L’immigration en France dans les années 1950 et 1960

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Annales corrigées
Classe(s) : 3e | Thème(s) : Françaises et Français dans une République repensée
Type : Analyser et comprendre des documents | Année : 2017 | Académie : Antilles, Guyane

HISTOIRE

Françaises et Français dans une République repensée

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Antilles, Guyane • Septembre 2017

analyser des documents • 20 points

L’immigration en France dans les années 1950 et 1960

document 1 Le témoignage d’un ouvrier portugais

« Je suis arrivé légalement gare d’Austerlitz en décembre 1955, après trois jours de voyage par le train postal. Je débarquais avec un ami […] Je venais rejoindre mon père qui vivait avec mes oncles à Chennevières pas très loin du bidonville. Nous avons cohabité les premières années dans un logement très petit. J’ai commencé à travailler peu après mon arrivée. Cet hiver-là, j’ai d’abord été employé à dégager les bords de la Marne, qui avaient subi des inondations. Puis, rapidement, j’ai travaillé comme mineur1 avec mon père pour des entreprises de travaux publics.

À partir de 1957-1958, j’ai vu arriver mes compatriotes en nombre de plus en plus important, au point qu’un jour j’ai même prêté mon matelas et mes couvertures pour de nouveaux arrivants […]

Au bout de cinq ans d’un travail acharné, et après être devenu chef d’équipe dans une entreprise de travaux publics, j’ai pu acheter à Villiers une maisonnette ancienne avec un jardinet de 192 m² et y faire venir ma femme. C’était en 1960 et j’étais le premier Portugais de l’agence immobilière qui me l’a vendue ! En 1962, j’ai “agrandi” ma maisonnette. En fait, je l’ai transformée au point d’en faire une maison nouvelle. »

Entretien avec Antonio Mendes Ferreira, cité dans Portugais à Champigny, le temps des baraques, Marie-Christine Volovitch-Tavares, Paris, Autrement, 1995.

1. J’ai travaillé comme mineur : il creuse des fondations pour les nouveaux immeubles à construire.

document 2 Nanterre, le bidonville des Pâquerettes en cours de démolition

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© tous droits réservés à Adoma

À l’arrière-plan, la Cité des Canibouts construite par une filiale de la Sonacotral1 à Nanterre entre 1959 et 1961 constitue une première expérience pour reloger les familles immigrées des bidonvilles. […]

Musée de l’Histoire de l’immigration

© H. Guérard/Adoma.

1. La Sonacotral : Société nationale de construction de logements de travailleurs algériens. Elle dépend de l’État.

Document 1

1. Relevez deux informations qui prouvent que ce document est un témoignage. (4 points)

2. Relevez les différents emplois exercés par Antonio Mendes Ferreira depuis son arrivée en France en 1955. (3 points)

3. Donnez une raison expliquant pourquoi de nombreux immigrés viennent en France à cette époque. (3 points)

Documents 1 et 2

4. Dans quelles conditions sont logés les immigrés à leur arrivée en France à la fin des années 1950 ? (6 points)

5. Montrez que les conditions de vie des immigrés se sont améliorées à partir des années 1960. (4 points)

Les clés du sujet

Comprendre les documents

Le document 1 est le témoignage d’un immigré, Antonio Mendes ­Ferreira. Il évoque les années 1950 en France, époque de la reconstruction après la Seconde Guerre mondiale, au début des Trente Glorieuses.

Le document 2 est une photographie qui fait écho au récit de Mendes Ferreira. Ses deux plans permettent de visualiser l’évolution du logement des immigrés : au premier plan, on voit un bidonville en démolition et, à l’arrière-plan, une cité en construction.

Répondre aux questions

1. À quelle personne est rapporté le récit ? Regarde la source. Un mot confirme qu’il s’agit d’un témoignage.

2. Antonio évoque trois emplois. Aide-toi de la note.

3. Pourquoi a-t-elle besoin d’ouvriers immigrés à cette époque ?

 4. Où s’installe Antonio lors de son arrivée ? Quels inconvénients évoque-t-il ? Que suggère le mot « cohabité » ? Regarde la photographie : observe le bidonville, les matériaux utilisés, le sol. Vois-tu des fils électriques ?

 5. Sur la photographie, compare le bidonville, au premier plan, et « l’expérience de relogement », à l’arrière-plan. Le témoignage fournit aussi des éléments de réponse.

Corrigé

Corrigé

1. Le document 1 est un témoignage, car il s’agit d’un « entretien ». Interrogé, le personnage qui parle évoque son expérience personnelle. Il s’exprime à la première personne du singulier (« Je »).

2. Antonio Mendes Ferreira a d’abord nettoyé les bords de Marne, il était peut-être « cantonnier ». Comme « mineur », il a ensuite travaillé à creuser les fondations des immeubles. Il est enfin devenu « chef d’équipe » et encadrait alors d’autres ouvriers.

3. Les immigrés viennent en France parce que ce pays a subi d’importantes destructions pendant la guerre. La reconstruction offre beaucoup de travail. Le Portugal est un pays pauvre qui n’offre pas les mêmes emplois.

gagne des points

Pour gagner les 6 points, entre dans les détails. Imagine-toi vivant au quotidien dans une cabane, sans électricité, ni eau courante, ni fenêtres.

4. En arrivant en France, les immigrés s’installent où ils peuvent, chez des proches parents ou amis, comme le fait Antonio Mendes Ferreira. Les conditions de vie sont difficiles : ils manquent de place (le logement est « très petit », l. 5), il faut partager un même logement avec d’autres occupants.

Dans les bidonvilles, les abris sont précaires : cloisons en bois, toits en tôle ondulée ; il n’y a pas de fenêtre, pas d’électricité ni de sanitaires. Il n’y a pas de revêtement au sol. On y souffre du froid en hiver, de la chaleur en été, de l’humidité quand il pleut.

5. Au début des années 1960, les expériences de relogement mettent à la disposition des immigrés des appartements dans des immeubles. Ils y trouvent plus d’espace, des logements solides (en béton), avec de la lumière (fenêtres, installations électriques). D’autres comme Antonio Ferreira peuvent acquérir une petite maison qu’ils agrandissent et modernisent. Un petit jardin témoigne d’un environnement personnel plus grand et plus agréable.