La Chine et l’Afrique de 1950 à nos jours

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle ES - Tle L | Thème(s) : Les chemins de la puissance : les Etats-Unis et la Chine depuis 1918
Type : Etude critique de document(s) | Année : 2014 | Académie : Inédit
 
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet
 
La Chine et l’Afrique de 1950 à nos jours
 
 

Les chemins de la puissance

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Histoire

14

CORRIGE

 

Sujet inédit

étude critique de documents

> Après avoir présenté les documents en les replaçant dans leur contexte, vous montrerez et expliquerez comment évoluent les relations entre la Chine et l’Afrique depuis 1950. Peut-on parler de relation de coopération ?

DOCUMENT 1

La politique internationale de la Chine lors de la conférence de Bandung (1955)

« Nous avons réussi à nous opposer au colonialisme, à sauvegarder la paix mondiale et à encourager la coopération politique, économique et culturelle parce que nous autres, peuples des pays d’Afrique et d’Asie, nous avons en commun le même sort et les mêmes désirs. Pour la même raison, je désire déclarer une fois encore que le peuple chinois apporte toute sa sympathie et son appui à la lutte […] que livrent tous les peuples d’Asie et d’Afrique pour secouer le joug du colonialisme. »

Zhou Enlai, ministre des Affaires étrangères chinois, discours de Bandung, 1955.

DOCUMENT 2

La présence de la Chine en Afrique (2010)


 

Lire la consigne

La consigne commande trois opérations : en tout premier lieu, une présentation des contextes des documents, celui de 1955 d’une part, et celui des années 2010 d’autre part ; elle invite ensuite à montrer et à expliquer une évolution, celle des relations entre l’État chinois et le continent africain. Le « et » de l’énoncé confirme que le sujet porte bien sur ce lien qu’il faut définir en fonction de la problématique proposée par la dernière phrase de la consigne. La conclusion devra valider ou infirmer la relation de coopération ainsi mise en question.

Analyser les documents

Les documents sont de nature, de type et de contexte très différents. Le premier est un document officiel produit par un des principaux leaders de l’État chinois en 1955. Il permet de définir la politique étrangère de ce pays à un moment clé de la décolonisation (conférence de Bandung). Le second document est de type didactique. Il s’agit d’une carte récente permettant d’analyser l’action économique et politique de la Chine dans certains pays du continent africain. La confrontation des deux documents invite à comparer la nature des relations entre la Chine et l’Afrique à 50 ans d’écart et à cerner la différence qui peut exister entre une intention initiale et sa mise en œuvre. Le second document propose aussi des informations qui permettent de discuter la question de la coopération et de ses limites.

Organiser la réponse

Invitant à débattre du bien-fondé de la coopération Chine-Afrique, la problématique autorise le suivi d’un plan antithétique : I. La Chine soutient l’Afrique ; II. Le soutien très intéressé des Chinois. Suivre les directives de la consigne peut toutefois apparaître plus prudent et facile. La démarche qui, après rappel des contextes, tend à exposer la nature changeante des relations (du soutien au contrôle), puis à l’expliquer (du manque de moyens d’un pays pauvre à l’intérêt d’une puissance émergente) a par ailleurs l’avantage de mieux mettre en évidence l’évolution de la relation.

Corrigé

Les titres en couleurs servent à guider la lecture et ne doivent en aucun cas figurer sur la copie.

Introduction

 

Conseil

L’introduction de l’étude de documents est l’occasion de présenter ceux-ci. Quand la consigne y invite, on peut cependant consacrer toute une partie à la définition des contextes attachés à chaque document.

De 1950 à 2010, la République populaire de Chine est passée du statut de pays pauvre, membre du tiers-monde, à celui de deuxième puissance économique mondiale. Durant toute cette période, le pays a entretenu des relations avec ceux du continent africain. De quelle nature ont été ces relations ? Comment ont-elles évolué ? Peut-on dire qu’elles ont été de bonne coopération entre partenaires ou alliés ? Deux documents nous permettent d’analyser l’attitude de la Chine envers les pays africains et d’expliquer ce positionnement ainsi que son évolution. Faut-il encore rappeler les contextes dans lesquels s’inscrivent ces relations.

