L’historien et les mémoires de la guerre d’Algérie

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle S | Thème(s) : Les mémoires : lecture historique
Type : Analyse de document | Année : 2015 | Académie : Pondichéry
Corpus Corpus 1
L’historien et les mémoires de la guerre d’Algérie

Les mémoires : lecture historique

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Histoire

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Pondichéry • Avril 2015

analyse de document

> Analysez le document pour montrer les difficultés auxquelles sont confrontés les historiens de la guerre d’Algérie.

 Document Extraits d’un article de Guy Pervillé, historien de la guerre d’Algérie

Cinquante ans après sa fin, la guerre d’Algérie semble suffisamment éloignée de nous pour être devenue un événement appartenant de plein droit à l’histoire. [...] La guerre d’Algérie a si profondément déchiré la communauté nationale qu’il n’a pas été possible de reconstituer une mémoire nationale consensuelle. En effet, la mémoire collective de cette guerre est éclatée entre, au moins, trois tendances divergentes : les partisans de l’Algérie française, ceux de l’indépendance de l’Algérie, et la majorité silencieuse de ceux qui ont évolué de la première à la deuxième position (à l’instar du général de Gaulle) tout en restant troublés par des sentiments confus et contradictoires. L’intégration de plusieurs populations venues d’Algérie dans des conditions très différentes (rapatriés européens, « harkis », immigrés et enfants d’immigrés algériens) renforce encore ces divergences. C’est pourquoi la guerre d’Algérie est longtemps restée une guerre sans nom (le mot « guerre » étant remplacé dans son cas par « opérations de maintien de l’ordre »), sans signification consensuelle et sans commémoration officielle. La commémoration du 19 mars 1962 comme fin de la guerre d’Algérie, organisée depuis 1963 par une grande association d’Anciens combattants en Afrique du Nord, la FNACA, et par un nombre croissant de municipalités, provoque chaque année de véhémentes protestations d’autres associations d’Anciens combattants et de rapatriés français et français musulmans d’Algérie, pour lesquels cette date rappelle une défaite, et le début de la pire période de la guerre. [...]

Les historiens ont donc un rôle à jouer dans l’élaboration de la mémoire collective, en concurrence ou en coopération avec d’autres acteurs. Mais dans ce processus d’élaboration de la mémoire collective, les historiens se trouvent en concurrence avec des groupes porteurs de mémoires antagonistes, dont la rivalité mérite de plus en plus le nom de « guerre des mémoires ». [...] Cinquante ans après son dénouement, l’histoire de la guerre d’Algérie ne manque plus de sources : à celles de l’histoire dite « immédiate » (sources orales, audiovisuelles, périodiques et livres surabondants) elle ajoute depuis 1992 les archives publiques françaises en voie d’ouverture.

Guy Pervillé, « L’historien et les mémoires de la guerre d’Algérie », Historienset Géographes, numéro 420, octobre-novembre 2012.

Les clés du sujet

Lire la consigne

  • La consigne vous invite à adopter une posture d’historien. En effet, vous devez préciser les obstacles auxquels se heurte l’étude historique de la guerre d’Algérie. Comme le rappelle le sujet (L’historien et les mémoires de la guerre d’Algérie), ces obstacles sont liés à la vivacité des mémoires concurrentes de ce conflit.
  • Il s’agit d’un sujet assez difficile requérant une solide maîtrise de la question étudiée en cours.

Observer le document

  • Le document proposé est un article d’un des grands spécialistes de la guerre d’Algérie, Guy Pervillé, professeur d’histoire contemporaine à l’université de Toulouse II-Le Mirail et auteur de l’ouvrage Pour une histoire de la guerre d’Algérie (2002).
  • Cinquante ans après la fin du conflit, l’auteur montre la difficulté à en écrire une histoire.

Définir les axes de l’analyse

  • Un plan thématique est le plus adapté pour répondre à la consigne. En vous appuyant sur la structure de l’article, vous pourrez présenter successivement les principales difficultés des historiens : l’absence de mémoire nationale ; la position ambiguë de l’État ; la guerre des mémoires.
  • Vous veillerez à ne pas vous éloigner de la consigne en évitant deux écueils : le récit de la guerre d’Algérie et la description de l’évolution des mémoires de ce conflit.
Corrigé
Corrigé

Introduction

Info

Benjamin Stora, auteur de La Gangrène et l’Oubli : la mémoire de la guerre d’Algérie (1991) est l’autre grand spécialiste de la question.

