L’opinion publique sous la Ve République

Merci !

Annales corrigées
Classe(s) : Tle S | Thème(s) : Gouverner un Etat-Nation : la France depuis 1946
Type : Analyse de document | Année : 2014 | Académie : Inédit
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet
 
L’opinion publique sous la Ve République

L’échelle de l’État-nation

hgeT_1400_00_08C

Histoire

13

CORRIGE

Sujet inédit

analyse de document

> Analysez ce document pour mettre en évidence les caractéristiques et les facteurs de la défiance de l’opinion publique à l’égard de la classe politique sous la Ve République.

Document

La défiance à l’égard de l’offre politique


  • Le sujet s’organise autour de deux notions : celle d’opinion publique, qui désigne le jugement collectif de l’ensemble des citoyens ; celle de classe politique qui correspond au groupe de dirigeants issus des partis au pouvoir et dans l’opposition. Il porte sur la Ve République, vue au travers des élections présidentielles de 1965 à 2007.
  • Votre analyse devra montrer les modalités de la défiance des citoyens vis-à-vis de la classe politique.
  • Le plan de votre étude est suggéré dans le libellé du sujet. Selon une logique analytique, vous présenterez d’abord les aspects de cette défiance, visibles sur le document ; ensuite, à l’aide de vos connaissances, vous en rappellerez les causes.
Corrigé

Analyser un graphique en histoire

1 Commencez par identifier le graphique : précisez sa source, son auteur, sa date, son thème. Déterminez soigneusement le critère retenu pour illustrer le phénomène représenté et, le cas échéant, l’unité utilisée : il s’agit ici de pourcentages, montrant d’une part l’abstention aux élections présidentielles, d’autre part le vote aux extrêmes à ces mêmes élections.

2Décrivez le graphique en lisant correctement l’axe des abscisses (ici, les années des élections) et celui des ordonnées (valeurs des pourcentages). Pour ce faire, délimitez quelques grandes étapes de l’évolution d’ensemble en les situant dans le temps et en les caractérisant (ex. : de 1965 à 1981, le vote extrémiste stagne).

3Interprétez chacune de ces étapes en les reliant à la problématique. Dans le cas présent, vous nuancerez la défiance de l’opinion publique à l’égard de la classe politique.

Les titres en couleur servent à guider la lecture et ne doivent en aucun cas figurer sur la copie.

Introduction

[Présentation du document] Le document proposé illustre la défiance, c’est-à-dire la perte de confiance de l’opinion publique à l’égard des hommes politiques sous la Ve République. Il juxtapose deux graphiques : une courbe montrant l’évolution de l’abstention lors des différentes élections présidentielles ; un histogramme présentant l’évolution des suffrages extrémistes aux mêmes moments.

[Problématique et annonce du plan] Nous analyserons ce document afin de déterminer dans quelle mesure nous pouvons parler d’un rejet de la classe politique par les citoyens sous la Ve République. Pour ce faire, nous nous intéresserons d’abord aux manifestations de ce phénomène, puis à ses facteurs.

I. Les signes d’un rejet

1. La montée de l’abstention

Info

De Charles de Gaulle à Nicolas Sarkozy, la fonction présidentielle a été très personnalisée.

  • Traditionnellement, les citoyens français se mobilisent fortement pour élire le chef de l’État. Cependant, de 1965 (1re élection au suffrage universel direct) à 2007 (avant-dernière élection présidentielle), on observe une abstention « incompressible » d’au moins 15 %.
  • Le document permet de distinguer deux phases : jusqu’en 1988, mis à part un pic de 22 % en 1969, le taux d’abstention reste stable (entre 15 et 20 %) ; après 1988, il augmente avec un pic en 2002 (28 %), avant de retomber à un niveau encore élevé (17,5 %) en 2007.

2. La montée des suffrages extrémistes

  • Il s’agit du vote en faveur des candidats des partis qui proposent des mesures radicales et remettent en question le régime. Ils peuvent être d’extrême gauche (ex. : Lutte ouvrière) ou d’extrême droite (ex. : Front national).
  • Deux périodes peuvent être identifiées : de 1965 à 1988, ces suffrages (exclusivement pour l’extrême gauche) sont marginaux (moins de 6 % des votants) ; à partir de 1988, ils deviennent massifs, surtout en faveur de l’extrême droite (ex. : près de 30 % en 2002).

II. Des facteurs divers

1. Le contexte socio-économique

  • Jusque dans les années 1970, la France connaît une forte croissance économique et une situation de plein-emploi. Les Français font confiance à leurs dirigeants et votent en masse pour les partis de gouvernement (ex. : parti gaulliste).
  • À partir des années 1980, le pays s’enfonce dans la crise économique et connaît un chômage de masse. Les électeurs sont déçus de l’action des hommes politiques (de gauche ou de droite), qui leur paraissent incapables de répondre à leurs difficultés, et se tournent vers des formations qui captent leur mécontentement par des propositions radicales.

2. Le contexte politique

  • Jusqu’au début des années 1980, les différents présidents de la République incarnent volontarisme et probité. Ils suscitent l’adhésion de la majorité des citoyens.

Info

Les périodes de cohabitation ont tendance à brouiller le clivage gauche/droite aux yeux des électeurs.

  • À partir du milieu des années 1980, les « affaires » (ex. : scandales politico-financiers éclaboussant l’entourage de François Mitterand) et la gestion difficile des cohabitations nuisent à leur crédit : de nombreux électeurs renoncent à choisir (abstention) ou optent pour un «vote protestataire». À cet égard, le scrutin de 2002 (avec une forte abstention et un candidat d’extrême droite présent au second tour) est emblématique.

Conclusion

[Réponse à la problématique] Ainsi, la défiance des citoyens à l’égard de la classe politique se manifeste à partir des années 1980 par l’essor de l’abstention et du vote extrémiste. Elle peut s’expliquer par la dégradation du contexte économique et politique.

[Critique du document] L’intérêt de ce document est de permettre de relier les deux phénomènes. Cependant, une comparaison entre premier et second tour électoral aurait permis d’affiner notre analyse : en effet, le vote protestataire est traditionnellement plus important lors du premier tour.