Annale corrigée Dissertation Ancien programme

La certitude est-elle une garantie de vérité ?

 

Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet & Corrigé
 
La certitude est-elle une garantie de vérité ?
 
 

La vé rité

La raison et le ré el

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Nouvelle-Calé donie •Novembre 2011

dissertation •Sé rie S

 

Dé finir les termes du sujet

La certitude

Elle dé signe une disposition de l'esprit. C'est la marque d'un esprit qui adhè re sans ré serve à une idé e, en affirmant sa vé rité ou sa fausseté . Dire : « je suis certain qu'il ment » ou « je suis certain qu'il dit vrai » , est identique, au sens où dans les deux cas tout doute est exclu. La certitude est donc une conviction subjective.

Une garantie

C'est une assurance qui met à l'abri d'un dommage qui serait ici causé par une erreur ou une illusion. La garantie est un gage que l'on fournit pour attester la valeur de ce que l'on dit. Elle met en jeu la responsabilité de celui qui la donne, d'autant plus quand il demande aux autres de lui faire confiance.

La vé rité

C'est une notion complexe. Si on la dé finit classiquement par l'accord de la pensé e avec les faits, elle a cependant plusieurs sens selon les domaines où on la rencontre. S'agit-il d'une vé rité scientifique confirmé e par des vé rifications logiques ou expé rimentales, ou de la vé rité du croyant qui a foi dans son Dieu ?

Dé gager la problé matique et construire un plan

La problé matique

  • Le problè me posé par la relation de la certitude à la vé rité tient au fait que la premiè re est une disposition subjective, et qu'il faut donc se demander ce qui nous rend certain de quelque chose. La sincé rité de la conviction est-elle un critè re suffisant pour garantir la vé rité de ce qui est affirmé ?
  • Une enquê te sur les fondements de la certitude est indispensable. Toute certitude est-elle une illusion à proscrire ? Une certitude peut-elle ê tre absolue ? Le problè me se complique du fait que la vé rité a elle-mê me plusieurs sens.

Le plan

  • Dans une premiè re partie, on é clairera le sens gé né ral de la certitude et on verra comment elle s'exerce dè s le niveau de la perception sensible.
  • Le deuxiè me temps nous confrontera au phé nomè ne de l'illusion et nous nous demanderons si la dé monstration est un moyen de fonder la certitude.
  • Dans un dernier moment, nous verrons pourquoi il faut conserver une part subjective à la connaissance et nous examinerons le cas de deux types diffé rents de vé rité .

É viter les erreurs

Il ne faut pas confondre la certitude, qui reste une disposition subjective de l'esprit, avec la vé rité , qui demande une vé rification. Mais il ne faut pas non plus limiter la vé rité à ce qui est dé montrable ou scientifiquement expé rimentable.

 

Les titres en couleurs servent à guider la lecture et ne doivent en aucun cas figurer sur la copie.

Introduction

La certitude s'associe spontané ment dans notre esprit avec l'idé e de vé rité car elle s'oppose à l'hé sitation. Ê tre certain de quelque chose c'est prendre une position sans ré serve à son sujet. Le caractè re affirmatif de la certitude la rapproche de la notion d'é vidence. Celle-ci fait ré fé rence à l'idé e d'une vision claire et distincte de la chose que l'on considè re. Nous affirmons sans l'ombre d'un doute que ce qui est dit est vrai ou faux. Mais, par là , nous voyons aussitô t que la certitude n'est pas identique à la vé rité puisque nous pouvons ê tre assuré s de la fausseté d'un propos, du caractè re imaginaire d'un fait. Plusieurs questions se posent alors : comment pouvons-nous ê tre certains de ce que nous avanç ons ? La certitude se pré sente comme une garantie mais qu'est-ce qui la garantit à son tour et quels sont ses fondements ?

1. Certitude et illusion

A. La certitude sensible

Cette question nous incite à considé rer de plus prè s la notion d'é vidence. ­ Prenons l'exemple le plus simple. J'affirme ê tre certain de quelque chose lorsque j'en ai é té le té moin oculaire. Le critè re de ré fé rence est ici ma perception sensible. La chose semble sans mystè re mais elle recè le dé jà une subtilité . Si je dis que je suis certain qu'il fait jour, c'est parce que je le perç ois actuellement. Dans douze heures, je dirai le contraire et j'en serai tout aussi certain pour la mê me raison. Hegel nomme « certitude sensible » cette attitude de l'esprit qui affirme ou nie quelque chose selon le moment où il la perç oit. Cette certitude se justifie en disant que la chose existe ainsi ici et maintenant mais ces mots s'appliquent au jour comme à la nuit, lesquels sont pourtant des ré alité s opposé es. Hegel montre ainsi que la certitude sensible est une disposition subjective et formelle. Elle é nonce une correspondance entre ce qui est dit et un é tat temporaire du monde, mais la vé rité qu'elle nous donne est seulement celle-ci « tel phé nomè ne existe ici et maintenant » . C'est donc une connaissance trè s pauvre, car je ne connais pas la nature du phé nomè ne. Certes, une garantie est donné e par le fait que je le vois mais il ne faut pas en rester à ce stade qui reste encore abstrait.

