L'intégration sociale

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle ES | Thème(s) : Intégration, conflit, changement social
Type : Dissertation | Année : 2016 | Académie : Antilles, Guyane


Antilles, Guyane • Juin 2016

dissertation • 20 points

L’intégration sociale

Y a-t-il une remise en cause de l’intégration sociale aujourd’hui ?

document 1 Selon vous, qu’est-ce qui, aujourd’hui en France, fragilise le plus la cohésion sociale ? (en %)

sesT_1606_04_01C_01

Source : Crédoc, « Les Français en quête de cohésion sociale », juin 2013.

Lecture : 32 % des Français en 2013 estiment que ce qui fragilise le plus la cohésion sociale est l’individualisme.

document 2 Type d’aide reçue selon les caractéristiques sociodémographiques en 2011 (en %)

Tout type d’aide

Aide financière

Aide matérielle

Soutien moral

Ensemble

40

10

11

35

Sexe

Homme

Femme

34

46

10

11

11

11

28

42

Quintiles de niveau de vie

Premier quintile

Deuxième quintile

Troisième quintile

Quatrième quintile

Cinquième quintile

48

43

41

38

32

18

12

10

7

5

17

12

11

9

6

41

37

36

34

28

Situation vis-à-vis de l’emploi

Actifs occupés

Étudiants dont apprentis

Chômeurs

Retraités

Autres inactifs

41

52

51

32

43

10

25

22

3

12

11

18

16

8

9

35

43

44

30

39

Source : Insee Première, « Les aides apportées par les proches », mai 2014.

Champ : personnes de 16 ans ou plus habitant en France métropolitaine.

Lecture : en 2011, 40 % des personnes de 16 ans ou plus ont reçu une aide de leurs proches (financière, matérielle ou morale). Une personne peut recevoir plusieurs types d’aides, ce qui explique que la colonne « tous types d’aide » soit inférieure à la somme des trois autres colonnes.

document 3 Bénéficiaires de minima sociaux entre 2009 et 2012 (en milliers)

2009

2010

2011

2012 (p)

Évolution 2009-2012

(en %)

Revenu de solidarité active (RSA) socle1

1 313,9

1 373,7

1 589,3

1 687,2

28,4

Allocation aux adultes handicapés (AAH)

883,3

914,9

956,6

997,0

12,9

Allocation supplémentaire d’invalidité (ASI)

91,9

87,7

84,2

82,1

– 10,7

Allocation de solidarité

spécifique (ASS)2

348,0

355,4

369,0

411,0

18,1

Source : d’après Insee, 2015.

1. Revenu minimum perçu par les personnes sans emploi.

2. Allocation versée aux demandeurs d’emploi qui arrivent au terme de leurs droits.

(p) Données provisoires.

Les clés du sujet

Entrer dans le sujet

L’intégration sociale désigne la capacité de la société à créer des liens d’appartenance et à générer de la cohésion sociale.

Elle repose sur deux formes de solidarité selon Durkheim : la solidarité mécanique est fondée sur la similitude entre les membres du groupe et le partage de croyances et de normes qui s’imposent à tous, tandis que la solidarité organique se fonde sur la complémentarité entre individus différents et autonomes.

L’intégration sociale s’opère grâce à des instances d’intégration que sont la famille, l’école ou le travail.

Dégager la problématique

Le sujet invite à apporter une réponse nuancée à la question posée et à montrer que, dans une société marquée par le primat de l’individu, les instances d’intégration remplissent, avec certaines difficultés, leur rôle.

Exploiter les documents

D’après le document 1, pour un tiers des Français interrogés entre 2011 et 2013, l’individualisme apparaît comme cause principale de la fragilisation de la cohésion sociale, assez loin devant les discriminations, le ­chômage ou la pauvreté.

Le document 2 montre le rôle positif des proches (famille, amis) en matière de solidarité. L’aide morale, matérielle et financière apportée est d’autant plus importante que les personnes aidées sont dans une situation sociale justifiant une aide (chômeur, étudiant, faibles revenus). En effet, 48 % des personnes appartenant au premier quintile de niveau de vie (les 20 % les plus pauvres) ont perçu en 2011 une aide de leurs proches, soit 16 points de plus que les personnes appartenant au cinquième quintile (les 20 % les plus riches).

L’augmentation du nombre d’allocataires de minima sociaux entre 2009 et 2012, mise en évidence dans le document 3, manifeste la fragilisation d’une part croissante de la population, mais illustre également un outil de l’État pour assurer une protection minimale à cette population.

Définir le plan

Après avoir montré que la cohésion sociale apparaît fragilisée dans un contexte de montée de l’individualisme, nous verrons que certaines instances d’intégration peuvent en partie corriger cette situation.

Corrigé

Corrigé

Introduction

L’actualité nous rappelle de façon régulière les phénomènes d’exclusion et de grande pauvreté d’une partie importante de la population au sein de nos sociétés contemporaines. Ces phénomènes mettent en évidence, dans les sociétés marquées par le primat donné à l’individu, les difficultés d’intégration sociale, c’est-à-dire la capacité à créer des liens d’appartenance et à générer de la cohésion sociale, en s’appuyant sur des instances d’intégration que sont la famille, le travail, ou l’État. Ces difficultés ne doivent cependant pas faire oublier que certaines instances continuent de jouer un rôle socialisateur et protecteur essentiel.

