A l'occasion d'une commémoration, vous prononcez un discours élogieux à propos d'un écrivain dont vous admirez l'oeuvre

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Annales corrigées
Classe(s) : 1re ES - 1re S | Thème(s) : La question de l'homme dans les genres de l'argumentation
Type : Écriture d'invention | Année : 2016 | Académie : France métropolitaine

 

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France métropolitaine • Juin 2016

Séries ES-S • 16 points

Célébrer la grandeur de l’être humain

Écriture d’invention

 À l’occasion d’une commémoration, vous prononcez un discours élogieux à propos d’un écrivain dont vous admirez l’œuvre. Ce discours pourra réutiliser les procédés, à vos yeux les plus efficaces, mis en œuvre par les auteurs du corpus.

Les textes du corpus sont reproduits ici.

Les clés du sujet

Comprendre le sujet

Genre : « discours », texte prononcé devant un public. Respectez ses caractéristiques (adresse au destinataire, implication de celui qui parle).

Sujet du dialogue : « un écrivain/son œuvre ».

Type de texte : « élogieux », « admirez », « efficaces ». Le discours est épidictique et argumentatif.

Situation d’énonciation : Qui ? « vous » (identité à déterminer mais vous utiliserez les indices de la première personne) ; à qui ? « discours/commémoration » : vous vous adressez à un public que vous devez impliquer.

Niveau de langue : soutenu (le texte est solennel et officiel).

Le registre ne vous est pas indiqué.

« Définition » du texte à produire, à partir de la consigne :

Discours (genre), qui fait l’éloge (type de texte) d’un écrivain et de son œuvre (thème) ? (registre), élogieux, documenté, enthousiaste (adjectifs), pour faire partager son enthousiasme et rendre hommage (buts).

Chercher des idées

Les choix à faire

Votre identité : vous pouvez être un confrère, un personnage officiel (élu politique), un membre de la famille.

L’identité du public : à choisir en fonction des circonstances retenues.

L’écrivain peut être fictif ou réel. La consigne oriente plutôt vers un écrivain qui a réellement existé ; cela vous permet de montrer votre culture.

Les circonstances : « commémoration » désigne une cérémonie officielle qui rappelle des événements marquants. Vous devez mettre en situation votre discours (voir discours de Zola et d’Anatole France).

Le registre : « élogieux », « commémoration » mettent sur la voie du lyrisme ; s’il s’agit d’un éloge funèbre, vous pouvez recourir au pathétique.

Le fond

Vous devez faire des allusions à l’homme (caractère, vie, valeurs) mais surtout à son œuvre que vous devez connaître ; vous pouvez citer des œuvres ou des phrases de l’écrivain.

Vous pouvez exprimer des sentiments autres que l’admiration (peine, manque, etc.) et utiliser le vocabulaire de l’affectivité.

La forme, l’écriture : les procédés de l’éloge

Identifiez les faits d’écriture, les procédés rhétoriques, les figures de style qui soutiennent l’éloge dans le corpus, notamment ce qui relève de l’amplification superlatifs, hyperboles, répétitions, énumérations, rythme ample, gradations, groupes ternaires, vocabulaire mélioratif, images frappantes.

 Pour réussir l’écriture d’invention : voir lexique méthodologique.

 La question de l’homme : voir mémento des notions.

Corrigé

Corrigé

Nous avons volontairement choisi un auteur qui n’est pas des plus connus de nos jours : Savinien Cyrano de Bergerac (1619-1655).

C’est d’un esprit libre, audacieux, novateur que je vais vous parler aujourd’hui, un génie dont nous fêtons le quatrième centenaire de la naissance dans notre centre culturel qui a l’honneur de porter avec fierté son nom.

Esprit libre, oui ! Savinien de Cyrano de Bergerac l’était. Ses œuvres ne sont-elles pas l’exercice sublime d’un esprit audacieux et éclairé ? Ses écrits ne recèlent-ils pas la capacité remarquable de ne rien prendre pour acquis, la volonté merveilleuse de rire au nez des censeurs et la ferme résolution d’interroger les consciences ? Il avait la liberté du libertin, le vrai, au sens intellectuel – que dis-je ? – au sens noble du terme.

Cet esprit fin et indépendant n’a eu de cesse de défier la censure et les préjugés. Rouvrez avec moi L’Histoire comique des États et Empires de la Lune et du Soleil, ce récit de voyage à la fois cosmique et comique : vous serez éblouis par sa verve, son inventivité et son irrévérence. Quelle imagination quand il relate son périple spatial jusqu’à la Lune. Mais aussi quel théâtre de la pensée ! Car enfin, quand il interroge les travers de la société, sa lucidité est terrible ! Et quel humour quand il conclut cela par l’éloge… d’un vulgaire chou ! Liberté admirable ! Cyrano était libre au sein de son siècle, mais aussi vis-à-vis de lui-même. Autodérision étonnante, merveilleuse ouverture d’esprit !

Capable d’anticipations étonnantes (son « oiseau de bois » est bien l’ancêtre de notre montgolfière !), il invente des aventures extra-terrestres qui font de lui le précurseur de la science-fiction moderne. Et quelle polyvalence ! Quelles que soient les créations de ce polygraphe, on retrouve, dans sa correspondance comme dans ses pièces de théâtre, la même ouverture d’esprit, la même inventivité, la même verve. Quel plus bel hommage à cet inventeur prolifique que les emprunts – longtemps passés sous silence – que lui a faits Molière ? Notre sublime Molière a compris la force du génie comique de Cyrano : voilà pourquoi il n’a pas hésité à emprunter au Pédant joué la réplique devenue proverbiale de ses propres Fourberies de Scapin, le fameux « Que diable allait-il faire dans cette galère ! »

Poète, dramaturge, épistolier, Cyrano n’en fut pas moins homme et sa vie était à l’image de son œuvre. Il fut tout à la fois mousquetaire (on le surnommait « démon de la bravoure »), homme politique, scientifique génial, philosophe et ami fidèle… Tous, nous aurions aimé être le fidèle Le Bret de cet homme fantasque et fascinant. Et c’est ce génie aux mille talents, correspondant des grands hommes de son siècle, que l’on a peut-être assassiné ! Une vulgaire pièce de bois, inerte, venir à bout du grand Cyrano et de son esprit à l’agilité sans pareille ! Fort de son esprit de dérision, notre homme aurait sans doute ri de cette ironie cruelle…

Ultime coup du sort : se voir voler la vedette par un simple personnage de théâtre… Car, s’il est vrai qu’Edmond Rostand lui a rendu un superbe hommage, lui a-t-il rendu justice ? Son Cyrano, né exactement 278 ans après son modèle, a sans doute la grandeur d’un roc, d’un pic, d’un cap ou d’un promontoire ! Il est le redoutable bretteur, l’amant bouleversant, le perdant magnifique ! Oui, mais il efface le vrai grand homme, qui n’était ni gascon, ni amoureux transi, ni laid, mais un pourfendeur d’esprits rétrogrades, explorateur intrépide de contrées imaginaires et génie avide de liberté. En un mot, ou en trois, Cyrano de Bergerac, dont notre ville s’enorgueillit aujourd’hui d’honorer la mémoire !