L’expérience

Merci !

Annales corrigées
Classe(s) : Tle ST2S - Tle STI2D - Tle STL - Tle STMG | Thème(s) : L'expérience
 

Sujet de type bac – Explication de texte

Dégagez l’idée principale du texte suivant, puis expliquez les étapes de son argumentation.

Que toute notre connaissance commence avec l’expérience, cela ne soulève aucun doute. En effet, par quoi notre pouvoir de connaître pourrait-il être éveillé et mis en action, si ce n’est par des objets qui frappent nos sens et qui, d’une part, produisent par eux-mêmes des représentations et d’autre part, mettent en mouvement notre faculté intellectuelle, afin qu’elle compare, lie ou sépare ces représentations, et travaille ainsi la matière brute des impressions sensibles pour en tirer une connaissance des objets, celle qu’on nomme l’expérience ? Ainsi, chronologiquement, aucune connaissance ne précède en nous l’expérience et c’est avec elles que toutes commencent.

Mais si toute notre connaissance débute avec l’expérience, cela ne prouve pas qu’elle dérive toute de l’expérience, car il se pourrait bien que même notre connaissance par expérience fût un composé de ce que nous recevons des impressions sensibles et de ce que notre propre pouvoir de connaître (simplement excité par des impressions sensibles) produit de lui-même.

Kant, Critique de la raison pure, 2e édition, 1787.

Corrigé

Ce texte a pour intention principale de s’opposer à l’empirisme. Il veut montrer qu’il ne faut pas affirmer trop vite que la connaissance acquise par les sens, c’est-à-dire l’expérience, est l’origine exclusive de tout ce que nous savons. Tout en reconnaissant la nécessité de l’expérience, Kant suggère qu’elle n’est pas la condition suffisante de la connaissance.

Au premier paragraphe, Kant donne toute son importance à l’expérience : sans elle, le processus de la connaissance ne peut commencer. Les données sensibles viennent activer la faculté de connaître. Il accorde un double rôle à l’expérience : elle nous représente les objets qui viennent frapper nos sens, c’est-à-dire qu’elle nous fait connaître leur existence et nous montre leurs apparences, puis elle provoque un traitement de ces données par la faculté intellectuelle qui va mettre en rapport ce qui se présente par les sens pour en tirer des connaissances. C’est le travail de l’abstraction, qui consiste par exemple à abstraire tout ce qu’il y a de commun à nos représentations sensibles de certains animaux pour créer la catégorie des insectes.

Le second paragraphe montre que cette nécessité de l’expérience ne permet pas d’en conclure que tout ce qui est contenu dans la connaissance provient de ce que nous montrent nos sens. Kant fait une hypothèse : il y a peut-être dans ce que nous savons quelque chose qui provient de notre intériorité, du pouvoir de connaître lui-même, mais qui ne peut venir à jour que si une excitation sensible a lieu (comme un marteau heurtant une cloche ne lui apporte pas le son mais révèle le son qui se trouvait silencieusement en elle).

Ce texte de Kant est très célèbre car c’est là que commence sa critique de l’empirisme. Il montre que si l’expérience est une condition nécessaire de la connaissance, cela n’en fait pas une condition suffisante. Il suggère que notre savoir pourrait contenir des représentations issues des sens et d’autres émanant de la forme de notre faculté de connaître.