B. L'illusion

Si la perception ne suffit pas, on doit penser que la certitude est une garantie plus solide de vé rité , à partir du moment où elle inclut des raisonnements. Mais sommes-nous certains de toujours bien raisonner ? Les hommes ont spontané ment tendance à ne pas analyser suffisamment la puissance de leurs dé sirs ce qui les conduit à des illusions. Spinoza le montre à propos du finalisme dont il explique la genè se. Tout d'abord, nous constatons qu'il existe dans la nature des choses utiles dont nous ne sommes pas les auteurs. Nous croyons alors qu'elles ont é té cré é es par des ê tres supé rieurs qui les ont disposé es à notre intention. Ainsi, apparaî t l'anthropocentrisme qui s'accompagne d'anthropomorphisme car nous concevons né cessairement ces ê tres à notre image pour pouvoir nous les repré senter. Dè s lors, comme nous agissons en vue de certains buts, nous estimons que ces dieux en poursuivent eux aussi et nous leur rendons un culte pour les remercier et s'attirer leurs faveurs, tout comme nous aimons nous-mê mes ê tre honoré s. L'illusion consiste donc à imaginer que tout agit comme nous en vue d'une fin, ce qui revient à faire dé lirer la nature avec nous. Celui qui rend un culte à son Dieu pour qu'il lui accorde des faveurs est superstitieux mais est persuadé du contraire. Autrement dit, il ne suffit pas d'ê tre sincè rement convaincu de la vé rité d'une idé e pour que cela soit une garantie suffisante.

[Transition] La puissance de l'illusion conduit à se demander si la certitude n'est pas le masque de notre ignorance. Pouvons-nous vraiment affirmer sans ré serve la vé rité ou la fausseté de quelque chose ?

2. La certitude en dé bat

A. Le scepticisme

La pensé e sceptique a tourné sa critique contre les pensé es dogmatiques qui affirment pouvoir parvenir à une certitude absolue. Dans ce but, elle entend montrer que notre rapport aux choses n'est jamais simple. Nous n'abordons le ré el qu'à travers nos cinq sens et ceux-ci donnent des informations variables selon les circonstances. Ainsi, le vin nous paraî tra doux ou amer selon notre é tat physique. Et comme nos repré sentations sont toujours des images formé es sur la base des souvenirs de nos sensations, il s'ensuit que tous les jugements sont relatifs et variables, non seulement selon les personnes mais aussi selon la faç on dont une mê me personne est affecté e au fil du temps. Les jugements apparemment les plus simples, du type « le mur est vert » , sont en ré alité le ré sultat d'un rapport entre nous et l'objet. Nous ne pouvons donc ê tre certains que le mur soit vert, il faut seulement dire qu'il nous apparaî t ainsi sans exclure que la jaunisse nous le montrerait diffé remment. La conclusion s'impose. Toute certitude est fragile, temporaire et relative. Pour un sceptique comme Montaigne, je ne puis ê tre en dé finitive certain que d'une chose : il n'existe rien au monde qui soit dé finitivement assuré . La seule certitude est que rien n'est certain. C'est la seule vé rité garantie. Toute autre position est soit naï ve, soit dangereuse car celui qui croit dé tenir un savoir absolu peut ê tre enclin au fanatisme.

B. La dé monstration

L'argumentation sceptique montre la fragilité de la certitude. La certitude peut-elle la conjurer en trouvant un fondement dans la dé monstration ? La dé monstration est selon Leibniz : « un raisonnement par lequel une proposition devient certaine. » Cet usage de la raison ne repose pas sur des habitudes acquises mais sur des enchaî nements logiques qui é cartent les donné es de la mé moire, de la perception sensible et les images formé es à partir d'elles. Celui qui dé montre s'appuie sur des propositions prouvé es pour en dé duire la vé rité ou la fausseté d'une nouvelle proposition. La force de la dé monstration est alors d'arriver à une et une seule conclusion en ne se servant que d'é lé ments dé jà connus. La vé rité du ré sultat est é tablie en dé montrant que son contraire implique contradiction. La certitude est donc obtenue, comme l'indiquait Leibniz, au terme d'un raisonnement qui ne laisse pas de place à des considé rations psychologiques ou à des é tats physiques. La jaunisse n'a pas de prise sur la vé rité d'une proposition mathé matique dé montré e. Il semble donc que nous puissions dé passer le relativisme sceptique en fondant la certitude sur des procé dures invariables car indé pendantes des donné es des sens. L'é vidence de la conclusion n'est pas celle d'une perception.

