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La Chine et le monde sous Mao Zedong

Amérique du Nord • Mai 2018

étude critique de documents

La Chine et le monde sous Mao Zedong

 En vous appuyant sur les deux documents, montrez que la République populaire de Chine cherche à s'affirmer progressivement sur la scène internationale, de 1949 à la mort de Mao.

document 1 Affiche chinoise (1953)

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Traduction du texte en bas de l'affiche : « Avec l'immense soutien de l'URSS et notre très grande force, nous réaliserons l'industrialisation de notre nation, pas à pas ! »

Affiche du Parti communiste chinois, décembre 1953, Shanghai.

document 2 Deng Xiaoping et les trois mondes

Le monde d'aujourd'hui est en fait constitué de trois parties, ou trois mondes, qui sont à la fois reliés entre eux et en contradiction les uns avec les autres. Les États-Unis et l'URSS constituent le premier monde. Les pays en développement d'Asie, d'Afrique, d'Amérique latine et d'autres régions constituent le troisième monde. Les pays développés entre les deux représentent le deuxième monde. Les deux superpuissances, les États-Unis et l'URSS, cherchent en vain l'hégémonie mondiale.Chacun, à sa manière, tente d'amener les pays en développement d'Asie, d'Afrique et d'Amérique latine sous son contrôle et, dans le même temps, tente d'intimider les pays développés qui n'ont pas une puissance égale à la leur […].La Chine est un pays socialiste et en même temps un pays en voie de développement. La Chine appartient au troisième monde. Constamment, en suivant les enseignements du président Mao, le gouvernement et le peuple chinois soutiennent fermement tous les peuples et les nations opprimés dans leur lutte pour gagner ou défendre l'indépendance nationale, ou développer l'économie nationale et combattre le colonialisme, l'impérialisme et l'hégémonisme. […] La Chine n'est pas une superpuissance et jamais elle ne cherchera à en être une.

Extrait du discours prononcé par Deng Xiaoping1, devant l'Assemblée générale de l'ONU, 10 avril 1974.

1. En 1974 Deng Xiaoping (1904-1997) est membre du comité central du Parti communiste chinois et chef de la délégation chinoise à l'ONU. Il devient, après la mort de Mao en 1976, le principal dirigeant de la République populaire de Chine.

Les clés du sujet

Lisez la consigne

Prêtez d'abord attention au sujet. Celui-ci porte sur les relations (le « et » de l'énoncé) entretenues par Pékin avec « le monde ». La période d'étude commence en 1949, date de la proclamation de la République populaire de Chine (RPC)  elle va jusqu'à la mort de Mao Zedong en 1976. Elle couvre donc toute la période d'application orthodoxe de l'idéologie communiste en Chine.

Le sujet exclut l'histoire plus récente et la mise en place de « l'économie socialiste de marché ». Par l'emploi du mot « progressivement », la consigne invite aussi à présenter les changements survenus entre les deux dates de référence. Le mot « affirmer » suggère une conclusion mettant en valeur le renforcement de la place de la Chine dans le monde.

Analysez les documents

Le document 1 est une affiche de propagande. Elle date de 1953, l'année de la disparition de Joseph Staline, mais surtout le moment où la Chine s'efforce de copier le modèle soviétique. Elle témoigne des relations d'amitié entre la Chine et l'Union des républiques socialistes soviétiques (URSS).

Le document 2 est un discours officiel de Deng Xiaoping, représentant de l'État chinois devant l'Assemblée générale de l'Organisation des Nations unies (ONU), que la Chine populaire vient d'intégrer trois ans plus tôt, en 1971. Il s'adresse donc au monde et a vocation à définir la politique extérieure du pays. L'auteur expose cette dernière au moment où commence une phase de crise économique mondiale consécutive au choc pétrolier de 1973. C'est aussi la fin de la détente, période pendant laquelle les relations internationales se sont recomposées.

Définissez les axes de l'analyse

Le sujet, la nature des documents et le mot « progressivement » placé au cœur de la consigne invitent à choisir un plan chronologique en deux séquences : 1949-1959, la Chine bon élève de l'URSS  1959-1974, la Chine suit sa propre voie. Chacune des périodes doit présenter les relations entre la Chine et le reste du monde mais aussi expliquer celles-ci.

Attention : le Deng Xiaoping qui parle en 1974 n'est pas celui qui décide de changer de stratégie politique après la mort de Mao. Il ne faut pas lui prêter les idées qu'il mettra en œuvre dans les années 1980, mais qu'il ne défend pas encore en 1974.

Corrigé

Les titres en couleurs servent à guider la lecture et ne doivent en aucun cas figurer sur la copie.

Introduction

info

Avant 1949, la Chine était gouvernée par le Guomindang de Tchang Kaï-chek.

[Contexte] En 1949, la Chine devient communiste. Ce choix conduit les nouveaux dirigeants, avec à leur tête Mao Zedong, à rompre avec les alliés américains du précédent gouvernement nationaliste et à se tourner vers l'Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) dont Pékin entend s'inspirer. Ces relations nouvelles surviennent au début de la guerre froide.

[Problématique] Quelles relations la République populaire de Chine (RPC) entretient-elle avec le reste du monde au cours de cette période soumise à l'autorité de Mao jusqu'à son décès en 1976 ? Sont-elles restées identiques pendant toutes ces années ? Sinon comment ont-elles évolué et pourquoi ?

