L’historien et les mémoires de la guerre d’Algérie

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle S | Thème(s) : Les mémoires : lecture historique
Type : Composition | Année : 2015 | Académie : Inédit
Corpus Corpus 1
L’historien et les mémoires de la guerre d’Algérie

Les mémoires : lecture historique

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Histoire

6

Amérique du Nord • Juin 2015

composition

Les clés du sujet

Entrer dans le sujet, définir les mots clés

  • Le sujet couvre l’ensemble de l’étude effectuée en classe. Il est centré sur l’évolution des mémoires de la guerre d’Algérie, c’est-à-dire des souvenirs et représentations collectives des différentes communautés qui y ont participé.
  • Les limites temporelles du sujet correspondent à la période s’étendant de la fin de la guerre (accords d’Évian, mars 1962) à nos jours. Ses limites spatiales sont la France et l’Algérie.

Dégager la problématique

Votre problématique doit mettre en évidence l’évolution des mémoires de la guerre dans ces deux États, telle que les historiens l’ont retracée.

Définir le plan

Compte tenu de l’évolution politique propre à chacun des deux pays, vous pouvez opter pour un plan « chrono-thématique » : en France, d’une part, en Algérie, de l’autre, vous présenterez l’évolution des mémoires.

Corrigé
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POINT MÉTHODE

Définir la problématique d’une composition en histoire

1 La problématique est la question qui sert de fil conducteur à votre développement. Elle doit mettre en évidence le problème de fond soulevé par le sujet, à la lumière de vos connaissances.

2 Elle s’articule autour des mots clés du sujet : ici « historien » et « mémoires ». Elle doit aussi rappeler les bornes spatiales du sujet (la France et l’Algérie) et ses bornes temporelles (des accords d’Évian à nos jours).

3 Attention, la problématique ne doit pas se confondre avec l’annonce des différentes parties du plan. C’est pourquoi vous devez vous limiter à une unique question. Voici une problématique possible pour ce sujet : « Comment, d’après les historiens, les mémoires de la guerre d’Algérie évoluent-elles en France et en Algérie depuis 1962 ? »

Les titres en couleur servent à guider la lecture et ne doivent en aucun cas figurer sur la copie.

Introduction

Info

Benjamin Stora, auteur du livre La Gangrène et l’Oubli : la mémoire de la guerre d’Algérie (1991), est un pionnier de l’étude des mémoires de ce conflit.

[Accroche] En 2004, les historiens Benjamin Stora et Mohammed Harbi publient La Guerre d’Algérie, 1954-2004 : la fin de l’amnésie. Dans cet ouvrage, ils font la synthèse des connaissances sur le conflit et montrent la façon dont se sont construites ses mémoires.

[Problématique et annonce du plan] Leur démarche soulève la question suivante : comment, en France et en Algérie, les mémoires de la guerre d’Algérie évoluent-elles depuis 1962 ? Pour y répondre, nous présenterons d’abord cette évolution en France puis en Algérie.

I. L’évolution des mémoires de la guerre en France

1. Un conflit occulté (années 1960-1970)

  •  La guerre d’Algérie a affaibli la puissance de la France, déjà affectée par la perte de l’Indochine en 1954. De plus, se déroulant sur les territoires algérien et métropolitain, elle a touché une partie importante de lapopulation. Enfin, elle a divisé l’opinion publique, entre volonté de défendre l’intérêt national et soutien au droit des peuples à l’autodétermination.

Info

Henri Alleg est un journaliste français et militant communiste engagé aux côtés du FLN durant la guerre d’Algérie.

  • Au nom de l’unité nationale, le président de Gaulle veut tourner la page : en 1968, une loi d’amnistie permet à des activistes de l’OAS de sortir de prison ou de rentrer d’exil ; le livre de Henri Alleg (La Question) dénonçant l’usage de la torture par l’armée française est interdit depuis 1958.
  •  Cependant, pieds-noirs et harkis sont en quête de reconnaissance : en 1970, une loi indemnise les rapatriés d’Algérie pour les biens laissés sur leur terre natale ; en 1974-1975, les harkis se soulèvent pour dénoncer leurs conditions de vie dans les cités d’accueil.