I. L’intégration sociale apparaît aujourd’hui fragilisée

1. Une société qui s’individualise

Émile Durkheim a montré dès la fin du xixe siècle l’affaiblissement de la solidarité mécanique, fondée sur la similitude entre les membres au sein de groupes sociaux qui partagent les mêmes croyances, valeurs et normes. Si cette solidarité laisse la place à une solidarité organique, qui lie des individus différents par leur complémentarité, la société individualiste s’accompagne aussi d’anomie, c’est-à-dire d’une perte de repères pour orienter les comportements humains.

Les croyances s’affaiblissent alors pour dicter les règles à suivre. Les ­instances traditionnelles de socialisation telles que la famille, la communauté villageoise ou professionnelle voient leur autorité contestée, ce qui peut générer plus d’isolement et moins de cohésion entre les individus, voire le développement du « chacun pour soi ».

Selon une enquête du Crédoc, l’individualisme apparaît comme première cause de fragilisation de la cohésion sociale, puisqu’il est évoqué par près d’un tiers des Français interrogés entre 2011 et 2013, ce qui est une proportion deux fois plus importante que pour d’autres types de causes, telles que les discriminations ou la pauvreté (document 1).

2. Des instances d’intégration remises en cause

Dans ce contexte, des instances d’intégration connaissent des difficultés à remplir leur rôle. Avec le développement du chômage de masse et de longue durée, des individus de plus en plus nombreux perdent les liens qui les relient au monde du travail, aux revenus et à la société de consommation. Ils connaissent ainsi un processus de disqualification sociale conduisant à la rupture des liens sociaux et à la désaffiliation, c’est-à-dire la perte des droits et des protections associées à l’emploi salarié. C’est ainsi que, selon l’Insee en 2012, plus de trois millions de personnes perçoivent comme seul revenu un des minima sociaux (document 3), tandis que nombre de personnes vivent dans un dénuement extrême, ne pouvant accéder à un logement, à une nourriture suffisante ou à des soins.

Instance centrale d’intégration, la famille tend à se fragiliser et à se désinstitutionnaliser avec la baisse de la nuptialité, la montée des divorces et des familles recomposées. Cela rend sa fonction de socialisation primaire plus difficile à remplir, particulièrement pour les familles les plus démunies économiquement, socialement et culturellement.

Le lien politique tend également à s’affaiblir avec le développement de l’abstention qui détourne une part croissante de la population du choix de ses représentants dans les différentes institutions politiques locales ou nationales.

II. Pour autant, des instances d’intégration jouent un rôle de rempart à la dislocation des liens sociaux

1. Le rôle intégrateur renouvelé de la famille

Bien que les structures familiales se soient transformées, les fonctions de solidarité de la famille apparaissent aujourd’hui encore essentielles, tout particulièrement dans un contexte de crise économique et sociale. La famille conserve alors un rôle central dans la sociabilité des individus, elle contribue à maintenir une solidarité de type mécanique et favorise un soutien matériel, financier et moral entre ses membres.

Ainsi, d’après Insee Première, en 2011, 40 % des personnes de 16 ans et plus déclarent avoir été aidées par un proche, principalement sous la forme d’un soutien moral (35 %). C’est d’autant plus vrai que les personnes sont plus pauvres (48 % des personnes appartenant aux 20 % les moins riches), étudiantes (52 %) ou au chômage (51 %) (document 2).

La famille apparaît comme un rempart essentiel face à la précarité et à l’exclusion des jeunes, ceux-ci restant de plus en plus longtemps chez leurs parents qui les aident à faire face aux difficultés d’insertion dans le monde du travail, leur procurant logement, nourriture et soutien.

2. Le rôle intégrateur de l’État

Une société individualiste garantit l’autonomie des individus, qui peuvent alors s’affranchir pour partie de leur famille ou communauté d’appartenance par la mise en place d’une solidarité institutionnalisée. Grâce à un système de redistribution horizontale et verticale, l’État assure des revenus de remplacement face à des situations qui privent les individus de revenus (en cas de maladie, de retraite, de maternité), il rembourse des dépenses (de soins en particulier), il fournit des services non marchands (école, justice…) qui garantissent à tous le respect de droits sociaux équivalents et une correction des inégalités qui sont des vecteurs de cohésion sociale.

C’est dans ce souci de limiter l’exclusion de personnes de plus en plus nombreuses des droits sociaux que l’État a mis en place des outils tels que le revenu minimum d’insertion (RMI), qui est devenu le revenu de solidarité active (RSA), versé en 2011 à près de 1,7 million de personnes, ou la couverture maladie universelle (CMU) destinée à offrir une assurance maladie à tous ceux qui en sont exclus.

Conclusion

Le développement d’une société d’individus autonomes a rendu nettement plus complexe le rôle des instances d’intégration pour assurer leur fonction de socialisation et de cohésion sociale. Néanmoins, dans un contexte de crise économique et sociale qui fragilise certaines d’entre elles plus fortement, leur fonction apparaît indispensable pour maintenir les protections nécessaires et les liens entre les individus.

Dans un monde où la solidarité organique s’est développée, éloignant les individus les uns des autres, générant des formes d’isolement et d’anomie, il est nécessaire d’encourager de nouvelles formes de solidarité mécanique, en favorisant l’engagement associatif et de nouvelles formes de citoyenneté.