L’Union européenne en crise ?

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle ES - Tle L | Thème(s) : Gouverner à l'échelle continentale
Type : Etude critique de document(s) | Année : 2014 | Académie : Inédit
 
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet
 
L’Union européenne en crise ?
 
 

L’échelle continentale

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Histoire

25

CORRIGE

 

Sujet inédit

étude critique de document

> Après avoir expliqué les raisons pour lesquelles l’Europe, selon l’auteur, ne fonctionne plus, présentez de façon critique les problèmes auxquels la gouvernance européenne doit faire face.

Document

« L’Europe et la crise »

« L’Union européenne (UE) n’est plus, du moins telle que nous la connaissions. Et la question n’est pas de savoir ce que deviendra la nouvelle union, mais pourquoi cette Europe qui nous a tant fait rêver n’existe plus. La réponse est simple : aujourd’hui, tous les piliers qui ont servi à bâtir et à justifier l’Union européenne se sont effondrés.

Premièrement, le souvenir de la Seconde Guerre mondiale. […] C’est une illusion de continuer à penser aujourd’hui que la légitimité de l’UE prend ses racines dans la guerre.

Le deuxième élément qui a permis l’avènement de l’Union est la guerre froide. Mais elle non plus n’existe plus. Aujourd’hui, l’UE n’a pas – et ne peut pas avoir – un ennemi tel que l’URSS après 1949 qui aurait pu justifier son existence. Bref, l’évocation de la guerre froide ne peut en aucun cas aider à résoudre les problèmes de légitimité de l’UE.

Le troisième pilier est la prospérité. L’UE reste un espace riche, très riche – même si cela ne vaut pas pour des pays comme la Bulgarie. En revanche, 60 % des Européens pensent que leurs enfants vivront moins bien qu’eux. De ce point de vue, le problème n’est pas comment on vit aujourd’hui, mais quelle vie on aura dans le futur. […]

Une autre source de légitimité était la convergence – ce processus qui fait que les pays pauvres qui adhèrent à l’UE ont la certitude qu’ils rejoindront progressivement le club des riches. Cela était encore fondé il y a quelques années, mais, aujourd’hui, si les prévisions économiques pour les dix prochaines années se confirment, un pays comme la Grèce en comparaison de l’Allemagne sera toujours aussi pauvre que le jour de son adhésion à l’Union.

[…]

Et, pour finir, le dernier pilier : l’État social. Sans aucun doute, l’existence d’un État social fort fait partie intégrante de l’identité de l’UE. Néanmoins, à l’heure où l’on parle, il n’est plus question de savoir si cet État social est une bonne ou une mauvaise chose, mais s’il reste viable dans un contexte de concurrence globale, mais aussi de changement démographique majeur en Europe. […]

Au sein de l’UE, il n’existe plus de séparation entre l’Ouest et l’Est, mais d’autres, bien plus importantes, sont apparues. La première, c’est celle qui existe entre les pays de la zone euro et les autres. Très souvent, lorsqu’ils parlent de l’UE, les Français, les Allemands ou les Espagnols pensent en fait à la zone euro. Mais cette division ne sera pas pertinente tant que des pays stratégiquement importants comme la Suède, la Pologne et le Royaume-Uni resteront en dehors de la zone. L’autre division de taille est celle existant entre les pays créditeurs et les pays débiteurs. Lorsque la Grèce a voulu organiser un référendum sur le sauvetage du pays, Berlin a formulé l’objection suivante : “Au fond, vous voulez faire un référendum sur notre argent !” Cette remarque n’est pas complètement illégitime… Aucun pays ne doit devenir l’otage de la zone euro. Or c’est le problème lorsque vous avez une devise, mais pas de politique commune.

Si l’on regarde l’UE de plus près, on remarquera que des pays sont en crise et d’autres non – ou en sont bien moins affectés. […] De ce point de vue, le principal problème de toute politique est qu’elle fait des gagnants et des perdants. […]

De surcroît, les pays de l’UE n’ont pas tous la même histoire ni la même langue. Quand on dit “nous” sur le plan européen, de qui s’agit-il ? Pour que l’UE se mette à fonctionner correctement, il faut absolument définir au préalable qui est ce “nous” européen. En ce moment même, deux processus complètement contradictoires ont cours en Europe : d’un côté, une intégration accrue au niveau institutionnel (l’union bancaire, par exemple, qui fonctionne très bien)  mais, de l’autre, la renationalisation de deux leviers très importants dans la société, les sentiments et les flux financiers. »

Discours du politologue bulgare Ivan Krastev

prononcé lors d’un séminaire à l’université de Sofia

en mars 2013, consacré à « L’Europe et la crise ».

Lire la consigne

  • Le sujet porte sur l’Union européenne. Plus précisément, l’énoncé pose la question de la crise de sa gouvernance. Cette idée de crise réapparaît dans la deuxième partie de la consigne quand celle-ci évoque les « problèmes » de l’Union.
  • La consigne propose surtout de mettre la question en perspective historique. En effet, dans un premier temps, elle invite à s’appuyer sur le passé de la CEE pour identifier les facteurs qui ont permis son succès. Le travail ne doit pas pour autant se limiter à énoncer ces facteurs  il faut aussi expliquer comment ils ont favorisé la construction européenne. La deuxième partie de la consigne permet d’analyser les problèmes qui nourrissent l’euroscepticisme contemporain  mais, là encore, il ne faut pas se contenter d’une énumération. Il faut montrer comment ces difficultés affectent la gouvernance et identifier les débats que ces problèmes soulèvent afin d’effectuer le travail « critique » demandé par la consigne. Celui-ci consistera surtout à parler des questions non abordées par l’auteur.

Analyser le document

Le document expose l’opinion d’un politologue. Celui-ci propose une analyse de l’Union en fonction des contextes historiques. À ce titre, c’est un document didactique, celui d’un témoin et non d’un acteur de l’histoire. En tant que bulgare, Ivan Krastev est un nouvel européen : son pays est entré dans l’Union européenne en 2004.

Organiser la réponse

La consigne invite à suivre un plan en deux parties opposant le passé plutôt réussi de l’Union au présent plus difficile. Pour la première partie, la construction du texte permet de dégager trois arguments successifs à exposer et expliciter : le rôle des guerres (Seconde Guerre mondiale et guerre froide), de la prospérité et de la légitimité sociale. La seconde partie propose une même approche analytique. On y distingue trois thèmes : les différences d’insertion, les inégalités face à la crise et celles en termes d’expérience. Pour être complet, ajoutez l’inachèvement social et politique de l’Union.