L'armée des ombres (texte de J. Kessel, affiche du film de J-P Melville)

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Annales corrigées
Classe(s) : 3e | Thème(s) : Agir dans la cité : individu et pouvoir
Type : Sujet complet | Année : 2017 | Académie : Sujet zéro

9

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Sujet zéro • Série professionnelle

50 points

L’armée des ombres

1re partie • Analyse et interprétation de textes et de documents (1 heure)

Document A Texte littéraire

Une mission qui mena Jean-François à Paris lui montra combien il était formé et pris par la vie clandestine.

Quand Jean-François débarqua à la gare de Lyon1, il portait une valise qui contenait un poste-émetteur2 anglais, parachuté quelques jours auparavant dans un département du centre. Un homme pris avec un pareil bagage était voué à mourir dans les tortures.

Or, ce matin-là, des agents de la Gestapo et de la Feldgendarmerie3 contrôlaient tous les colis à la sortie de la gare.

Jean-François n’eut pas le temps de réfléchir. Près de lui un enfant aux gros genoux, aux mollets grêles4, trottait péniblement derrière une femme âgée. Jean-François prit l’enfant contre sa poitrine et tendit en même temps sa valise à un soldat allemand qui s’en allait les bras ballants.

– Porte ça, mon vieux, dit Jean-François en souriant. Je n’y arriverai jamais seul.

Le soldat allemand regarda Jean-François, sourit aussi, prit la valise et passa sans examen. Quelques instants après, Jean-François était assis dans un compartiment de métro, sa valise entre les jambes.

Mais la matinée n’était pas bonne. À la station où Jean-François s’arrêta, il trouva un nouveau barrage formé, cette fois, par la police française. Jean-François dut ouvrir sa valise.

– Qu’est-ce que vous avez là ? demanda l’agent.

– Vous le voyez bien, brigadier, dit Jean-François avec simplicité : un poste de TSF5.

– Alors ça va, passez, dit l’agent.

Riant encore de ces deux réussites, Jean-François remit le poste-émetteur à un revendeur de meubles de la rive gauche. Celui-ci le pria à déjeuner. Il avait justement échangé la veille une table de nuit contre une belle andouillette fumée et un peu de beurre et il voulait à tout prix partager ce festin avec son camarade.

– Venez sentir ça, dit le marchand.

Il conduisit Jean-François dans l’arrière-boutique. Sur un poêle de fonte l’andouillette grillait doucement. Jean-François sentit ses narines remuer. Mais il refusa. Il avait une surprise à faire.

La valise de Jean-François était d’une légèreté merveilleuse. Et lui, malgré une nuit de voyage très fatigante, il était merveilleusement dispos6. Il traversa à pied la moitié de Paris. Le pullulement7 des uniformes ennemis, le dur et triste silence des rues ne purent entamer sa bonne humeur. Ce matin, c’était lui qui avait remporté une victoire.

Joseph Kessel, L’Armée des Ombres, 1943, © Succession Kessel – Irish Red Cross Society.

1. Gare de Lyon : nom de la gare, située à Paris, qui dessert le sud de la France.

2. Poste-émetteur : poste qui permet de diffuser des messages, des émissions de radio.

3. Feldgendarmerie : nom de la police militaire allemande.

4. Grêles : étroits et fragiles.

5. TSF : transmission sans fil. Jean-François présente le poste-émetteur comme un poste permettant uniquement de recevoir des émissions de radio.

6. Dispos : en bonne forme, physique et morale.

7. Pullulement : grande quantité.

Document B Iconographie

© Corona/Fono Roma/The Kobal Collection/Aurimages

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Affiche réalisée pour la sortie du film L’Armée des Ombres (1969),

de Jean-Pierre Melville, adapté du roman de Joseph Kessel.

questions 20 points

Sauf indication contraire, les réponses aux questions doivent être entièrement rédigées.

1. Que fait Jean-François ? Pourquoi le texte parle-t-il de « vie clandestine » et de « mission » ? (2 points)

2. Pourquoi Jean-François s’empare-t-il brusquement d’un enfant ? Répondez en reportant sur votre copie la lettre (A, B, C, D) de la case correspondant selon vous à la bonne réponse. (1 point)

A

B

C

D

Jean-François veut aider l’enfant qui a du mal à suivre la femme âgée.

Jean-François veut montrer au soldat allemand qu’il est très chargé pour pouvoir lui confier sa valise.

Jean-François pense que l’enfant est moins lourd à porter que la valise.

Jean-François pense qu’en ayant l’air d’un père de famille, il ne sera pas contrôlé.

