La coordination des politiques macroéconomiques dans la zone euro

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle ES | Thème(s) : Mondialisation et intégration européenne
Type : Dissertation | Année : 2012 | Académie : Inédit
 
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet
 
La coordination des politiques macroéconomiques dans la zone euro
 
 

Mondialisation, finance internationale et intégration européenne

Corrigé

16

Ens. spécifique

sesT_1200_00_17C

 

Sujet inédit

dissertation • 20 points

> Pourquoi les politiques macroéconomiques des pays membres de la zone euro doivent-elles être coordonnées ?

Document 1

Indicateurs économiques
de la zone euro en 2007 (en %)

 

Taux de croissance

Taux d’inflation

Taux de chômage

Allemagne

2,5

2,3

8,4

Espagne

3,7

2,8

8,3

France

2,2

1,6

8,3

Grèce

4,0

3,0

8,3

Italie

1,5

2,0

6,1

Moyenne zone euro (15 pays)

2,6

2,1

7,4

 

Source : Eurostat.

Document 2
 

2007

2008

2009

2010

Zone euro (17 pays)

Déficit public ou excédent public (% du PIB)

Dépenses publiques (% du PIB)

Recettes publiques (% du PIB)

Dette publique (% du PIB)

– 0,7

45,9

45,2

66,2

– 2,0

46,9

44,8

69,9

– 6,3

50,8

44,5

79,3

– 6,0

50,4

44,4

85,1

UE (27 pays)

Déficit public ou excédent public (% du PIB)

Dépenses publiques (% du PIB)

Dépenses publiques (% du PIB)

Dette publique (% du PIB)

0,9

45,6

44,8

59,0

2,4

46,9

44,6

62,3

6,8

50,8

44,5

74,4

6,4

50,3

44,0

80,0

 

Source : Eurostat.

Document 3

Sur la base de propositions formulées à l’automne 2010 par une commission ad hoc présidée par Herman Van Rompuy (reprenant elle-même des propositions de la Commission européenne), le Conseil de mars 2011 a adopté un ensemble de mesures visant à renforcer le pacte de stabilité, à accélérer l’application éventuelle de sanctions, à améliorer la qualité des institutions et des processus budgétaires nationaux (en particulier l’information statistique et la prévision), à élargir le champ de la surveillance (tout « déséquilibre excessif », repéré à partir d’un tableau de bord à définir, pouvant donner lieu à des sanctions) et, enfin, à renforcer la coordination sur la base du « semestre européen » – première partie de l’année civile consacrée à une discussion au niveau européen des projets nationaux de finances publiques et de réformes. Parallèlement, les membres de la zone euro, rejoints par six pays hors zone, ont adopté un pacte « euro-plus » pour renforcer encore la coordination de leurs politiques de croissance et de finances publiques. […]

Cette réforme de la gouvernance va clairement dans le sens d’une coordination et d’une surveillance plus étroite des politiques économiques.

L’Économie mondiale 2012, CEPII, La Découverte, 2011.

Entrer dans le sujet

  • Une des causes de la crise de la zone euro depuis 2010 provient de l’absence de coordination des politiques budgétaires des pays composant cette zone.
  • La coordination des politiques économiques signifie une action concertée des pouvoirs publics afin d’avoir une croissance équilibrée, c’est-à-dire sans inflation ni chômage. La zone euro est composée des pays de l’Union européenne (UE) ayant adopté l’euro comme monnaie.

Dégager la problématique

  • L’adoption de la monnaie unique a profondément modifié la nature de la politique économique pour les pays de la zone euro. En effet, ils ne disposent plus de leur souveraineté monétaire et ils ne peuvent donc pas mener une politique monétaire autonome car c’est la Banque centrale européenne (BCE) qui en a la charge. Cependant, les politiques budgétaires restent définies au niveau national. La question est donc de savoir pourquoi la coordination des politiques économiques est une nécessité pour la zone euro.

Exploiter les documents

Document 1

Ce tableau permet de mesurer la convergence des pays de la zone euro avec trois indicateurs macro-économiques en 2007, c’est-à-dire avant la crise. Les taux de croissance économique restent assez divergents (écart de 2,5 points entre la Grèce et l’Italie), les taux d’inflation sont proches ainsi que les taux de chômage, mais avec un niveau élevé.

