L'évolution des formes de solidarité

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle ES | Thème(s) : Intégration, conflit, changement social
Type : Raisonnement sur un dossier documentaire | Année : 2018 | Académie : France métropolitaine


France métropolitaine • Juin 2018

raisonnement • 10 points

L’évolution des formes de solidarité

 À l’aide de vos connaissances et du dossier documentaire, vous montrerez que les formes de solidarité ont évolué.

document 1

Il y a dans chacune de nos consciences, avons-nous dit, deux consciences : l’une, qui nous est commune avec notre groupe tout entier, qui, par conséquent, n’est pas nous-même, mais la société vivant et agissant en nous ; l’autre qui ne représente au contraire que nous dans ce que nous avons de personnel et de distinct, dans ce qui fait de nous un individu. La solidarité qui dérive des ressemblances est à son maximum quand la conscience collective recouvre exactement notre conscience totale et coïncide de tous points avec elle : mais, à ce moment, notre individualité est nulle. […]

Dans les sociétés où cette solidarité est très développée, l’individu ne s’appartient pas […] ; c’est littéralement une chose dont dispose la société. Aussi, dans ces mêmes types sociaux, les droits personnels ne sont-ils pas encore distingués des droits réels.

Il en est tout autrement de la solidarité que produit la division du travail. Tandis que la précédente implique que les individus se ressemblent, celle-ci suppose qu’ils diffèrent les uns des autres. La première n’est possible que dans la mesure où la personnalité individuelle est absorbée dans la personnalité collective ; la seconde n’est possible que si chacun a une sphère d’action qui lui est propre, par conséquent une personnalité. Il faut donc que la conscience collective laisse découverte une partie de la conscience individuelle, pour que s’y établissent ces fonctions spéciales qu’elle ne peut pas réglementer ; et plus cette région est étendue, plus est forte la cohésion qui résulte de cette solidarité.

Émile Durkheim, De la division du travail social, 1893.

document 2 Aides reçues selon l’âge en 2011 (en France)

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Source : Insee, 2011.

Lecture : en 2011, 54 % des personnes de 16 à 29 ans ont reçu au moins une forme d’aide de leurs proches* (financière, matérielle ou morale).

Champ : personnes de 16 ans ou plus habitant en France métropolitaine.

* Les proches d’une personne sont définis comme ses amis ou les membres de sa famille qui ne vivent pas dans le même ménage que cette personne.

document 3

Depuis une vingtaine d’années, des groupes de supporters « ultras1 » s’engagent dans le soutien aux clubs de football français. […]

Au-delà de la sociabilité qu’ils procurent, les groupes ultras ont une action socialisatrice. Au contact des plus anciens, les nouveaux apprennent et intériorisent les manières de faire et de penser de ce milieu. Les membres sont amenés à respecter des règles, à participer à des actions collectives, à s’investir dans la durée.

Ainsi, le groupe modèle, dans une large mesure, les comportements individuels. La forte valorisation de la cohésion interne s’accompagne d’une certaine fermeture vis-à-vis de l’extérieur : l’unité du groupe s’établit par opposition aux […] autres groupes ou aux dirigeants du football. La distance critique envers le groupe et le rôle d’ultra, variable d’un individu à l’autre, n’est globalement pas très élevée. Beaucoup suivent scrupuleusement les préceptes du groupe et du mouvement : ils sont tellement intériorisés et partagés qu’ils deviennent évidents et ne sont pas remis en cause. […]

Chacun occupe une place particulière dans le groupe et est connu en fonction de caractéristiques personnelles. Le groupe (par l’intermédiaire des meneurs qui disposent souvent d’un fort ascendant sur leurs troupes) fait pression sur ses membres pour qu’ils participent aux déplacements et à la préparation des différentes activités. […]

Les groupes ultras ont cette particularité de promouvoir un fort esprit de groupe et un conformisme interne tout en permettant des parcours individualisés en leur sein.

Nicolas Hourcade, « Les groupes de supporters ultras », in Agora débats/jeunesses, 2004.

1. Les « ultras » forment un groupe spécifique au sein des supporteurs assistant aux compétitions sportives. Leur but est de soutenir l’équipe ou le sportif auquel ils s’identifient.

Les clés du sujet

Entrer dans le sujet

Les formes de la solidarité renvoient à la distinction formulée par Émile Durkheim (1858-1917) entre la solidarité mécanique, fondée sur la similitude entre les personnes, et la solidarité organique, fondée sur la division du travail, source de complémentarité. Cette dernière se développe au détriment de la première dans les sociétés industrielles, sans la faire pour autant disparaître.

Comprendre les documents

Le document 1 est un texte d’Émile Durkheim évoquant les deux formes de solidarité. La première forme de solidarité (« mécanique ») est propre aux sociétés à faible division du travail, dans lesquelles les individus sont dotés d’une conscience collective qui ne laisse aucune place aux personnalités individuelles. La seconde forme de solidarité (« organique ») est issue de la division moderne du travail qui différencie les individus en les spécialisant, créant des « personnalités individuelles » relativement autonomes et une cohésion issue de la complémentarité entre les fonctions. Durkheim reconnaît implicitement dans ce texte que ces deux formes coexistent, mais à des degrés divers selon la nature de la société.

Le document 2 est un graphique décrivant la proportion de personnes ayant perçu de la part de leurs proches différents types d’aides, en 2011, selon l’âge. Ainsi, la proportion de personnes aidées est la plus forte chez les jeunes de 16 à 29 ans, avec 55 % de personnes aidées dans cette tranche d’âge. Elle diminue ensuite puis augmente de nouveau chez les plus âgés, avec une proportion de 40 % de 75 ans et plus qui sont aidés. C’est le soutien moral qui apparaît comme la forme d’aide la plus importante, représentant une proportion deux fois plus importante que l’aide financière chez les 16-29 ans. Ce document permet d’illustrer le maintien d’une solidarité de type mécanique au sein des sociétés contemporaines au travers des liens familiaux et amicaux.

Le document 3 illustre également la persistance de la solidarité mécanique dans la société contemporaine, au travers de l’existence de groupes de supporters, dont le rôle socialisateur est important, partageant une forte conscience collective, des valeurs et des normes qui s’imposent à leurs membres.

Définir le plan

Après avoir montré le développement de la solidarité organique, on nuancera le propos en évoquant la persistance de formes traditionnelles de solidarité.