3. Les paragraphes dans ce texte sont très courts : pourquoi, selon vous ? Quel effet produisent-ils sur votre lecture ? (2 points)

4. « Ce festin » : quel est le sens de ce mot ? En vous appuyant sur l’ensemble des lignes 27 à 34, justifiez l’usage de ce terme. (3 points)

5. Identifiez les temps verbaux dans l’ensemble du dernier paragraphe (lignes 35 à 40) et expliquez leur emploi. (3 points)

6. a) De la ligne 26 à la fin de l’extrait, quelles sont les émotions et sensations éprouvées par Jean-François ? Identifiez-les précisément en appuyant votre réponse sur des citations du texte. (1,5 point)

b) Ces émotions et sensations vous surprennent-elles ? Justifiez votre réponse. (1,5 point)

7. En quoi l’impression produite par l’image (document B) est-elle différente de celle dégagée par le texte (document A) ? (3 points)

8. Proposez un titre pour ce texte, puis justifiez votre proposition. (3 points)

2de partie • Rédaction et maîtrise de la langue (2 heures)

dictée 5 points

Le nom de l’auteur, le titre de l’ouvrage, ainsi que « Gerbier » et « baïonnettes » sont écrits au tableau au début de la dictée.

Joseph Kessel

L’Armée des Ombres, 1943

© Succession Kessel – Irish Red Cross Society

C’était surtout la nuit que Gerbier avait le temps de parler. […]

– Ces gens, disait Gerbier, auraient pu se tenir tranquilles. Rien ne les forçait à l’action. La sagesse, le bon sens leur conseillait de manger et de dormir à l’ombre des baïonnettes allemandes et de voir fructifier leurs affaires, sourire leurs femmes, grandir leurs enfants. Les biens matériels et les liens de la tendresse étroite leur étaient ainsi assurés. Ils avaient même, pour apaiser et bercer leur conscience, la bénédiction du vieillard de Vichy. Vraiment, rien ne les forçait au combat, rien que leur âme libre.

réécriture 5 points

Réécrivez ce passage en remplaçant « Et lui » par « Et eux », et faites toutes les modifications nécessaires.

« Et lui, malgré une nuit de voyage très fatigante, il était merveilleusement dispos. Il traversa à pied la moitié de Paris. Le pullulement des uniformes ennemis, le dur et triste silence des rues ne purent entamer sa bonne humeur. » (l. 35-39)

travail d’écriture 20 points

Vous traiterez au choix le sujet A ou B.

Sujet A

La Résistance date désormais de plus de soixante-dix ans. En quoi concerne-t-elle votre génération ? Pourquoi est-il important de la connaître ?

Vous répondrez à cette question dans un développement argumenté en vous appuyant sur votre expérience, sur vos lectures, votre culture personnelle et les connaissances acquises dans l’ensemble des disciplines.

Sujet B

À la gare, le soldat allemand refuse de prendre la valise de Jean-François : que se passe-t-il ? Jean-François va-t-il être arrêté ? Va-t-il trouver une nouvelle ruse ? Imaginez et rédigez la suite du récit.

Les clés du sujet

Les documents

Le texte littéraire (document A)

L’Armée des Ombres est un roman de Joseph Kessel, grand reporter de presse et romancier. Après la défaite de 1940, parvenu à Londres, il s’engage dans les Forces Françaises Libres. Fin 1943, il finit de rédiger L’Armée des Ombres en s’appuyant sur des témoignages de résistants.

L’image (document B)

Il s’agit d’une affiche du film L’Armée des Ombres réalisé par le cinéaste Jean-Pierre Melville en 1969 et adapté du roman de Joseph Kessel.

Travail d’écriture (Sujet A)

Recherche d’idées

Commence par réfléchir aux références que tu pourras utiliser pour illustrer ta réponse : la lettre de Guy Môquet par exemple, ce jeune résistant exécuté par les nazis. Ce peut être aussi des romans, des récits, des films, des témoignages…

Appuie-toi également sur l’actualité. Pense, par exemple, aux attentats dont a été victime la France ces dernières années. La Résistance n’appartient pas seulement au passé.

Conseils de rédaction

Tu dois présenter deux ou trois arguments, classés par ordre d’importance. Par exemple, il faut continuer de rendre hommage à la Résistance, parce que :

1. c’est un devoir de mémoire ;

2. c’est une leçon à retenir pour l’avenir ;

3. c’est un combat toujours actuel.

Travail d’écriture (Sujet B)

Recherche d’idées

Choisis entre les deux possibilités : Jean-François parvient à passer le contrôle, ou bien il est arrêté. Quel que soit ton choix, cherche à créer du suspens.

Fais preuve d’imagination, mais évite les rebondissements trop rocambolesques ou un dénouement trop sanglant.

Tu peux imaginer de brefs dialogues intérieurs pour faire partager au lecteur les réflexions de Jean-François.

Conseils de rédaction

Tu dois respecter le contexte sous peine d’être hors-sujet. Fais la liste, au brouillon, des éléments à reprendre dans ton texte : la gare, le contrôle de la Gestapo, la valise et son contenu, l’enfant, la vieille femme et les risques encourus par Jean-François.

Respecte la forme du texte (récit), les temps employés (passé, 3e person­ne), le point de vue (celui de Jean-François).

Continue de préférence à faire des paragraphes courts pour conserver le rythme de la narration et maintenir le suspens.