2. Le réveil des mémoires (années 1980-1990)

  • Les années 1980 sont marquées par la percée électorale du Front national, nostalgique de l’Algérie française et hostile à l’immigration : les tensions liées au conflit algérien sont alors réactivées chez la seconde génération des différentes communautés (pieds-noirs, harkis, immigrés algériens).
  • La guerre d’Algérie fait l’objet d’un regain d’intérêt : en 1983, la question entre dans les programmes de lycée ; la même année, le roman policier de Didier Daeninckx, Meurtres pour mémoire, devient un best-seller.

3. Un conflit reconnu (depuis 1999)

  • L’État met fin à 37 ans d’« amnésie officielle » : en 1999, une loi reconnaît l’existence d’une guerre d’Algérie ; en 2003, une journée d’hommage national aux morts pour la France en Afrique du Nord est fixée au 5 décembre.
  •  Les mémoires de la guerre entrent dans le débat public : en 2000, l’interview du général Aussaresses dans le journal Le Monde relance les polémiques sur l’usage de la torture ; en 2010, le film Hors-la-loi de Rachid Bouchareb qui évoque les émeutes de Sétif (8 mai 1945) suscite la colère des pieds-noirs.

Info

Depuis 1979, la loi sur les archives publiques impose un délai de 60 ans pour la consultation des documents classés « secret défense ».

  •  Grâce à un accès plus facile aux archives depuis 2001, des historiens comme Guy Pervillé et Raphaëlle Branche renouvellent l’histoire de la guerre.

II. L’évolution des mémoires de la guerre en Algérie

1. La construction d’une mémoire officielle

  • À partir de juillet 1962, le FLN, parti unique, impose au pays une mémoire officielle de la guerre. Ainsi, la Constitution de 1963 présente le conflit comme la lutte du peuple algérien, guidé par le FLN, pour son indépendance ; « plus d’un million de martyrs » auraient péri pour cette juste cause.

Gagnez des points !
Citez des exemples concrets pour rendre votre copie plus vivante.

  • Le drapeau du FLN devient celui de la République ; le chant révolutionnaire Kassaman devient l’hymne national. Les dates du 1er novembre (Toussaint rouge) et du 5 juillet (indépendance) sont choisies pour les fêtes nationales.
  • L’État contrôle l’écriture de l’histoire de la guerre : le Centre national d’études historiques est rattaché au ministère de l’Intérieur ; les manuels scolaires diffusent la mémoire officielle.

2. Une mémoire qui résiste

  •  De 1962 à 1988, la mémoire officielle n’est pas remise en cause. Elle sert de ciment à l’unité du pays : en 1982, est érigé à Alger le Flambeau du martyr, monument qui célèbre les combattants morts pour l’indépendance.
  •  Entre 1988 et 1991, le pays s’ouvre au multipartisme : la mémoire officielle est alors débattue et critiquée par d’anciens protagonistes de la guerre et une partie de la jeunesse.

Info

La guerre civile oppose l’armée régulière ­algérienne aux combattants du GIA (Groupe islamique armé).

  • De 1991 à 2002, le pays plonge dans la guerre civile qui rappelle aux habitants les violences de la guerre d’Algérie. La paix revenue, l’État réactive la mémoire officielle pour mettre en œuvre sa politique de réconciliation nationale.

Conclusion

[Réponse à la problématique] Ainsi, les mémoires de la guerre d’Algérie suivent une évolution propre à chaque pays : en France, après deux décennies d’oubli officiel, les mémoires communautaires se réveillent, ce qui pousse l’État à reconnaître les faits. En Algérie, la mémoire officielle construite dès l’indépendance reste la seule autorisée afin de sauvegarder l’unité nationale.

[Ouverture] Lors de son voyage officiel en Algérie de décembre 2012, le président de la République française François Hollande appelait à « la paix des mémoires » fondée sur « la connaissance et la divulgation de l’histoire » : c’est sans doute une perspective d’avenir pour continuer à écrire une histoire partagée par les deux États.