La cataracte de Monet

Merci !

Annales corrigées
Classe(s) : 1re ES - 1re L | Thème(s) : De l’œil au cerveau
Type : Partie 1 | Année : 2013 | Académie : Polynésie française
 
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet
 
La cataracte de Monet
 
 

Représentation visuelle

sci1_1309_13_00C

Thèmes communs

6

CORRIGE

 

Polynésie française • Septembre 2013

Représentation visuelle • 8 points

Au début du xxe siècle, un ophtalmologue a soigné le peintre impressionniste Claude Monet, qui souffrait de cataracte.

Après son opération, Monet lui écrit : « Je lis certes non sans mal, mais cette diminution de vision dehors n’est pas sans m’inquiéter. Songez que, dans quelques jours, il y aura six mois de la première opération. Ce n’est guère encourageant et je dois vous l’avouer, cette opération, je la regrette bien. »

Lettre extraite de www.biusante.parisdescartes.fr

Document 1

La cataracte de Monet et les conséquences sur son œuvre

La nuit s’abat progressivement sur l’œuvre de Monet, de 1910 à 1923. Ses œuvres s’obscurcissent, les contours s’estompent et certaines couleurs disparaissent. Une maladie de la vision plonge jour après jour davantage le peintre dans les ténèbres. […]

Le monde à peindre n’est pas composé d’objets, il n’est rien d’autre qu’un patchwork lumineux et coloré. Ironiquement, Monet allait se rendre compte de la différence entre la théorie et l’expérience directe lorsqu’il commença à perdre la vue. Victime de cataracte, le peintre vit son monde se voiler d’année en année, perdant progressivement les principes clés du mouvement qu’il avait inauguré : la lumière et les couleurs.

Maladie liée à l’âge, la cataracte est une opacification du cristallin. […] Le cristallin perd progressivement sa transparence, jusqu’à ce qu’il finisse par absorber complètement la lumière. En 1911 déjà, il dit avoir « constaté avec terreur qu’il ne voyait plus rien de l’œil droit ». […] Il écrit : « Ma mauvaise vue signifie que je vois tout comme au travers d’un brouillard. » […]

Sa rencontre avec l’ophtalmologue Charles Coutela fut déterminante. Celui-ci commence par prescrire au peintre des gouttes qui ont pour effet de dilater la pupille. Ce faisant, Monet peut « voir » autour du voile de la cataracte. Grâce à ce traitement, la pupille se dilate à un tel point que son diamètre dépasse celui du cristallin opacifié, si bien que la lumière parvient à passer et à impressionner la rétine. Cette solution ne fonctionne toutefois qu’un temps, et l’opération ne peut plus être évitée […].

D’après Maux d’artistes, ce que disent les œuvres, Sébastien Diémoz

Document 2

L’œil et la cataracte

a. Le fonctionnement de la pupille

La pupille est l’orifice situé au milieu de l’iris. Elle nous apparaît noire étant donné que la majorité de la lumière entrant à l’intérieur de l’œil est absorbée. La variation du diamètre de la pupille est contrôlée par des mouvements involontaires de contraction et de relâchement du muscle de l’iris. Ces mouvements permettent de réguler l’intensité de la lumière entrant dans l’œil.


 

b. Description de l’opération de la cataracte

À l’époque de Monet, l’opération consistait à retirer le cristallin mécaniquement, en pratiquant une incision dans la cornée et en retirant la lentille en entier.

Aujourd’hui, on utilise de plus en plus une sonde à ultrasons, qui fragmente le cristallin qui peut ainsi être retiré de façon moins invasive. Il faut ensuite insérer un implant oculaire, lentille de plexiglas, d’hydrogel ou de silicone. Aujourd’hui, dans 90 % des cas, l’amélioration de la vision est notable après une opération de la cataracte.

Document 3

Intensité minimale de stimulation des photorécepteurs en fonction de la longueur d’onde

On soumet chaque type de photorécepteur à des rayonnements lumineux de longueurs d’ondes différentes, et on mesure l’intensité lumineuse à partir de laquelle il réagit. Les données obtenues permettent de construire le graphique suivant :


 

> Donnez les raisons pour lesquelles les gouttes prescrites à Monet puis l’opération de la cataracte qu’il a subie n’ont pu apporter qu’une amélioration limitée de sa vision, et expliquez en quoi le traitement actuel est plus efficace.

Vous développerez votre argumentation en vous appuyant sur les documents et vos connaissances (qui intègrent, entre autres, les connaissances acquises dans différents champs disciplinaires).

