L’Union européenne en crise ?

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle ES - Tle L | Thème(s) : Gouverner à l'échelle continentale : le projet d'une Europe politique depuis 1948
Type : Etude critique de document(s) | Année : 2014 | Académie : Inédit
 
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet
 
L’Union européenne en crise ?
 
 

L’échelle continentale

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Histoire

25

CORRIGE

 

Sujet inédit

étude critique de document

> Après avoir expliqué les raisons pour lesquelles l’Europe, selon l’auteur, ne fonctionne plus, présentez de façon critique les problèmes auxquels la gouvernance européenne doit faire face.

Document

« L’Europe et la crise »

« L’Union européenne (UE) n’est plus, du moins telle que nous la connaissions. Et la question n’est pas de savoir ce que deviendra la nouvelle union, mais pourquoi cette Europe qui nous a tant fait rêver n’existe plus. La réponse est simple : aujourd’hui, tous les piliers qui ont servi à bâtir et à justifier l’Union européenne se sont effondrés.

Premièrement, le souvenir de la Seconde Guerre mondiale. […] C’est une illusion de continuer à penser aujourd’hui que la légitimité de l’UE prend ses racines dans la guerre.

Le deuxième élément qui a permis l’avènement de l’Union est la guerre froide. Mais elle non plus n’existe plus. Aujourd’hui, l’UE n’a pas – et ne peut pas avoir – un ennemi tel que l’URSS après 1949 qui aurait pu justifier son existence. Bref, l’évocation de la guerre froide ne peut en aucun cas aider à résoudre les problèmes de légitimité de l’UE.

Le troisième pilier est la prospérité. L’UE reste un espace riche, très riche – même si cela ne vaut pas pour des pays comme la Bulgarie. En revanche, 60 % des Européens pensent que leurs enfants vivront moins bien qu’eux. De ce point de vue, le problème n’est pas comment on vit aujourd’hui, mais quelle vie on aura dans le futur. […]

Une autre source de légitimité était la convergence – ce processus qui fait que les pays pauvres qui adhèrent à l’UE ont la certitude qu’ils rejoindront progressivement le club des riches. Cela était encore fondé il y a quelques années, mais, aujourd’hui, si les prévisions économiques pour les dix prochaines années se confirment, un pays comme la Grèce en comparaison de l’Allemagne sera toujours aussi pauvre que le jour de son adhésion à l’Union.

[…]

Et, pour finir, le dernier pilier : l’État social. Sans aucun doute, l’existence d’un État social fort fait partie intégrante de l’identité de l’UE. Néanmoins, à l’heure où l’on parle, il n’est plus question de savoir si cet État social est une bonne ou une mauvaise chose, mais s’il reste viable dans un contexte de concurrence globale, mais aussi de changement démographique majeur en Europe. […]

Au sein de l’UE, il n’existe plus de séparation entre l’Ouest et l’Est, mais d’autres, bien plus importantes, sont apparues. La première, c’est celle qui existe entre les pays de la zone euro et les autres. Très souvent, lorsqu’ils parlent de l’UE, les Français, les Allemands ou les Espagnols pensent en fait à la zone euro. Mais cette division ne sera pas pertinente tant que des pays stratégiquement importants comme la Suède, la Pologne et le Royaume-Uni resteront en dehors de la zone. L’autre division de taille est celle existant entre les pays créditeurs et les pays débiteurs. Lorsque la Grèce a voulu organiser un référendum sur le sauvetage du pays, Berlin a formulé l’objection suivante : “Au fond, vous voulez faire un référendum sur notre argent !” Cette remarque n’est pas complètement illégitime… Aucun pays ne doit devenir l’otage de la zone euro. Or c’est le problème lorsque vous avez une devise, mais pas de politique commune.

Si l’on regarde l’UE de plus près, on remarquera que des pays sont en crise et d’autres non – ou en sont bien moins affectés. […] De ce point de vue, le principal problème de toute politique est qu’elle fait des gagnants et des perdants. […]

De surcroît, les pays de l’UE n’ont pas tous la même histoire ni la même langue. Quand on dit “nous” sur le plan européen, de qui s’agit-il ? Pour que l’UE se mette à fonctionner correctement, il faut absolument définir au préalable qui est ce “nous” européen. En ce moment même, deux processus complètement contradictoires ont cours en Europe : d’un côté, une intégration accrue au niveau institutionnel (l’union bancaire, par exemple, qui fonctionne très bien) ; mais, de l’autre, la renationalisation de deux leviers très importants dans la société, les sentiments et les flux financiers. »

Discours du politologue bulgare Ivan Krastev

prononcé lors d’un séminaire à l’université de Sofia

en mars 2013, consacré à « L’Europe et la crise ».

Lire la consigne

  • Le sujet porte sur l’Union européenne. Plus précisément, l’énoncé pose la question de la crise de sa gouvernance. Cette idée de crise réapparaît dans la deuxième partie de la consigne quand celle-ci évoque les « problèmes » de l’Union.
  • La consigne propose surtout de mettre la question en perspective historique. En effet, dans un premier temps, elle invite à s’appuyer sur le passé de la CEE pour identifier les facteurs qui ont permis son succès. Le travail ne doit pas pour autant se limiter à énoncer ces facteurs ; il faut aussi expliquer comment ils ont favorisé la construction européenne. La deuxième partie de la consigne permet d’analyser les problèmes qui nourrissent l’euroscepticisme contemporain ; mais, là encore, il ne faut pas se contenter d’une énumération. Il faut montrer comment ces difficultés affectent la gouvernance et identifier les débats que ces problèmes soulèvent afin d’effectuer le travail « critique » demandé par la consigne. Celui-ci consistera surtout à parler des questions non abordées par l’auteur.

