Annale corrigée Dissertation

L'art du mensonge dans la pièce de Corneille

France métropolitaine, juin 2025

Dissertation

L’art du mensonge dans la pièce de Corneille

4 heures

20 points

Intérêt du sujet • Le sujet vous invite à considérer le mensonge, non pas sous l’angle de la morale qui l’assimile à un défaut blâmable, mais comme relevant d’une forme de virtuosité.

 

 Selon vous, dans la comédie Le Menteur, l’art du mensonge est-il toujours maîtrisé ?

Vous répondrez à cette question dans un développement organisé en prenant appui sur Le Menteur, sur les textes que vous avez étudiés dans le cadre du parcours associé, et sur votre culture personnelle.

 

Les clés du sujet

Analyser le sujet

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Formuler la problématique

La comédie cornélienne célèbre-t-elle le mensonge ?

Construire le plan

1. Virtuosité des mensonges

Identifiez les personnages de menteurs : en quoi leur adresse consiste-t-elle ?

Mentir, c’est aussi inventer : quelles qualités sont alors requises ?

2. Des menteurs pris en défaut

Montrez que les mensonges échappent parfois à ceux qui les ont forgés : quelles en sont les conséquences ?

Le mensonge se retrouve aussi sous le feu de la critique, notamment chez Géronte : quels en sont les risques et les dangers ?

3. Le théâtre comme un art consommé du mensonge

Intéressez-vous à l’habileté du dramaturge dans la combinaison des mensonges : comment élève-t-il le mensonge au rang d’art ?

Le Menteur réhabilite le mensonge dans sa fonction esthétique : quelles en sont les vertus pour le spectateur ?

Les titres en couleur ou entre crochets ne doivent pas figurer sur la copie.

Introduction

[Accroche] Après s’être illustré dans le genre de la tragédie héroïque, Corneille revient en 1644 à la comédie avec Le Menteur. Dorante nourrit l’action dramatique de ses inventions jusqu’au vertige. L’art du mensonge est-il toujours maîtrisé dans la pièce ? [Explication du sujet] L’habileté des personnages à contrefaire la vérité pour parvenir à leur fin serait infaillible et louable. [Problématique] La comédie cornélienne est-elle à la gloire du mensonge ? [Annonce du plan] Pour le déterminer, il s’agira d’abord d’examiner la virtuosité des menteurs ; puis, de montrer qu’ils se trouvent parfois pris en défaut ; pour, enfin, s’intéresser à l’art du mensonge qu’est la dramaturgie.

I. Virtuosité des mensonges

1. Mentir : un savoir-faire mondain et galant

Le mensonge apparaît d’abord comme un art du paraître : Dorante en manifeste la maîtrise dès son retour de Poitiers. Au statut d’étudiant, il substitue à la scène 3 de l’acte I celui de soldat qui s’est « fait quatre ans craindre comme un tonnerre ». « Menteur par coutume » (iii, 2), selon Philiste, Dorante affabule pour mieux briller en société.

La comédie humaine requiert aussi un art maîtrisé du mensonge en matière galante. Ainsi, Clarice n’hésite pas à usurper l’identité de Lucrèce afin de mieux cerner son prétendant dans la scène du balcon. C’est à un virtuose jeu de dupes que convie la scène 5 de l’acte iii.

2. Mentir : un talent d’artiste

Les qualités de l’affabulateur sont énoncées par Dorante à la scène 4 de l’acte iii : « Il y faut promptitude, esprit, mémoire, soins, / Ne se brouiller jamais, et rougir encore moins ». Le bon menteur est un comédien à qui il faut autant d’audace que de rigueur. De son côté, Clarice remarque à la scène 5 de l’acte iii : « On dirait qu’il dit vrai, tant son effronterie/ Avec naïveté pousse une menterie ». L’art du mensonge se dissimule sous les dehors du naturel et la maîtrise sous l’apparence de la spontanéité.

à noter

N’hésitez pas à réutiliser dans le corps de la copie les termes mêmes de l’intitulé du sujet de manière à ne pas le perdre de vue.

Par ses artifices, le mensonge apparaît parfois indécelable ; Cliton l’apprend à ses dépens dans la scène 6 de l’acte ii : « Quoi, ce que vous disiez n’est pas vrai ? » Le valet a cru au mariage alors même qu’il sait que Dorante est un menteur confirmé. Les mensonges relèvent moins de contre-vérités que d’inventions qui fascinent.

[Transition] Sous la plume de Corneille, le menteur maîtrise les codes sociaux autant que les règles de l’art. Toutefois, il arrive aussi que ses propres mensonges lui échappent, pour le plaisir du spectateur.

II. Des menteurs pris en défaut

1. Le mensonge pris à son propre piège

Aussi virtuose soit-il, le menteur peut se retrouver en difficulté. Les faits viennent parfois lui infliger un cuisant démenti. Dans la scène 1 de l’acte iv, Dorante se vante d’avoir tué Alcippe en duel, mais ce dernier réapparaît à la scène 2 : la réplique de Cliton (« Les gens que vous tuez se portent assez bien ») vient comiquement discréditer le fanfaron.

