L’évolution des frontières entre les groupes sociaux

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle ES | Thème(s) : Classes, stratification et mobilité sociales
Type : Raisonnement sur un dossier documentaire | Année : 2012 | Académie : Inédit
 
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet
 
L’évolution des frontières entre les groupes sociaux
 
 

Classes, stratification et mobilité sociales

Corrigé

31

Ens. spécifique

sesT_1200_00_25C

 

Sujet inédit

raisonnement • 10 points

> À l’aide des documents et de vos connaissances, montrez que les frontières entre les catégories socioprofessionnelles ont tendance à s’estomper.

Document 1

Le sentiment d’appartenance à une classe sociale (en %)


 

Source : D’après SOFRES, L’État de l’opinion, 1996.

Pour 2002, CEVIPOF, Panel électoral français, 2002.

Note : À la question : « Avez-vous le sentiment d’appartenir à une classe sociale ? », le total des « oui » et des « non » ne fait pas systématiquement 100 % puisqu’il était possible de répondre : « Ne se prononce pas. »

Document 2

[Les générations] qui sont nées entre 1925 et 1950 ont connu l’expansion massive du salariat intermédiaire, des perspectives de mobilité ascendante historiquement exceptionnelles tant du point de vue social qu’économique, les échelons les plus modestes ayant bénéficié des augmentations salariales les plus substantielles […].

L’émergence de la société salariale, le plein emploi, la fin des paysans et des rentiers, l’allongement de la vie, la généralisation d’assurances sociales plus généreuses et, bien évidemment, l’impôt progressif ont ensemble contribué à l’élévation du plancher social et à l’abaissement du plafond, entre lesquels une grande classe moyenne, comprimée entre ces deux extrêmes, a gagné en homogénéité.

Louis Chauvel, « Classes moyennes, le grand retournement »,
Le Monde, 3 mai 2006.

Document 3

Quelques pratiques culturelles à l’âge adulte1 et équipement des ménages en multimédias et en automobile selon la catégorie sociale (en %)

 

Multi-équipement automobile2

Musée ou exposition

(au moins une fois par an)

Théâtre (au moins une fois par an)

Téléphone portable

1996

2004

1987

2005

1987

2005

1997

2004

Agriculteur exploitant

30

37

17,9

34

8,3

11

10

37

Artisans, commerçants,

chefs d’entreprise

36

41

32,1

40

19,6

20

23

66

Cadres et professions

intellectuelles supérieures

42

46

63,9

66

46

36

26

82

Professions intermédiaires

34

41

52,2

52

31,2

25

16

79

Employés

16

22

32,6

38

19

12

12

65

Ouvriers

24

33

25,9

25

8,6

6

9

64

Ensemble

28

35

32,6

39

17,9

16

15

70

 

Source : INSEE, enquêtes Conditions de vie, 1996, 2004 et 2005 ; Annuaire statistique de la France, 2005 ; Ecoflash, n° 50, juin 1990.

1. Personnes de 15 ans et plus.

2. Au moins deux voitures par ménage.

Entrer dans le sujet, définir les mots clés

  • Le sujet invite à démontrer que les frontières traditionnelles entre les catégories socioprofessionnelles évoluent et deviennent moins marquées.
  • Ces catégories, construites par l’INSEE, visent à classer la population en sous-groupes socialement homogènes.

Analyser les documents

Document 1

On observe une baisse du sentiment d’appartenance à une classe sociale en France de 1982 à 2002, ce qui tend à montrer que les frontières entre les catégories socioprofessionnelles sont subjectivement moins ressenties. 

Document 2

  • Ce texte montre que les personnes nées entre 1925 et 1950 ont bénéficié de la croissance exceptionnelle des Trente Glorieuses (plein emploi, mobilité sociale ascendante) et de l’extension de l’État-providence (création d'un système de redistribution et de protection sociale). 
  • Ces évolutions ont contribué à effacer certaines frontières entre les catégories sociales, pour cette génération.

Document 3

  • Ce document apporte des informations sur l’équipement des ménages et sur quelques pratiques culturelles en fonction des PCS en 1987 et en 2005.
  • On observe une tendance à l’homogénéisation des taux d’équipement entre les différentes catégories socioprofessionnelles. 
  • En revanche, les inégalités dans certaines pratiques culturelles persistent, voire s’aggravent, notamment en ce qui concerne la fréquentation des musées. 

