L'Union européenne face à la crise des migrants

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle S | Thème(s) : L'épreuve orale
Type : Sujet d'oral | Année : 2016 | Académie : Inédit

 

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Sujet d’oral no 3

avec document

L’Union européenne face à la crise des migrants

Document Un monde sans boussole

Cette violence au sud et à l’est de la Méditerranée conduit à de vastes mouvements de population qui touchent désormais directement de plus en plus l’Europe elle-même avec le flux de réfugiés, majoritairement syriens, qui, d’abord cantonnés en Grèce, tentent de gagner l’Allemagne et d’autres pays d’Europe du Nord. Face à cette crise migratoire, l’Union européenne montre, une fois de plus, sa profonde division. Si l’Allemagne d’Angela Merkel a su faire preuve de générosité, la plupart des pays se contentent du service minimum, quand ils n’érigent pas des barrières à leurs frontières (Hongrie, Autriche…). Cette gestion à la petite semaine risque fort de renforcer les forces conservatrices qui, de la Pologne à la Hongrie en passant par le Royaume-Uni et la France, ont incontestablement le vent en poupe. Certes, cette dynamique est partiellement contrebalancée par l’émergence d’une nouvelle gauche, avec Syriza en Grèce et Podemos en Espagne, mais elle semble bien incapable pour l’heure de véritablement offrir une alternative crédible sur le long terme.

Alain Dieckhoff, Alternatives économiques, hors-série no 107, janvier 2016.

Corrigé

 

Préparation

Entrer dans le sujet

Le sujet porte sur la partie du programme consacrée à la gouvernance européenne depuis le traité de Maastricht (thème 3, question 2).

Il vous invite à souligner les défis que les États membres de l’Union européenne doivent relever pour faire face à l’afflux de migrants venant des Proche et Moyen-Orient.

Le document mis à votre disposition est un éditorial du magazine Alternatives économiques de janvier 2016. Il exprime donc un point de vue sur cette question, qu’il convient de critiquer si nécessaire.

Organiser l’exposé

Pour structurer votre exposé, vous pouvez suivre la logique du texte : vous préciserez d’abord les caractéristiques des flux migratoires ; vous présenterez ensuite la réponse qu’y apporte l’Union européenne. En dernier lieu, vous indiquerez les conséquences politiques de cette réponse.

Vous prendrez soin d’éviter de paraphraser le texte. À cet égard, vous utiliserez certaines notions clés de votre cours, comme celle de gouvernance et d’euroscepticisme. De plus, vous n’hésiterez pas à souligner les affirmations de l’auteur les plus critiquables.

Présentation

Introduction

Le document proposé est l’éditorial du hors-série du magazine Alternatives économiques paru en janvier 2016. Son auteur, Alain Dieckhoff, y aborde notamment la crise des migrants dans l’Union européenne. De quelle façon ses États membres y font-ils face ? Nous répondrons à cette question en présentant d’abord les caractéristiques de ce flux migratoire, puis la réponse que l’Union européenne apporte à ce phénomène ; enfin, nous en évaluerons les conséquences politiques.

I. L’afflux de migrants vers l’Union européenne

1. Ses causes

Les conflits des Proche et Moyen-Orient (guerres civiles en Syrie et en Irak, expansion territoriale de l’État islamique) font de la région une zone répulsive pour les populations concernées.

Au contraire, l’Union européenne constitue pour les migrants un espace de paix, de démocratie et de prospérité économique.

2. Les caractéristiques des migrations

Les migrants sont essentiellement syriens ; ils se déplacent avec femmes et enfants ; ils appartiennent à toutes les catégories sociales.

Après avoir franchi la frontière turque, ils rejoignent la Grèce ou l’Italie par la mer, traversent l’Europe centrale et tentent de rejoindre les États les plus riches de l’Europe du nord-ouest (Allemagne, France).

Leur effectif est croissant. Un pic a été atteint au mois d’octobre 2015 avec plus de 200 000 immigrants en un mois.

II. Les réponses de l’Union européenne à cet afflux

1. Des réponses variées…

L’Allemagne et la France sont les États les plus engagés dans l’accueil des réfugiés. Cette générosité s’explique par la volonté politique de leurs dirigeants, respectivement la chancelière Angela Merckel et le président de la République François Hollande.

Les autres États membres de l’Union n’accueillent qu’un nombre très modeste de réfugiés, au regard de leur poids démographique ; c’est le cas de l’Espagne et de la Pologne.

Au contraire, certains États ferment leurs frontières en érigeant de véritables murs avec barbelés et surveillance policière. La Hongrie et l’Autriche se sont engagées dans cette voie.

2. … en contradiction avec les principes de l’Union européenne

Un des principes fondamentaux de l’Union est le respect des droits de l’homme, en particulier le secours apporté aux réfugiés.

De plus, la convention de Schengen (1995), ratifiée par la majorité des États membres, prévoit la libre circulation des personnes à l’intérieur du territoire de l’Union européenne.

Enfin, le traité de Maastricht (1992) prévoyait une politique étrangère et de sécurité commune (PESC) qui suppose un minimum de concertation entre les États membres. Le traité de Lisbonne (2007) a institué un Haut représentant aux affaires étrangères.

III. Les conséquences de cet afflux

1. La montée de l’euroscepticisme

L’absence de gestion concertée de la crise des migrants renforce les partis nationalistes, hostiles à la construction européenne. Certains sont déjà au pouvoir (Pologne, Hongrie) ; d’autres se placent dans l’opposition aux gouvernements en place (Front national en France).

De même, l’affaiblissement de l’Union européenne favorise les forces d’extrême gauche opposées aux politiques mises en œuvre (ex. : Syriza en Grèce, Podemos en Espagne).

Les partis au pouvoir (sociaux-démocrates, libéraux), traditionnellement pro-européens en sont ainsi fragilisés.

2. L’affaiblissement de l’Union européenne

L’Union européenne se trouve ainsi divisée entre les États favorables à un accueil substantiel de réfugiés (France, Allemagne), ceux qui restent en retrait (la majorité) et ceux qui y sont nettement hostiles (Royaume-Uni, Pologne, Hongrie).

Les mesures prises dans l’urgence par chacun des États de façon unilatérale les empêchent de concevoir et de mettre en œuvre une politique migratoire collective et à long terme.

La peur des attentats perpétrés par l’État islamique (ex. : en France en janvier et novembre 2015) rend peu probable un changement de politique à l’égard des réfugiés.

Conclusion

Ainsi, touchée par un afflux exceptionnel de migrants en provenance des Proche et Moyen-Orient, l’Union européenne apporte des réponses disparates et en contradiction avec ses valeurs. Cette situation favorise l’essor de l’euroscepticisme et fragilise sa cohérence. Comme le titre cet éditorialiste, l’Europe, à l’instar du monde, est « sans boussole ».