La raison est simple : le monde entier a le regard tourné vers l’Afrique, son milliard d’habitants et sa classe moyenne émergente. Bonne nouvelle : les investisseurs s’intéressent à d’autres secteurs que celui des matières premières, les services financiers, la construction et l’industrie manufacturière représentant par exemple aujourd’hui 50 % des IDE en provenance de la Chine. Et les industriels prennent conscience que l’Afrique a le potentiel de devenir « l’usine du monde ». […]

En raison de la hausse des coûts de production en Asie, nombreux sont les fabricants à se tourner vers l’Éthiopie, le Kenya et le Rwanda. La Chine, la Turquie et l’Inde sont aujourd’hui les principaux employeurs du secteur manufacturier en Afrique. Mais le made in Ethiopia pourrait-il remplacer le made in China ? […]

[Si] l’Afrique souhaite se positionner comme la nouvelle usine du monde, elle devra cependant s’en donner les moyens. […]

L’Afrique a besoin d’une main-d’œuvre qualifiée. Au cours des vingt prochaines années, les effectifs de la main-d’œuvre augmenteront plus en Afrique subsaharienne que dans l’ensemble du reste du monde. Comment peut-elle tirer parti de ce dividende1 démographique ? Cette nouvelle population en âge de travailler devra pouvoir accéder à des emplois bien rémunérés. Il faudra pour cela investir davantage dans l’éducation afin d’offrir aux jeunes une formation adaptée aux attentes du marché. […]

L’Afrique a besoin d’infrastructures. Si l’Afrique est perçue comme la destination phare des investisseurs, elle devra cependant s’atteler à réduire son déficit en infrastructures : une tâche gigantesque ! […] L’Afrique subsaharienne pâtit de son manque d’intégration au commerce mondial, ses camions de marchandises n’avançant parfois pas plus vite qu’un attelage tiré par des chevaux, et ses grands ports étant constamment embouteillés.

Signataires :

Makhtar Diop, vice-président de la Banque mondiale pour l’Afrique,

Yuan Li, vice-président exécutif, Banque chinoise de développement, République populaire de Chine,

Li Yong, directeur général, Organisation des Nations unies pour le développement industriel (ONUDI),

Ato Ahmed Shide, ministre des Finances et du Développement économique, République fédérale d’Éthiopie.

Tribune publiée dans le China Daily du 30 juin 2015 et reprise le même jour sur le site www.banquemondiale.org

1. Au sens de richesse.

document 2 Investissements directs étrangers (IDE), 2013

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CNUCED, base de données statistiques en ligne, www.unctad.org

© FNSP – Sciences-Po, Atelier de cartographie, 2015.

Les clés du sujet

Lire la consigne

La consigne est centrée sur la notion d’intégration dans la mondialisation : elle désigne la façon dont un territoire est mis en relation avec les autres, par des flux de diverses natures (flux commerciaux, financiers, humains et d’informations).

D’après le libellé du sujet, deux échelles sont à privilégier : l’échelle continentale (l’Afrique) et l’échelle mondiale (l’espace mondialisé).

Observer les documents

Il s’agit de deux documents économiques, consacrés aux IDE (investissements directs à l’étranger), c’est-à-dire aux sommes investies sur un territoire par des entreprises étrangères.

Le document 1 est un article d’un journal chinois, le China Daily, rédigé par de hauts responsables financiers africains et chinois le 30 juin 2015, présentant l’attractivité du continent africain au regard des IDE. Le document 2 est un planisphère thématique montrant la répartition des stocks d’IDE dans le monde en 2013. Les deux documents sont donc complémentaires.

Définir les axes de l’analyse

Le plan de votre analyse est suggéré par la consigne : on vous invite à présenter les modalités de l’intégration de l’Afrique dans l’espace mondialisé puis les limites de cette intégration.

Pour organiser votre première partie, vous pourrez suivre la structure du texte, très riche en informations. Pour la seconde, le planisphère étant plus pauvre en informations, vous pourrez envisager un changement d’échelle.

Corrigé

Corrigé

Les titres en couleur servent à guider la lecture et ne doivent en aucun cas figurer sur la copie.