Dorante use souvent d’une « menterie » pour se sortir de l’impasse où l’a déjà conduit une première affabulation : pour faire oublier à Cliton qu’il n’a pas mis à mort Alcippe, il invente le recours à la « poudre de Sympathie » et à « quelques mots Hébreux » (iv, 3). Un mensonge en appelle un autre, ce qui fait du Menteur une comédie d’intrigue. La dernière réplique du Menteur à l’acte ii semble le confirmer : « j’ai déjà querelle, amour et mariage » résume le triple mensonge qui va assurer la progression dramatique des scènes à venir, mais fait aussi douter de leur issue.

2. Le mensonge tourné en défaut

Moteur dramatique, le mensonge est salué à la fin de la comédie : « apprenez à mentir » nous enjoint Cliton, mais quel crédit accorder à un domestique si crédule ? D’ailleurs, Corneille reconnaît dans l’« Épître » de La Suite du Menteur que « les actions de Dorante ne sont pas bonnes ». Mentir ne serait qu’un artifice condamnable dont la maîtrise n’est jamais parfaitement assurée, comme en témoigne le mariage avec Lucrèce et non Clarice au dénouement.

Chaque mensonge dans la pièce est suivi d’une scène de confidence entre Dorante et son valet qui le sermonne : « vous mentez comme un Diable » (iii, 6). L’affabulation est aussi montrée comme un vice répréhensible, contraire aux valeurs de la noblesse. Alcippe évoque, par exemple, la « honte de mentir » (iii, 2). C’est bien là une faute morale.

La condamnation la plus virulente vient de la figure paternelle qui souligne le déshonneur que Dorante inflige à sa lignée : « Qui se dit Gentilhomme, et ment comme tu fais / Il ment quand il le dit, et ne le fut jamais » (v, 3). Mis au jour par Géronte en colère, son fils se trouve déconsidéré et perd tout son panache.

[Transition] Dans la comédie, le mensonge ne fait ni l’objet d’une maîtrise totale ni d’une approbation sans réserve. Corneille en tire de puissants effets sur le plan dramaturgique. Le théâtre ne serait-il pas lui-même un art d’inventer des histoires auxquelles on demande au public de croire ?

III. Le théâtre comme un art consommé du mensonge

1. Le mensonge au cœur de la dramaturgie

Si Cliton s’indigne des mensonges de son maître à la manière d’un Sganarelle dans Dom Juan de Molière, il reconnaît aussi ses capacités d’invention et de comédien. Mentir se rapproche de l’art dramatique : Dorante à la scène 6 de l’acte i dévoile que « Tout le secret ne gît qu’en un peu de grimace » ; Philiste salue l’enchaînement des actions et des mensonges sous l’égide du personnage éponyme : « La pièce est fort complète, et des plus à la mode » (v, 1).

Le spectateur est invité à admirer l’art du dramaturge lui-même. L’intrigue du Menteur repose sur un quiproquo initial repris à la comédie espagnole ; les mensonges supportent moins l’intrigue qu’ils ne maintiennent une tension dramatique par laquelle est soutenu l’intérêt du public. À la scène 5 de l’acte ii, Corneille retarde l’aveu du protagoniste à son père pour créer un effet de suspens : « Je suis donc marié » en est d’autant plus surprenant que cette réplique suit la stichomythie où le menteur hésite.

2. La fonction poétique du mensonge

À côté des mensonges stratégiques et provocateurs, d’autres se distinguent par leur seul caractère esthétique. Dans ce cas, les affabulations se détachent de toute visée pragmatique ou ambition morale et donnent l’impression d’assister à d’authentiques rêves éveillés qui rejoignent la dimension méta-théâtrale de la comédie.

mot clé

La dimension méta-théâtrale renvoie au caractère réflexif du drame sur lui-même, à la manière dont l’intrigue et les répliques réfèrent à la pratique dramaturgique.

Double de Corneille, Dorante sait conter, mettre en scène et jouer la comédie. Il excelle ainsi dans l’art de la mise en scène lorsqu’il compose les circonstances de son mariage forcé à grand renfort d’hyperboles et de saisissants effets de réel – « Avec mon pistolet le cordon s’embarrasse, / Fait marcher le déclin » (ii, 5). Il nous transporte aussi dans le cadre merveilleux d’un conte de fées et génère un véritable spectacle à l’occasion du récit de la collation (i, 5). Cette mise en abyme se met ainsi au service d’une célébration du théâtre, comme art du mensonge.

Conclusion

[Synthèse] Dans Le Menteur, Corneille élève les affabulations de son protagoniste au rang d’art ; pourtant, le mensonge lui échappe quelquefois pour se trouver moralement condamné ; il n’en reste pas moins une technique autant qu’un talent caractéristiques du dramaturge. Le mensonge est célébré parce qu’il donne la comédie. [Ouverture] Le terme renoue alors avec son étymologie : issu de la racine latine mens, « l’esprit », « l’intelligence », il renvoie à l’art d’utiliser son esprit et de faire des fictions.

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