La construction européenne : histoire, enjeux et débats depuis 1948

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle L - Tle ES | Thème(s) : Gouverner à l'échelle continentale : le projet d'une Europe politique depuis 1948
Type : Composition | Année : 2012 | Académie : Inédit
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet
 
La construction européenne : histoire, enjeux et débats depuis 1948

L’échelle continentale

Corrigé

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Histoire

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Sujet inédit

composition

Dégager la problématique

  • Le processus de construction européenne est rythmé par des phases et des périodes charnières entre 1948 (mise en place du plan Marshall) et 2011.
  • « Enjeux » et « débats » renvoient au contexte d’élaboration et d’évolution de la construction européenne.

Définir le plan

Le sujet permet de croiser une approche chronologique fine de la construction européenne avec un ensemble de thèmes précis.

I. Les balbutiements d’une communauté d’États (1948-1957)

II. La CEE en action et en débat (1957-1992)

III. L’Union européenne, un chantier inachevé (1992-2011) ?

Corrigé

Les titres en couleurs servent à guider la lecture et ne doivent en aucun cas figurer sur la copie.

Introduction

[Accroche] En 1849, Victor Hugo évoque les « États-Unis d’Europe » : l’idée d’une union des États européens est en vogue chez nombre d’intellectuels et de politiques européens du xixe siècle.

[Problématique et annonce du plan] Toutefois, ce n’est qu’après la Seconde Guerre mondiale que semble se dessiner un projet européen fédérateur à l’échelle du continent. C’est ce projet qui continue de se construire de nos jours au sein de l’Union européenne. À quel rythme se développe-t-il ? Suscite-t-il depuis l’origine une réelle unanimité ? Tout d’abord, nous montrerons les premières réalisations concrètes auxquelles aboutit l’idée d’Europe (1948-1957). Puis nous étudierons l’action de la CEE et ses débats inhérents (1957-1992), avant de questionner l’état actuel du chantier européen (1992 à nos jours).

I. Les balbutiements d’une communauté d’États (1948-1957)

1. Volonté de paix et enjeux géopolitiques

  • En 1945, l’Europe est ruinée et affaiblie après cinq années de guerre au terme desquelles les puissances américaine et soviétique ressortent victorieuses et glorieuses. Dans ce contexte, l’idée d’une alliance entre les États européens, dans le but de garantir la paix et la prospérité, s’impose d’elle-même et est soutenue par les Américains, soucieux de la menace soviétique.
  • L’idée européenne est par ailleurs portée par d’autres motivations : la France accepte ce projet car elle souhaite éviter de voir l’Allemagne redevenir puissante. Si elle est encouragée par des mouvements d’opinions divers (social-démocratie, démocratie chrétienne), l’Europe fera souvent débat dans un pays où les oppositions sont fortes (les communistes et les gaullistes).
  • Afin de mieux gérer l’aide américaine du plan Marshall (1947), les États-Unis fédèrent les Européens qui l’acceptent au sein de l’Organisation européenne de coopération économique (OECE, 1948). L’OECE est ainsi le premier organisme de coopération en Europe, chargé de gérer l’aide américaine.

2. Européens convaincus (européistes) et opposants

  • Dans le contexte de guerre froide en Europe (blocus de Berlin), les Européens envisagent une défense commune. Associée aux États-Unis, elle prend la forme du traité de l’Atlantique nord (OTAN, 1949).
  • La création de la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA), en 1951, permet de franchir un nouveau pas vers la coopération entre États. Les productions de charbon et d’acier de la France, de la RFA, de l’Italie et du Benelux sont mises en commun.
  • Souhaitant peser davantage, les Européens franchissent un pas supplémentaire avec la création de la Communauté économique européenne (traité de Rome, 1957). Les six États membres de la CECA forment désormais un Marché commun sans entraves, protégé de l’extérieur, et une communauté politique gérée par des institutions et porteuse de projets. Ainsi s’achève cette première phase de construction européenne, également marquée par des oppositions (pour ou contre l’intégration du Royaume-Uni) et certains échecs (la CED, 1954).

II. La CEE en action et en débat (1957-1992)

1. Un projet qui s’essouffle

  • Communauté politique, la CEE possède des institutions qui lui permettent de fonctionner. Les grandes décisions reviennent au Conseil des ministres. Elles sont votées à l’unanimité ou à la majorité qualifiée (chaque État membre pèse un nombre de voix proportionnel à sa population). La Commission (neuf représentants), la Cour de justice et le Parlement complètent le dispositif.
  • Les Six conçoivent des politiques communes telles que la Politique agricole commune (PAC) qui contribue à moderniser l’agriculture européenne grâce à un contrôle des prix et la distribution de subventions.
  • Pourtant, durant les années 1960, chaque État – en particulier la France de Charles de Gaulle – reste attaché à ses prérogatives. D’autres restent à l’écart du projet (Royaume-Uni).