[Présentation des documents et annonce du plan] En nous appuyant sur une affiche de propagande diffusée en 1953, au tout début du nouveau régime, et les extraits d'un discours prononcé vingt ans plus tard devant la communauté internationale par l'un des hauts dirigeants du Parti communiste chinois, Deng Xiaoping, nous analyserons et expliquerons l'évolution des relations de la Chine avec les autres pays du monde. Dans quelle mesure Pékin s'affirme-t-il au fil des années ?

I. 1949-1959, l'amitié sino-soviétique, un front commun contre l'impérialisme américain

« Avec l'immense soutien de l'URSS » la Chine s'industrialisera, assure la propagande chinoise au début des années 1950. L'affiche du document 1 et sa légende en attestent. Sur fond d'usines et de grues, deux hommes souriants – probablement des ingénieurs ou des diplomates russe et chinois – se serrent la main. Une colombe blanche inscrit la collaboration technique entre les deux pays dans une relation de paix. Dès l'avènement du régime communiste en Chine, sous l'autorité du président Mao, Pékin entreprend sa reconstruction en s'inspirant de l'expérience soviétique. Le 14 février 1950, un pacte d'amitié, d'alliance et de soutien mutuel a d'ailleurs été signé entre les deux États.

Pékin s'aligne sur Moscou et copie son modèle. L'économie est collectivisée, les entreprises nationalisées, un plan quinquennal établi et priorité est donnée au développement de l'industrie lourde – comme en témoigne l'arrière-plan de l'affiche. De ce fait même, les relations de la RPC avec les États-Unis, qui soutiennent la Chine nationaliste repliée sur l'île de Formose rebaptisée Taïwan, se tendent. Pékin s'installe dans la logique bipolaire de la guerre froide.

Avec les alliés des États-Unis comme l'Europe de l'Ouest, les relations de la Chine deviennent également difficiles. En revanche, les pays du bloc de l'Est en Europe sont considérés comme des amis : ce sont des « pays frères ».

[Transition] Ce front commun entre Pékin et Moscou n'est toutefois pas dénué d'ambiguïtés : alors que l'URSS se méfie d'un allié susceptible de devenir un concurrent, la Chine de son côté rêve de s'émanciper de la tutelle soviétique.

II. 1959-1976, les relations internationales d'une Chine à la recherche de sa propre voie

info

1956 est l'année où Nikita Khrouchtchev dénonce, dans un rapport public, les « erreurs de Staline » et le culte de la personnalité.

À partir de 1956, les relations entre la Chine et l'URSS se dégradent jusqu'à la rupture de 1959. Le modèle soviétique se révèle mal adapté à la réalité chinoise tandis que Moscou limite sa coopération en refusant de livrer le secret de la bombe atomique à Pékin. Comme le fait Deng Xiaoping (doc. 2, l. 3-4), les dirigeants chinois mettent progressivement sur le même plan l'impérialisme soviétique et celui des États-Unis. Ainsi la Chine s'isole-t-elle sur la scène internationale.

L'apparition d'un troisième bloc, à la faveur de la décolonisation évoquée par Deng Xiaoping (doc. 2, l. 18-19), offre à Pékin l'opportunité de trouver de nouveaux alliés. La présence de son ministre des Affaires étrangères, Zhou Enlai, à la conférence de Bandung en 1955 – qui donnera naissance au « tiers-monde » – témoigne de cette ligne politique et de l'ambition chinoise de devenir le leader d'un troisième monde naissant, celui auquel « la Chine appartient » selon Deng Xiaoping (doc. 2, l. 14). Toutefois, les relations avec certains pays de ce troisième monde peuvent être très tendues. Le conflit avec l'Inde pour le contrôle du Cachemire conduit à la guerre entre les deux voisins en 1962.

info

Des compétitions entre pongistes chinois et américains sont organisées en vue d'améliorer les relations diplomatiques entre Pékin et Washington.

Dans les années 1962-1975, le contexte de la détente donne une opportunité à la Chine de nouer des relations nouvelles avec d'autres acteurs de la scène internationale. C'est le cas de la France, pays du « deuxième monde » défini par Deng Xiaoping (doc. 2, l. 6) : dès 1964, le général de Gaulle reconnaît le régime de Pékin. De leur côté, usés par la guerre du Vietnam (1963-1973), les États-Unis sont prêts à nouer des relations plus amicales avec les pays communistes, dont la Chine. La diplomatie du ping-pong aide à aplanir les différends. Le 25 octobre 1971, la RPC intègre l'Organisation des Nations unies (ONU) et récupère le siège de membre permanent du Conseil de sécurité jusque-là occupé par Taïwan. La Chine affirme ainsi sa puissance renaissante.

Si les relations avec les États-Unis se détendent, celles avec l'URSS restent difficiles. En 1969, des incidents de frontière sur l'Oussouri créent ainsi une situation explosive.

Conclusion

En 1976, Mao disparaît. La Chine entre alors dans une période trouble qui ne facilite pas ses relations avec les principaux acteurs internationaux. Sur la durée, celles-ci se sont toutefois améliorées et le pays s'affirme mieux sur la scène mondiale en 1976 qu'en 1949. Après s'être posé en disciple exclusif de l'URSS, les intérêts de Pékin l'ont conduit en effet à jouer des rivalités internationales pour trouver sa place dans le concert des nations et montrer son ambition de redevenir une puissance mondiale. Deng Xiaoping, qui s'impose comme le nouveau maître de la Chine à partir de 1980, poursuivra-t-il cette reconquête ?

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