Introduction

[Présentation des documents] Deux documents nous sont proposés : réalisés en 2015, ils concernent les investissements directs à l’étranger, notamment en Afrique. Le premier est une tribune extraite du quotidien chinois China Daily du 30 juin 2015, rédigé par de hauts responsables financiers chinois et africains représentant des institutions internationales (Banque mondiale, ONU) et des États (Chine, Éthiopie) ; ces derniers soulignent la nécessité de soutenir l’attractivité financière de l’Afrique. Le second est un planisphère thématique établi par l’atelier de cartographie de Sciences-Po à partir de données de la CNUCED ; il montre la répartition mondiale des IDE en 2013.

[Problématique et annonce du plan] Nous analyserons ces documents pour montrer dans quelle mesure le continent africain est intégré à la mondialisation. Pour ce faire, nous présenterons en premier lieu les formes de cette intégration puis leurs limites.

I. Un continent de plus en plus intégré à l’espace mondialisé

1. Un continent attractif pour les investisseurs étrangers

Après avoir été longtemps marginalisée, l’Afrique s’intègre dans la mondialisation financière : de 2000 à 2015, les IDE ont été multipliés par cinq (document 1).

Ces IDE proviennent des puissances émergentes (Chine, Turquie, Inde). La Chine est ainsi devenue le premier investisseur sur le continent africain. Les secteurs visés se diversifient : à côté des matières premières, les services financiers, la construction et l’industrie sont de plus en plus prisés (document 1). Ainsi, 50 % des IDE chinois concernent les activités autres qu’extractives.

2. Les facteurs de cette attractivité (document 1)

Gagnez des points !

Votre remarque permet de rappeler que le développement est une condition de l’insertion dans la mondialisation.

Le continent africain représente un marché de consommation important avec son milliard d’habitants et sa classe moyenne qui émerge. Ce phénomène est d’ailleurs un signe de développement.

De plus, la population africaine, caractérisée par une forte croissance (1 milliard d’habitants actuellement, 1,5 milliard prévu en 2030, 2 milliards pour 2050) constitue une main-d’œuvre considérable permettant au continent de devenir peut-être « l’usine du monde ». L’augmentation des coûts de production dans les pays-ateliers d’Asie y contribue également.

II. Les limites de cette intégration

1. Le mal-développement (document 1)

L’Afrique manque de main-d’œuvre qualifiée pour répondre aux besoins du marché. En effet, elle compte de nombreux PMA (pays les moins avancés) qui affichent un faible taux d’alphabétisation des adultes. Le secteur financier est particulièrement demandeur de salariés bien formés.

Attention !

Il existe néanmoins des ports modernes, adaptés à la conteneurisation, comme Tanger (Maroc) et Durban (Afrique du Sud).

De plus, l’insuffisance d’infrastructures modernes (routes, ports) est criante. C’est ce qui explique la part modeste de l’Afrique dans le commerce mondial : avec 15 % de la population mondiale, elle ne réalise que 3 % des échanges commerciaux mondiaux.

2. Une intégration déséquilibrée à différentes échelles

À l’échelle mondiale, le continent africain apparaît comme le continent le moins attractif du Sud : les IDE sont plus importants en Asie et en Amérique latine (document 2).

Remarque

Les Lions africains réalisent 65 % du PIB du continent.

À l’échelle continentale, les IDE se concentrent dans les Lions africains (Afrique du Sud, Égypte, Maroc, Nigeria) et dans quelques autres États à forte croissance économique comme l’Éthiopie, le Kenya et le Rwanda (document 1). La majorité des États africains reste donc à l’écart des investissements.

Conclusion

Info

Le terme Chinafrique rend compte de la dépendance du continent africain vis-à-vis des investissements chinois.

[Réponse à la problématique] Ainsi, ces deux documents nous montrent que l’Afrique est de plus en plus intégrée à la mondialisation par les IDE qu’elle reçoit ; elle valorise ainsi son important marché de consommation et sa main-d’œuvre considérable. Cependant, cette intégration est limitée par le mal-développement chronique du continent et reste inégale tant à l’échelle mondiale que continentale.

[Critique des documents] L’intérêt géographique de ces documents est de nuancer ce que de nombreux spécialistes appellent « le décollage de l’Afrique », perçue parfois comme un eldorado. Cependant, ils présentent des limites : le premier occulte la situation de dépendance du continent vis-à-vis des puissances étrangères ; le second ne mentionne pas l’évolution du stock d’IDE.