Analyser le document

Le document expose l’opinion d’un politologue. Celui-ci propose une analyse de l’Union en fonction des contextes historiques. À ce titre, c’est un document didactique, celui d’un témoin et non d’un acteur de l’histoire. En tant que bulgare, Ivan Krastev est un nouvel européen : son pays est entré dans l’Union européenne en 2004.

Organiser la réponse

La consigne invite à suivre un plan en deux parties opposant le passé plutôt réussi de l’Union au présent plus difficile. Pour la première partie, la construction du texte permet de dégager trois arguments successifs à exposer et expliciter : le rôle des guerres (Seconde Guerre mondiale et guerre froide), de la prospérité et de la légitimité sociale. La seconde partie propose une même approche analytique. On y distingue trois thèmes : les différences d’insertion, les inégalités face à la crise et celles en termes d’expérience. Pour être complet, ajoutez l’inachèvement social et politique de l’Union.

Corrigé

Ce corrigé est rédigé sous la forme d’un plan détaillé. Les titres en couleurs servent à guider la lecture et ne doivent en aucun cas figurer sur la copie.

Introduction

 

Conseil

L’annonce du plan n’est pas obligatoire, mais votre introduction gagnera en clarté.

En 2005, Français et Néerlandais ont refusé par référendum le traité de Constitution européenne (TCE). Depuis, l’euroscepticisme n’a cessé de gagner du terrain dans tous les pays de l’Union. La crise qui a ébranlé plusieurs d’entre eux (l’Irlande, la Grèce ou le Portugal) pose le problème de la solidarité au sein de la communauté. L’Union est-elle adaptée aux défis de la mondialisation ? Quelles circonstances nouvelles remettent en cause une organisation qui avait si bien réussi entre 1957 et 1991 ? Politologue bulgare, Ivan Krastev avance des explications qui permettent de comprendre pourquoi certains facteurs n’agissent plus, puis d’évoquer les situations qui rendent l’Union difficile à gérer.

I. Des facteurs historiques qui n’agissent plus

 

Info

Mis en place en 1947 pour contenir l’impérialisme soviétique, le plan Marshall jette les bases financières de la future CEE.

  • Par les menaces fascistes puis communistes qu’elles ont fait peser sur eux, la Seconde Guerre mondiale et la guerre froide ont favorisé le rassemblement des Européens de l’Ouest autour de valeurs communes (démocratie et libre-échange économique) et entretenu des formes de solidarité qui furent le ciment d’une forte cohésion collective. Cette volonté de faire face ensemble s’est concrétisée en 1957 par le traité de Rome qui fixait pour objectifs de contenir l’URSS par la force de l’économie.
  • Les Trente Glorieuses ont ensuite assuré une prospérité qui a permis de redistribuer en partie les fruits de la croissance et d’assurer la solidarité entre les États à travers des politiques économiques communes (la PAC, par exemple) ou des projets communautaires ambitieux (Ariane ou Airbus). Les accords de libre-échange (marché commun de 1968 puis Acte unique de 1986) ont soutenu l’activité tout en resserrant les liens communautaires.
 

Info

Ces critères obligent les États membres à contenir l’inflation et à ne pas dépasser un déficit supérieur à 3 % de leur PIB.

  • Les critères de convergence établis entre des États ayant atteint des niveaux de développement proches ont imposé des contraintes difficiles pour eux mais accessibles. Ils ont permis aux États les moins avancés de rattraper leurs partenaires sans remettre en cause les acquis de ces derniers.

[Transition] Avec la fin de la guerre froide et la mondialisation, tout a changé. Transformée en Union politique, la communauté est confrontée à des difficultés qu’elle peine à surmonter.

II. Des inégalités dans une Europe inachevée

 

Info

En 1992, par le traité de Maastricht, la CEE des Douze se transforme en union politique à 15.

  • En 1991, l’effondrement du bloc soviétique bouleverse la donne internationale. Pour des raisons géostratégiques, l’Europe s’ouvre à l’Est et au Sud, passant brutalement de 15 à 25 membres (2004). Mais tous les pays n’ont pas un égal niveau de développement. Une Europe à géométrie variable se met alors en place : le territoire de l’Union, celui de la zone euro ou de l’espace Schengen ne se recouvrent pas, créant des différences sources de dysfonctionnements.
  • Entre les pays membres, les inégalités sont criantes. Aggravées par la crise financière de 2008, celles-ci plongent des pays comme l’Irlande ou la Grèce dans des situations de faillites que leurs partenaires doivent gérer. Les tensions entre les États s’en trouvent exacerbées.
  • L’émergence de nouvelles concurrences dans le cadre de la mondialisation favorise le démantèlement des États-providences. Si l’Europe économique fonctionne, l’Europe sociale est toujours en chantier, installant dans la précarité près de 10 % des actifs.
  • Inachevée, l’Union l’est aussi sur le plan politique et fiscal. Les directives prises par la commission de Bruxelles ne sont pas toujours bien comprises, entretenant le rejet de l’institution. Jugeant sa gouvernance lointaine et trop technocratique, les Européens ont du mal à s’identifier à la communauté. Pour la majorité d’entre eux, la citoyenneté européenne reste abstraite. L’euro­scepticisme s’accroît.

Conclusion

 

Info

Lors des élections européennes de 2014, les partis hostiles à l’Europe ont obtenu près d’un tiers des sièges.

Dans un contexte mondial difficile, la gouvernance de l’Union européenne doit gérer les défis issus de ses défauts internes et de son inachèvement institutionnel. Les tensions profitent aux organisations nationalistes quand ce ne sont pas les gouvernements qui se servent de l’institution comme bouc émissaire.