La Chine et le monde durant la guerre froide

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle ES - Tle L | Thème(s) : Les chemins de la puissance : les Etats-Unis et la Chine depuis 1918
Type : Etude critique de document(s) | Année : 2015 | Académie : Moyen-Orient
Corpus Corpus 1
La Chine et le monde durant la guerre froide

Les chemins de la puissance

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Histoire

16

Liban • Mai 2015

étude critique de documents

> En vous appuyant sur les deux documents et vos connaissances, présentez l’évolution des relations de la République populaire de Chine avec les deux Grands dans le contexte de la guerre froide.

 Document 1 Timbre émis pour célébrer le pacte sino-soviétique du 14 février 1950
 Document 2

« L’annonce d’une prochaine visite du président Nixon à Pékin a étonné le monde et fait l’objet d’innombrables commentaires. Comment la Chine qui ne cesse de dénoncer la politique d’agression des États-Unis a-t-elle pu accepter le principe de cette rencontre ? Quelles raisons ont pu pousser le gouvernement de Washington à faire ce geste […] ?

Certes, les facteurs qui ont dû pousser les États-Unis dans le sens de cette détente sont nombreux. […] Parmi ceux qui peuvent être considérés comme prépondérants probablement faut-il retenir dans l’ordre, l’espoir de faciliter le règlement du conflit vietnamien, la perspective de l’élection présidentielle de 1972, la question de l’entrée de la Chine à l’ONU et la volonté de faire pression sur l’URSS. Les raisons qui ont pu amener la Chine populaire à accepter le dialogue sont toujours aussi importantes.

La première, qui est d’ordre très général, tient évidemment à la crainte qu’éprouve le gouvernement de Pékin de voir ceux de Washington et Moscou s’entendre contre lui sur un certain nombre de points. Quelle que soit l’idée que l’on se fasse de l’avenir de la détente sino-américaine, on ne peut nier la réalité actuelle et le danger qu’elle fait courir au gouvernement de Pékin. La Chine est un pays pauvre et le restera probablement encore pour un certain temps. C’est dire que sa puissance, pour de nombreuses années encore, ne pourra être fondée sur sa capacité industrielle mais sur son dynamisme politique et son habileté diplomatique. Le seul moyen dont dispose le gouvernement chinois pour s’affirmer sur la scène internationale, c’est de faire échec à tout rapprochement entre les deux super-puissances. »

Extrait de l’article de François Joyaux, publié dans Le Monde diplomatique, septembre 1971. Cité dans « Confucius, Mao, le marché… jusqu’où ira la Chine ? », Manière de voir, 85, février-mars 2006.

Les clés du sujet

Lire la consigne

Prêtez d’abord attention au sujet. Celui-ci porte sur les relations (« et » de l’énoncé) entretenues par Pékin avec « le monde ». En précisant « avec les deux Grands », à savoir les États-Unis et l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS), la consigne réduit le champ d’analyse ; rien n’interdit toutefois de faire allusion dans la copie à un autre pays. La période est celle de la guerre froide : 1947 à 1991. La consigne, surtout, commande de « présenter l’évolution des relations ». Dans ce domaine, les documents rappellent que la Chine a connu au moins deux périodes : celle de relations étroites avec l’URSS dans les années 1950 ; puis, après la rupture avec Moscou (1959), celle du rapprochement avec les États-Unis. Au final, il s’agit de montrer comment la Chine a entretenu ses relations en fonction de ses intérêts nationaux.

Analyser les documents

Les documents sont de type opinions. Ils témoignent des relations de la Chine avec l’URSS pour le document 1 et avec les États-Unis pour le document 2. Le premier document est produit par Pékin. Il illustre la position officielle du régime mais sa nature (un timbre) en fait un outil de propagande. Le second est écrit par un journaliste français. Il donne un point de vue extérieur au sujet, celui d’un ressortissant du bloc de l’Ouest mais publiant dans un journal de gauche. Le contenu de l’extrait est neutre, mais l’auteur ne l’est pas forcément. Les documents renvoient surtout à des contextes différents : 1950, le début de relations d’amitié sino-soviétique pour le premier ; 1971 pour le second, moment où la Chine a rompu ses liens avec l’URSS alors que les États-Unis cherchent à se retirer du Vietnam. La confrontation de ces deux documents permet d’évaluer les changements à vingt ans d’écart dans les relations que Pékin entretient avec Washington d’une part, et Moscou d’autre part.

Définir les axes de l’étude

Le sujet, le contexte des documents et le mot « évolution » placé au cœur de la consigne invitent à choisir un plan chronologique, selon deux séquences correspondant à deux époques de la guerre froide : 1949-1959 puis 1959-1991. Le déséquilibre entre les deux périodes et l’invitation à s’appuyer sur ses connaissances permettent de proposer une troisième partie qui couvrirait les années 1979-1991, celles dominées par Deng Xiaoping. Si le travail doit porter principalement sur les périodes évoquées par les documents, cette troisième partie permettra d’apporter quelques nuances en fin de devoir.

Corrigé
Corrigé

Les titres en couleurs servent à guider la lecture et ne doivent en aucun cas figurer sur la copie.

Introduction

Info

Avant 1949, la Chine était gouvernée par le Guomindang de Tchang Kaï-chek.

