L’art

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle ST2S - Tle STI2D - Tle STL - Tle STMG | Thème(s) : L'art et la technique
 

Sujet de type Bac – Explication de texte

Dégagez l’idée principale du texte suivant, puis expliquez les étapes de son argumentation.

La question de l’indépendance de l’art conduit à une autre : celle de sa fin ou de sa destination. D’après les classiques et les romantiques, qu’il serait inconséquent de séparer, l’art est à lui-même sa propre fin. Manifestation de la beauté et de l’idéal, quel autre objet pourrait-on lui assigner que celui de plaire, d’amuser ? Il répugne à toute fin utilitaire […] Qu’importe ici la moralité du fait ou sa logique ? Qu’importe la valeur économique ou morale de la chose ? Vous êtes séduit, passionné, transporté : c’est tout ce que veut l’artiste. Le reste est hors de sa compétence, hors de sa responsabilité.

Je ne perdrai pas mon temps à réfuter cette théorie, fondée sur une équivoque […] L’âme humaine est constituée en une sorte de polarité, Conscience et Science, en autres termes Justice et Vérité. Sur cet axe fondamental, comme sur leur dominante, gravitent les autres facultés : la mémoire, l’imagination, le jugement, la parole, l’amour, la politique, l’industrie, le commerce, l’art. Ce qui a dérouté les artistes, ou, pour mieux dire, ceux qui leur ont fourni cette fausse esthétique, c’est qu’ils ont méconnu cette constitution. Ils ont vu dans l’âme humaine une triade où le sentiment, l’esthésie, figurait, selon eux, comme troisième terme, égal aux deux autres ; tandis qu’il n’y a véritablement qu’une dyade, ou, comme je le disais tout à l’heure, une polarité, dans laquelle l’art ne peut plus évidemment être considéré que comme fonction auxiliaire.

 Pierre-Joseph Proudhon, Du principe de l’art et de sa destination sociale, 1865.

Corrigé

Proudhon analyse ici la raison d’être de l’art, sa destination. Il veut montrer que l’art a une fonction, une utilité. Il s’oppose donc à ce qu’il présente comme la pensée dominante de son temps, qui détache l’art de toute visée utilitaire en considérant que le plaisir procuré par l’œuvre d’art n’aurait pas d’autre but que le plaisir lui-même.

Dans un premier temps, Proudhon décrit la théorie à laquelle il s’oppose, et qui correspond à l’esthétique de Kant. Ce dernier, ainsi que « les classiques et les romantiques », affirme que l’art ignore toute question d’utilité, aussi bien morale que savante ou économique. Il ne doit pas viser autre chose que plaire, quelles qu’en soient les conditions et les conséquences. L’art serait socialement et historiquement irresponsable, et son charme résiderait dans cette innocence. C’est la théorie de l’art pour l’art.

Proudhon considère au contraire que l’art doit être utile et il explique où se trompent les partisans de l’art pour l’art. Ils croient que l’homme est composé de trois facultés : la conscience morale, la connaissance et les sentiments. L’art s’adressant seulement aux sentiments, il n’aurait donc rien à voir avec la morale ou la connaissance. Or selon Proudhon, la conscience morale et la connaissance sont les deux seules facultés, et les sentiments sont au service de l’une et l’autre. C’est pourquoi l’art qui touche nos sentiments ne peut prétendre ignorer la moralité et la vérité. Il doit même fortifier en nous les sentiments qui font progresser la morale et la connaissance. Telle est sa double destination sociale.