Interpréter la question

  • Dans un premier temps, vous devez chercher dans les documents la raison pour laquelle des gouttes ont été données à Monet, et pourquoi cette solution ne pouvait être que temporaire.
  • Puis, dans un second temps, vous devez expliquer pourquoi Monet se plaint de son opération de la cataracte, qu’il regrette. Cela signifie que, bien que le cristallin ait été retiré, la lumière a toujours beaucoup de mal à pénétrer dans son œil.

Comprendre les documents

  • Le document 1 présente les symptômes de la cataracte (perte de la lumière et des couleurs) et ses causes. Associé au document 2a, il permet de comprendre l’intérêt des gouttes.
  • Le document 2a présente le rôle de la pupille, mais aussi du cristallin (accommodation). Le document 2b précise les modalités de l’opération de la cataracte, à l’époque de Monet et à notre époque. Il permet de comprendre, en liaison avec le document 2a, pourquoi l’opération de la cataracte de Monet n’a été que peu efficace (les rôles optiques de la cornée et du cristallin sont à connaître).
  • Le document 3 présente les seuils lumineux à partir desquels les cônes et les bâtonnets réagissent. Vous devez connaître les particularités de ces photorécepteurs : activation en fonction de la luminosité (que vous devez déduire du document) et rôle dans la vision des couleurs (cours).

Organiser la réponse

Il faut répondre dans l’ordre indiqué dans la question en appuyant votre raisonnement par des arguments extraits des documents : 1. L’intérêt des gouttes puis de l’opération (documents 1 à 3) ; 2. Pourquoi l’amélioration n’a-t-elle été que limitée (documents 2a et 2b) ; 3. En quoi le traitement actuel est-il plus efficace (document 2b).

Corrigé

Les soins reçus et leurs limites

En 1911, Monet constate « avec terreur » qu’il ne voit plus rien de l’œil droit. Ainsi, il écrit : « Ma mauvaise vue signifie que je vois tout comme au travers d’un brouillard. » L’ophtalmologue Charles Coutela lui prescrit dans un premier temps des gouttes afin de dilater sa pupille (diaphragme de l’œil) de sorte que le maximum de lumière puisse passer dans l’œil, à travers le cristallin opacifié mais aussi autour de celui-ci, la pupille étant alors ouverte au maximum. Cela permet d’augmenter la luminosité des images détectées par les photorécepteurs et qui parviennent à se former sur la rétine. Cependant, le cristallin continuant à s’opacifier, la luminosité finit par devenir insuffisante pour faire réagir les cônes, c’est-à-dire les photorécepteurs actifs le jour et nécessaires à la vision des couleurs et des détails. En effet, il faut au minimum une intensité de 103 lux pour faire réagir les cônes sensibles au vert (cônes 3) et au rouge (cônes 2), et une intensité encore un peu plus forte pour faire réagir les cônes sensibles au bleu (cônes 1). Ainsi, peu à peu, malgré les gouttes permettant à la lumière de contourner le problème du cristallin, son opacification trop importante entraîne l’impossibilité pour la lumière de pénétrer dans l’œil. Pour Monet, cela revient donc à une perte de la perception des couleurs, les cônes étant insuffisamment stimulés pour réagir.

L’opération de la cataracte a supprimé le cristallin devenu opaque dans l’œil droit de Monet, ce qui a permis à la lumière de passer à nouveau. Cependant, la technique de l’époque, qui consistait à supprimer entièrement le cristallin en incisant la cornée, a provoqué d’autres troubles tout aussi invalidants : non seulement la perte du cristallin a privé Monet d’une lentille convergente capable d’accommoder, donc de voir nettement les objets de près, mais la cornée étant la principale lentille convergente de l’œil, son incision a aussi provoqué des troubles dans la formation des images. Ainsi, les images qui se formaient sur la rétine droite de Monet après son opération devaient être très floues, voire déformées, si bien que, même si celles-ci étaient lumineuses, il ne pouvait certainement pas en distinguer les détails ni les contours, même à l’aide de verres correcteurs convergents, ce qui devait beaucoup le frustrer.

L’apport des techniques actuelles

Actuellement, les opérations sont moins invasives et le cristallin est remplacé par une lentille artificielle qui, bien qu’incapable d’accommoder, aide la cornée à former des images nettes sur la rétine, du moins en vision éloignée. La vision de près est cependant possible grâce à des verres correcteurs.

Monet n’a pas pu bénéficier de ces avancées technologiques en ophtalmo­logie, ce qui fait que son opération ne lui a finalement été que de peu d’utilité. Son œuvre, à partir de 1911, porte la trace de ses troubles visuels… Ainsi, la science explique-t-elle ces tableaux tardifs aux détails imprécis et aux teintes sombres, loin des couleurs lumineuses qui faisaient autrefois la richesse et la grâce de l’œuvre du peintre.