[Contexte] En 1949, la Chine devient communiste. Ce choix conduit les nouveaux dirigeants, avec à leur tête Mao Zedong, à rompre avec les alliés du gouvernement nationaliste renversé, et en particulier les États-Unis, et à se tourner vers le voisin dont elle entend s’inspirer, l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS). Ces relations nouvelles surviennent au début de la guerre froide, affrontement idéologique qui court de 1947 à 1991.

[Problématique] Les relations de la Chine avec les deux Grands sont-elles restées identiques pendant toutes ces années ? Si ce n’est pas le cas, comment leurs rapports ont-ils évolué et pourquoi ? Les intérêts nationaux de la Chine n’ont-ils pas favorisé des révisions surprenantes ?

[Présentation des documents et annonce du plan] En nous appuyant sur un timbre émis par le régime chinois en 1950, à l’occasion de la signature d’un pacte d’amitié sino-soviétique, et d’un article paru dans un journal français classé à gauche, Le Monde diplomatique, à la veille d’une visite du président américain Richard Nixon à Pékin, nous analyserons l’évolution des relations de la Chine avec les deux puissances de l’époque.

I. 1949-1959, l’amitié sino-soviétique, un front commun contre l’impérialisme américain

  • « L’URSS d’aujourd’hui, c’est la Chine de demain » proclame Mao au lendemain de son arrivée au pouvoir. Son gouvernement entreprend de réorganiser le pays sur le modèle de l’Union soviétique. Le 14 février 1950, un « pacte d’amitié, d’alliance et de soutien mutuel » est signé entre les deux pays. Un timbre célébrant ce traité est émis pour l’occasion (document 1).
  • L’économie est collectivisée, les entreprises nationalisées, un plan quinquennal établi. Priorité est alors donnée au développement de l’industrie lourde. L’URSS envoie en Chine des conseillers et des techniciens pour superviser les grands travaux lancés par le gouvernement chinois. Ainsi Pékin s’aligne-t-il sur Moscou. Les relations de la Chine avec les États-Unis se tendent.
  • Les relations Pékin-Moscou sont toutefois ambiguës : Joseph Staline se méfie d’un allié susceptible de devenir un concurrent ; de son côté, Mao rêve de s’émanciper de la tutelle soviétique, comme en témoigne son ambition de prendre la tête du mouvement des non-alignés, ou tiers-monde.

II. 1959-1979, les relations difficiles d’une Chine à la recherche de sa propre voie

Info

En 1956, Nikita Khrouchtchev dénonce publiquement les « erreurs de Staline » et le culte de la personnalité.

  • À partir de 1956, les relations entre la Chine et l’URSS se dégradent jusqu’à la rupture de 1959. Soucieux de créer un communisme adapté à la réalité chinoise, Mao lance un nouveau slogan : « compter sur ses propres forces ». Dans cette voie, il va jusqu’à dénoncer l’impérialisme soviétique mis sur le même plan que celui des États-Unis. La Chine s’isole sur la scène internationale ; ses relations avec les deux Grands se tendent.

Info

La détente est une période d’apaisement des relations Est-Ouest, marquée par des traités États-Unis – URSS.

  • Dans le contexte de la détente (1962-1975), la Chine trouve des opportunités pour nouer des relations plus « amicales » avec les États-Unis. Usés par la guerre du Vietnam (1963-1973), ceux-ci sont disposés au « dialogue » ainsi que le souligne François Joyaux (document 2, 2e paragraphe).

Info

En vue d’améliorer les relations diplomatiques, des compétitions entre pongistes chinois et américains ont lieu.

  • La diplomatie du ping-pong aplanit les différends et ouvre la voie à une visite du président Nixon à Pékin en février 1972 (document 2).
  • Si les relations avec les États-Unis s’améliorent, celles avec l’URSS restent tendues. En 1969, des incidents de frontière sur l’Oussouri créent une situation explosive. Le rapprochement de la Chine avec Washington oblige cependant les Russes à la prudence. Pékin parvient ainsi à défendre ses intérêts en jouant sur la rivalité Est-Ouest (document 2, 3e paragraphe).

III. 1979-1991, les relations paradoxales d’une Chine réorganisée

  • La disparition de Mao en 1976 change la donne. En 1979, son successeur, Deng Xiaoping, lance une politique de développement qui se veut « réaliste ». À l’instar de Mikhaïl Gorbatchev en URSS, il entreprend de réformer le système communiste pour le sauver de la crise qui le mine.

Info

Les « Dragons » regroupent la Corée du Sud, Singapour, Taïwan et Hong-Kong.

  • Les nouveaux dirigeants chinois s’inspirent des « Dragons », ces pays d’Asie dont l’économie a décollé dans les années 1960. Sous le contrôle de l’État, ils restaurent les mécanismes de l’économie de marché. Cette stratégie vise à attirer les investisseurs étrangers. Ce choix oblige à des rapprochements diplomatiques avec l’Occident, et avec les États-Unis en particulier. Les relations avec l’URSS restent distantes : Chinois et Russes tentent séparément de se réformer.

Conclusion

En 1991, l’URSS disparaît : c’est la fin de la guerre froide. Si, en 1950, Pékin s’est posée en disciple de Moscou, ses intérêts l’ont vite conduit à jouer des rivalités entre les deux Grands pour trouver sa place dans le concert des nations. Pendant toute la période, la Chine a manœuvré au mieux de ses objectifs de développement et de reconquête de la puissance internationale.