[Transition] Ré server la certitude à ce qui a é té dé montré ne rè gle pas encore la question, car la validité d'une dé monstration n'est pas absolue.

3. Intuition et acte de foi

A. Le cogito

En effet, une dé monstration repose sur des axiomes ou des notions primitives qui sont admises en raison de leur é vidence supposé e. Ainsi, l'axiome d'Euclide qui dit que par un point exté rieur à une droite on ne peut tracer qu'une seule parallè le à cette droite. Cependant, cette admission rend le ré sultat de la dé monstration hypothé tique. Aucune dé monstration ne peut dé montrer ses propres principes. Ce mode de pensé e est plus rigoureux et fiable que l'opinion mais il ne donne pas une vé rité absolue. Il est donc tentant de penser pouvoir parvenir à une intuition intellectuelle qui nous donnerait la certitude totale d'ê tre dans le vrai. Descartes s'engage dans cette voie en radicalisant le doute sceptique afin de le vaincre sur son propre terrain. En doutant mê me de la vé rité des additions les plus simples, Descartes pratique un doute hyperbolique ou excessif qui l'amè ne à dé couvrir que je peux douter de tout, y compris d'avoir un corps, mais qu'il est impossible que je ne sois pas tant que je pense ê tre quelque chose. « Je suis, j'existe » est la premiè re des vé rité s et j'en suis certain car je le vois par l'esprit, clairement et distinctement. La certitude pré sente a ceci de commun avec la dé monstration qu'elle est é prouvé e aprè s un travail d'analyse, mais elle est la marque d'une é vidence intellectuelle qui nous dé voile un principe premier. La certitude fondé e sur une intuition intellectuelle affirme ê tre supé rieure à celle obtenue par un raisonnement hypothé tico-dé ductif.

B. La foi religieuse

La position carté sienne est à l'origine d'un courant nommé l'intuitionnisme auquel s'opposent ceux qui, comme Leibniz, pensent que s'en remettre à une vision ne met pas à l'abri de l'erreur. Nous retrouvons donc la difficulté mentionné e au dé but. Le caractè re subjectif de la certitude rend problé matique son rapport à l'idé e de vé rité qui doit possé der une objectivité . Ne faut-il pas chercher alors en direction d'un autre genre de vé rité ? L'acte de foi en un Dieu est par nature subjectif mais il revendique ce caractè re sans chercher à dé montrer scientifiquement le bien-fondé de ce sentiment. La foi est, selon Ricœur, l'adhé sion à un sens dont je ne suis pas l'auteur mais dont je ressens intimement la pré sence. C'est une expé rience à la premiè re personne, qui ne cherche pas une vé rification logique ou des preuves expé rimentales. Pascal parle ainsi d'un Dieu sensible au cœur et non à la raison. La vé rité n'est ni perç ue par les sens, ni dé montré e ou intuitionné e par la raison, mais elle est ré vé lé e à l'esprit qui se rend disponible à son é coute. La certitude du croyant ne cherche pas d'arguments dans le monde pour se fonder. Elle naî t de l'audition d'une voix qui, dans son for inté rieur, lui indique la pré sence d'un ê tre transcendant, mais on remarquera que cette certitude reste incommunicable et que son fondement é chappe à l'analyse. Comment ê tre sû r que c'est la voix d'un Dieu et non une hallucination ?

Conclusion

Au terme de ce parcours, nous avons vu que faire de la certitude une garantie de vé rité ne va pas de soi, puisque cette assurance a toujours une dimension subjective qui entraî ne le risque de l'illusion et du dogmatisme.

La critique sceptique a donc une lé gitimité . Cela dit, il est possible de distinguer des types de vé rité auxquels correspondent des genres de certitude. La rigueur d'une dé monstration donne à la certitude de la conclusion une valeur supé rieure à celle d'une croyance fondé e sur des dé sirs immé diats et non analysé s.

Malgré tout, il apparaî t que l'aspect subjectif de l'assentiment ne peut ê tre é carté . Le cas de l'intuition intellectuelle et celui de la foi le montrent chacun à leur maniè re. Il faut donc pratiquer une vigilance critique à l'é gard de nos certitudes.

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