2. Relancer le projet européen

Dans les années 1970, une nouvelle génération d’hommes politiques relance le projet européen après des années difficiles (politique de la « chaise vide » du général de Gaulle).

  • L’Europe passe de six à neuf États membres (entrée du Royaume-Uni, de l’Irlande et du Danemark en 1972) puis à douze (entrée de la Grèce en 1981 ; de l’Espagne et du Portugal en 1986).
  • L’élargissement impose d’approfondir les institutions. Le Conseil européen – réunion des chefs d’États et des gouvernements – est l’organe principal de coopération. Le Parlement est élu au suffrage universel direct (1979).
  • Malgré un contexte difficile, car les années 1970 sont marquées par un contexte de crise économique mondiale, les bases d’une union économique et monétaire sont posées (création d’une monnaie de compte, l’ECU).

3. Les bénéfices du projet contestés

  • En s’exclamant « I want my money back », la Premier ministre britannique Margaret Thatcher dénonce le coût du projet européen, illustrant les relations difficiles entre les partenaires.
  • Les années 1980 marquent un nouvel élan grâce à la création du marché unique européen (Acte unique, 1986). Les compétences de la Commission et du Parlement sont accrues alors qu’est souhaitée la libéralisation des échanges au sein de la zone.
  • Le traité de Maastricht (1992) fonde une Union européenne. À celle-ci est associée une monnaie commune, l’euro, qui ne fait pas l’unanimité et qui repose surtout sur le couple franco-allemand. De nouveau, le Royaume-Uni reste à l’écart de cette nouvelle phase d’intégration.

III. L’Union européenne, un chantier inachevé (1992-2011) ?

1. L’élargissement et ses enjeux

La construction européenne a toujours eu pour ambition d’intégrer l’ensemble des États européens : de 1995 (création de l’UE) à 2011, l’Union passe de 15 à 27 membres ; l’élargissement concerne des États au développement économique et humain diversifié ; il a un coût et la crise économique de 2008 prouve que certains États (l’Irlande, la Grèce) étaient mal préparés à l’intégration.

2. Un modèle en panne ?

  • Depuis le milieu des années 2000, les remises en cause du projet européen sont nombreuses. Le modèle européen d’État-providence (qui garantit une protection sociale à ses citoyens) est mis en question pour son coût. La logique du marché unique impose aux États de se désengager de l’économie. Les élargissements et les approfondissements de l’UE relancent le débat entre fédéralistes – l’Union se substitue aux membres dans une fédération d’États – et tenants d’une Europe des nations. Enfin le manque d’adhésion au projet européen est un autre problème : victoire du « non » aux référendums de 2005 en France et aux Pays-Bas, montée des revendications souverainistes et populistes qui voient l’Europe comme la source de tous les maux…
  • Malgré tout, le modèle européen reste attractif comme l’atteste le nombre de candidats à l’entrée dans l’UE.

3. Une intégration possible malgré tout ?

  • Depuis les années 2000, l’enjeu a été celui du fonctionnement des institutions européennes dans un cadre élargi.
  • En 2005, un projet de Constitution européenne fait l’objet de vives oppositions au sein des Parlements et des populations. C’est le traité de Lisbonne (2007) qui garantit le fonctionnement actuel des institutions de l’UE.
  • La récente crise économique qui, au-delà des États, touche l’euro, semble devoir déboucher sur une intégration renforcée autour du couple franco-allemand. S’impose peu à peu la nécessité d’une vraie gouvernance européenne.

Conclusion

  • [Reprise des idées principales]Le projet européen est inachevé. Toutefois, les partenaires européens ont mis en place les cadres d’une intégration progressive des États membres au sein d’une communauté puis d’une union.
  • [Réponse à la problématique]L’histoire de la construction européenne est donc une histoire au long cours faite de phases d’accélération et de périodes de doutes, de ralentissements voire parfois de rejets.
  • [Ouverture]Néanmoins, le projet européen subsiste malgré les difficultés (notamment d’une union politique) et semble être un vrai enjeu pour le développement des pays européens dans le cadre de la mondialisation et d’un monde multipolaire.