I. De la guerre civile à l’émergence, la conquête de la puissance

  • Après des années de guerre civile, la Chine, devenue démocratie populaire en 1949, est un pays exsangue, pauvre et archaïque. Les 600 millions de Chinois disposent d’un des revenus par habitant les plus bas au monde.
  • Six ans plus tard, en 1955, la Chine participe donc assez logiquement à la conférence de Bandung qui scelle l’apparition du tiers-monde sur la scène internationale. Avec les nouveaux États issus de la décolonisation, elle partage les mêmes soucis et besoins pour mettre en œuvre son développement.
  • Cinquante ans plus tard, ce géant démographique (1,3 milliard d’habitants) se montre capable de rivaliser dans les domaines économiques, technologiques et politiques avec les grands pôles de la Triade (États-Unis, Union européenne, Japon) et les puissances du Conseil de sécurité de l’ONU (Russie). Cette transformation profonde influe sur les relations qu’elle tisse avec le reste du monde, l’Afrique en particulier.
 

Attention

Partenariat « néocolonial » : pour énoncer une opinion qui n’est pas partagée par tous, utilisez des guillemets.

II. Du soutien diplomatique à un partenariat « néocolonial »

 

Conseil

Le cas proposé ici n’est pas à placer impérativement dans la copie. Ce qui importe, c’est de pouvoir illustrer son propos par un exemple, quel qu’il soit.

  • À l’occasion de la conférence de Bandung, la Chine proclame son amitié pour les États africains présents en Indonésie (l’Égypte de Nasser), son soutien aux pays en lutte pour leur indépendance (Algérie, Maroc, Tunisie) et, contre le colonialisme, défend le droit des peuples d’Afrique noire à disposer d’eux-mêmes. Elle condamne l’apartheid sud-africain et adhère à l’idée de renforcer les liens économiques et culturels entre pays afro-asiatiques. Les projets communs doivent être mis en œuvre. La Chine et l’Afrique sont alors dans une relation de partenariat entre pairs. Au gré de leurs besoins respectifs en matières premières, main-d’œuvre ou débouchés, les échanges entre la Chine et les pays africains se multiplient. Dès 1965, Zhou Enlai se rend en Tanzanie pour aider à la construction d’une voie ferroviaire entre ce pays et la Zambie.
  • À partir des années 1980, la Chine se convertit à l’économie socialiste de marché. Elle s’ouvre davantage au monde, à l’Afrique tout particulièrement tant celle-ci est riche de ressources dont elle a besoin pour nourrir son développement. Puissance émergente, elle investit de plus en plus de capitaux sur le continent noir, y installe des usines où elle emploie des Africains et des Chinois qu’elle fait venir. Avide de matières premières, elle devient un partenaire incontournable des pays qui en sont dotés : pays pétroliers comme le Nigeria, gaziers comme l’Algérie ou miniers comme l’Afrique du Sud (voir la carte). Mais les retombées financières ne suffisent pas toujours pour aider au développement des pays hôtes qui dénoncent des relations de type néocolonial. Des violences antichinoises apparaissent.

III. Une ambition qui a évolué en fonction des moyens de la Chine

  • Ce partenariat de plus en plus déséquilibré entre la Chine et l’Afrique s’explique par les ambitions que la première entretient depuis la révolution de 1949. Dès cette époque, la Chine veut devenir une puissance capable de faire jeu égal avec les occidentaux. Mais, faute de moyens économiques ou militaires, elle se contente d’abord de soutiens plus idéologiques que matériels, cherchant à se poser comme leader et modèle du tiers-monde, titres que peuvent lui contester d’autres pays.
 

Info

À la tête du pays de 1978 à 1997, Deng Xiao Ping est l’initiateur des réformes qui ont conduit la Chine à adopter l’économie socialiste de marché et à faire adhérer son pays à l’OMC (2001).

  • Sa mutation à l’instigation de Deng Xiao Ping et l’émergence de son économie fournissent à la Chine les moyens financiers puis technologiques pour tisser des relations commerciales plus concrètes et affirmer son influence sur le continent noir. Ses besoins en pétrole, terres agricoles et débouchés capables de nourrir son développement accroissent la pression qu’elle peut exercer sur des pays moins avancés et mal armés pour lui résister.
  • Puissance nucléaire depuis 1964 et membre permanent du Conseil de sécurité depuis 1971, elle dispose aussi des moyens politiques pour intervenir dans le cadre d’opérations de sécurité menées par l’ONU.

Conclusion

Si la Chine s’est posée en partenaire de l’Afrique et l’a bien aidée, ses intérêts nationaux et ses besoins ont fait de sa relation de coopération une arme à double tranchant qui nourrit violences et manifestations antichinoises.