Définir le plan

Après avoir défini en introduction la notion de catégories socioprofessionnelles, il faudra expliquer dans votre développement pourquoi les facteurs qui les différencient sont aujourd’hui moins importants. Vous pourrez ainsi :

  • mettre en évidence un mouvement de moyennisation de la société française (notamment pendant les Trente Glorieuses) ;
  • montrer que certaines spécificités socioculturelles des catégories socioprofessionnelles sont désormais moins significatives ;
  • observer l'augmentation du sentiment d'appartenance à la classe moyenne. 
Corrigé

Introduction

Les catégories socioprofessionnelles construites par l’INSEE visent à classer la population en sous-groupes socialement homogènes. Mais les différences entre ces catégories tendent à s'estomper. Trois séries d’arguments peuvent effectivement attester d’un processus de moyennisation de la société française qui participe à remettre en cause les frontières traditionnelles entre les catégories sociologiques : la dynamique de la croissance des Trente Glorieuses ; l’affaiblissement de certaines inégalités et spécificités socio­culturelles et enfin l’augmentation du sentiment d’appartenance à la classe moyenne.

I. La période des Trente Glorieuses est marquée
par un processus de moyennisation de la société

  • La période des Trente Glorieuses a favorisé l’émergence d’un processus de moyennisation de la société française dont ont bénéficié les personnes nées entre 1925 et 1950.
  • La forte augmentation des richesses produites des années 1950 au début des années 1970, source de plein emploi, a rendu possible des parcours sociaux ascendants et facilité la mise en œuvre de conventions collectives sur les conditions de travail et les salaires.
  • La création d’un système de redistribution et de protection sociale (généralisation des assurances sociales, progressivité de l’impôt) a participé à la réduction des inégalités de revenus, tout en permettant l’accès à la santé et à la retraite aux personnes les plus démunies.
  • Ce contexte historique favorable a permis d'atténuer un certain nombre de particularités socioculturelles propres à chaque catégorie socioprofessionnelle. 

II. L’effacement de certaines spécificités socioculturelles des catégories socioprofessionnelles

  • La réduction des inégalités économiques et sociales participe à l’effacement de certaines spécificités socioculturelles et à l’uniformisation des modes de vie. La diminution des inégalités de revenus, qui permet aux catégories sociales les plus pauvres d’accéder à de nouveaux biens et services, se traduit par une homogénéisation de la consommation des ménages tant au niveau structurel (la part des différents postes budgétaires – alimentation, logement, loisirs – dans la consommation totale tend à devenir la même dans toutes les catégories sociales) qu’au niveau de l’équipement des ménages. Par exemple, la part des ménages dôtés de deux voitures au moins a augmenté de 7 points de 1996 à 2004, passant de 28 % à 35 % (document 3). Cette augmentation de l’équipement des ménages en automobile touche particulièrement les ménages les moins équipés (plus 9 points pour les ouvriers).
  • Par ailleurs, les inégalités entre les catégories sociales dans l’équipement en téléphone portable se réduisent : le taux d’équipement des catégories et professions intellectuelles supérieures (CPIS) était 2,8 fois plus élevé que celui des ouvriers en 1997, il ne l'est plus que de 1,3 fois en 2004. À l’exception des agriculteurs exploitants, la possession d’un téléphone portable s’est donc homogénéisée.
  • La scolarisation massive et une mobilité sociale plus forte contribuent à la diffusion de normes, de valeurs et de modèles de comportements communs (nucléarisation de le famille, rapprochement des modèles éducatifs). Les pratiques sociales ont tendance à s’uniformiser, ce qui développe un sentiment d'appartenance plus fort à cette classe moyenne en pleine expansion.

III. L’augmentation du sentiment d’appartenance
à la classe moyenne

  • L’émergence d’une vaste classe moyenne à laquelle les individus s’identifient, dont la part dans la population active n'a cessé d'augmenter, entraîne une modification de l’expression subjective du sentiment d’appartenance à une classe sociale.
  • D'une part, on observe une baisse du sentiment d’appartenance à une classe sociale : en 1982, 63 % des personnes interrogées déclarent avoir le sentiment d’appartenir à une classe, contre seulement 55 % en 2002. D'autre part, parmi les personnes déclarant avoir le sentiment d’appartenir à une classe, 42 % des personnes interrogées disent appartenir à la classe moyenne en 2002, contre seulement 31 % en 1966 (document 1).

Conclusion

Tous ces éléments permettent ainsi de montrer que certains facteurs traditionnels de distinction entre les catégories socioprofessionnelles s’estompent.