L’« espionnage atomique » dans la guerre froide

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle Générale | Thème(s) : Produire et diffuser des connaissances : enjeu politique et géopolitique
Type : Etude critique de document(s) | Année : 2020 | Académie : Inédit


Étude critique de document

L’« espionnage atomique » dans la guerre froide

2 heures

10 points

Intérêt du sujet • Cette étude de document vous invite à croiser ce que vous avez appris sur les connaissances stratégiques pour les États et ce qu’ils sont prêts à faire afin de les contrôler. Le premier jalon de l’axe 2 vous sera particulièrement utile, mais n’hésitez pas à faire appel aux autres notions du thème.

 

D’après le document proposé, vous montrerez que les États-Unis et l’URSS se sont livré une guerre d’espionnage pour maîtriser les connaissances stratégiques sensibles dans le cadre de la guerre froide.

DocumentL’espionnage des secrets de l’atome

Les documents Venona sont le fruit d’un projet qui trouve ses origines au début de la Seconde Guerre mondiale et ses principales étapes furent la collecte, le déchiffrement et l’exploitation de cryptogrammes soviétiques. […] En décembre 1946, les cryptanalystes déchiffraient un message de la plus haute importance. Transmis à Moscou deux ans plus tôt, le 2 décembre 1944, par un agent du NKVD depuis New York, ce message contenait une liste de noms, parmi lesquels figuraient ceux de plusieurs scientifiques appartenant au projet Manhattan (ENORMOZ). Au total, ils parvinrent à déchiffrer pas moins d’une cinquantaine de messages concernant les activités d’« espionnage atomique » des Soviétiques. Il n’en fallait pas plus pour prévenir le FBI, qui s’inquiétait d’une éventuelle pénétration soviétique depuis des années et serait à même d’exploiter au mieux les documents. […] Au printemps 1943, à la suite de leur travail de surveillance, les agents du FBI acquirent la certitude que les laboratoires où s’effectuaient les recherches portant sur l’atome étaient la cible de l’espionnage soviétique. C’est pourquoi ils mirent en place l’enquête CINRAD (Communist Infiltration of the Radiation Laboratories). Dans l’immédiat après-guerre, les choses se précipitèrent. Le 5 septembre 1945, Igor Gouzenko, chiffreur à l’ambassade soviétique au Canada, demandait l’asile politique et faisait des révélations fracassantes sur la pénétration soviétique au Canada, au Royaume-Uni et aux États-Unis. Grâce à ces révélations, Allan Nunn May, scientifique britannique ayant participé au projet Manhattan fut arrêté pour avoir fourni au GRU des éléments concernant la bombe atomique. […] L’« espionnage atomique » devint rapidement la priorité essentielle du FBI, car, en août 1949, la première bombe atomique soviétique avait été expérimentée avec succès. […] Le FBI arrêta ensuite David Greenglass ainsi que Julius et Ethel Rosenberg. Il n’en fallait pas plus pour conclure que l’expérimentation réussie de la première bombe atomique soviétique ne pouvait être que le fruit de l’espionnage mené par les agents américains à la solde du NKVD. Mais, parce qu’il ne voulait pas que l’existence du projet Venona fût révélée, le Chiffre1 américain interdisait au FBI de rendre publiques les transcriptions des cryptogrammes qui avaient conduit aux différentes interpellations. Cette interdiction allait, pendant des années, alimenter la polémique autour de la culpabilité des uns et des autres. Aujourd’hui, les archives Venona étant accessibles, la thèse de l’existence d’un large réseau d’espionnage soviétique opérant aux États-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale semble confortée. Au terme du travail de déchiffrement, pas moins de 2 900 cryptogrammes soviétiques furent décodés, dont 49 avaient pour objet le projet Manhattan.

Gilles Le Voguer, « Le renseignement soviétique aux États-Unis : vérité des archives et vérités historiques », Revue française d’études américaines, n° 133,
© Éditions Belin, 2012.

1. Chiffre : service du département de la Défense affecté à la correspondance en langage chiffré (ou codé).

 

Les clés du sujet

Identifier le document

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Comprendre la consigne

La recherche de la bombe nucléaire a été un défi stratégique pendant la Seconde Guerre mondiale. La maîtrise de ce savoir a cristallisé les efforts des principales puissances au début de la guerre froide.

Ce texte permet de comprendre l’intensité de la surveillance et de l’espionnage qu’ont déployés les deux Grands pour sécuriser ou s’emparer du secret nucléaire.

Dégager la problématique et construire le plan

La guerre froide, conflit de puissance, passe aussi par une guerre industrielle et une compétition dans la maîtrise des savoirs stratégiques.

En quoi les enjeux de la recherche sur la bombe nucléaire cristallisent-ils les efforts des deux superpuissances dans la maîtrise et le contrôle des savoirs stratégiques ?

Tableau de 2 lignes, 2 colonnes ;Corps du tableau de 2 lignes ;Ligne 1 : I. Une connaissance stratégique au service de la puissance de l’État; Quelles sont les modalités et conditions de recherche ?Quelle importance cette recherche revêt-elle pour les États ?; Ligne 2 : II. Des superpuissances prêtes à tout pour en assurer la maîtrise; Pourquoi les États recourent-ils à l’espionnage ?Comment les États contrôlent-ils ceux qui détiennent le précieux savoir ?;