[Présentation du document] Le document proposé est un article, extrait de la revue Historiens et ­géographes, rédigé par l’historien Guy Pervillé, un des spécialistes de la guerre d’Algérie, en 2012, cinquante ans après la fin du conflit. Il présente le rapport des historiens avec les mémoires de la guerre.

[Problématique et annonce du plan] L’analyse de ce texte nous permettra de répondre à la question suivante : « À quelles difficultés les historiens de la guerre d’Algérie sont-ils confrontés ? » À cet effet, nous soulignerons l’absence de mémoire nationale, l’ambiguïté de la position de l’État puis la guerre des mémoires.

I. L’absence de mémoire nationale

1. Un conflit qui a divisé la communauté nationale

  • Comme le rappelle la troisième phrase, la communauté nationale s’est divisée entre partisans de l’Algérie française (militaires engagés, droite nationaliste), partisans de l’Algérie indépendante (membres du FLN, communistes) et une majorité silencieuse.

Gagnez des points !

Expliciter le texte permet de valoriser vos connaissances personnelles.

  • La durée du conflit (huit ans) a fait évoluer les positions : ainsi, de Gaulle, d’abord partisan de l’Algérie française, s’est progressivement orienté vers l’autodétermination qui a débouché sur l’indépendance (« …et la majorité silencieuse… à l’instar du général de Gaulle »).

2. Un traumatisme qui se prolonge après la guerre (4e phrase)

  • Après l’indépendance de l’Algérie, différentes communautés ayant vécu la guerre cohabitent sur le territoire français : les pieds-noirs, les harkis, les immigrés algériens (4e phrase).
  • Leur difficile intégration à la communauté nationale, en particulier pour les harkis et les immigrés, accentue le traumatisme lié à la guerre.

II. Les ambiguïtés de la position de l’État

1. Jusqu’en 1999 : une guerre sans nom (5e phrase)

  • De 1954 à 1999, l’État nie l’existence d’une guerre en Algérie : il parle d’« opérations de maintien de l’ordre », de « pacification » voire d’« événements ».
  • En effet, il s’agit d’abord de minimiser le conflit puis de l’occulter au nom de l’unité nationale.

2. À partir de 1999 : une reconnaissance officielle

  • En 1999, est votée une loi reconnaissant le terme de « guerre d’Algérie ».
  • En 2003, le président de la République Jacques Chirac instaure une journée nationale d’hommage aux morts pour la France en Afrique du Nord, fixée au 5 décembre.

III. La guerre des mémoires

1. L’expression de mémoires concurrentes

  • Chaque communauté a sa propre mémoire de la guerre (« groupes porteurs de mémoires antagonistes »). Celle des pieds-noirs est caractérisée par la nostalgie, celle des harkis par un sentiment de trahison.

Info

Le 19 mars 1962 sont signés à Évian des accords de cessez-le-feu.

  • Ainsi, le choix du 19 mars pour commémorer la fin de la guerre suscite des polémiques : la date marque la fin des souffrances pour les anciens appelés mais reste synonyme de défaite pour les pieds-noirs et les harkis (fin du premier paragraphe).

2. Les atouts des historiens pour élaborer une mémoire collective

  • L’éloignement temporel de la guerre (cinquante ans à la date du texte) permet un regard distancié avec les événements (première phrase).
  • Des sources variées et de plus en plus abondantes, avec la progressive ouverture des archives publiques à partir de 1992, favorisent les travaux des historiens (dernière phrase).

Conclusion

[Réponse à la problématique] Ainsi, les historiens de la guerre d’Algérie sont confrontés à de multiples difficultés : l’absence d’une mémoire nationale, la longue négation de la guerre par l’État et la guerre entre mémoires communautaires.

[Critique du document] L’intérêt de ce texte est de mettre en évidence les rapports complexes entre l’histoire et la mémoire. Cependant, il souligne peu le fait que l’évolution des mémoires est elle-même un objet d’histoire.