Document 2

Ce document porte sur les indicateurs pris en compte dans le pacte de stabilité et de croissance : déficit public et dette publique, respectivement inférieurs à 3 % et 60 % du PIB. De plus, la période étudiée s’inscrit dans le contexte de la crise commencée en 2007-2008. On constate la dégradation des comptes publics pour la zone euro puisque la part du déficit public dans le PIB a été quasiment multipliée par 9 et que celle de la dette a augmenté de près de 19 points.

Document 3

Le texte décrit les mesures prises en 2010 pour renforcer le pacte de stabilité et de croissance. Il est prévu une plus grande coordination des politiques économiques et l’aggravation des sanctions pour les pays ne se conformant pas aux exigences du pacte.

Définir le plan

Dans une première partie, il faudra traiter des effets de la monnaie unique sur les politiques économiques, et dans une seconde partie de la nécessité de la convergence.

Corrigé

Introduction

  • Avec la crise dite de la dette « souveraine » en 2011, la zone euro vit sous la pression d’une éventuelle disparition de la monnaie unique. Il semble que cette crise ait pour cause l’échec de la coordination des politiques économiques dans la zone euro depuis sa création. Ainsi, avec cette crise, nous sommes amenés à nous demander pourquoi les politiques macroéconomiques doivent être coordonnées dans la zone euro.
  • Les politiques macroéconomiques représentent l’ensemble des décisions que prennent les pouvoirs publics afin d’atteindre certains objectifs économiques : croissance équilibrée, sans inflation ni chômage, tout en maintenant l’équilibre extérieur. La coordination de ces politiques signifie une action concertée des politiques économiques.
  • La question de la nécessité de la coordination des politiques macroéconomiques dans la zone euro incite à se demander pourquoi la création de la monnaie unique nécessite cette coordination. Pour répondre à cette problématique, il faut commencer par expliquer les effets de la monnaie unique sur les politiques macroéconomiques, avant de souligner la nécessité de leur coordination.

I. Les effets de la monnaie unique sur les politiques macroéconomiques

Depuis le 1er janvier 1999, la politique monétaire des pays de la zone euro mise en œuvre par la Banque centrale européenne (BCE) devient unique alors que chaque pays conserve une politique budgétaire autonome.

1. Une politique monétaire unique

La BCE occupe un rôle central dans la gestion de la monnaie unique. Indépendante du pouvoir politique, c’est elle qui mène la politique monétaire pour tous les pays appartenant à la zone euro.

  • Les statuts de la BCE stipulent que son objectif principal et quasi unique est la stabilité des prix, c’est-à-dire un niveau d’inflation avoisinant les 2 %. Pour atteindre cet objectif, la BCE agit sur le taux d’intérêt auquel les banques se refinancent auprès de la BCE. 

2. Des politiques budgétaires nationales

  • Si, dans la zone euro, la politique monétaire décidée par la BCE s’applique à tous les pays de la zone, les politiques budgétaires restent autonomes. Cette autonomie est sous le contrôle du pacte de stabilité et de croissance.
  • Ce pacte précise que les pays de la zone euro ne doivent pas avoir un déficit budgétaire de plus de 3 % du produit intérieur brut (PIB) ni un taux d’endettement supérieur à 60 % du PIB. Si un pays dépasse ces limites, la Commission européenne peut entamer une procédure de déficit excessif qui peut conduire à des pénalités pour les pays fautifs.
  • La crise financière de 2008 s’est transformée en crise budgétaire pour les pays de la zone euro et montre que le pacte de stabilité n’a pas réussi à endiguer les dérives budgétaires, d'où la décision  de renforcer ce pacte (document 3). Le pacte « euro-plus » (« plus » car plusieurs pays n’appartenant pas à la zone euro l’ont adopté) prévoit un renforcement du contrôle sur les politiques budgétaires.
  • L’adoption de la monnaie unique a profondément transformé les politiques macroéconomiques des pays de la zone euro car ils n’ont plus la maîtrise de leur politique monétaire, les décisions étant de la responsabilité de la BCE. Si l’autonomie des politiques budgétaires est conservée, elle est néanmoins de plus en plus contrôlée.

II. La coordination nécessaire des politiques macroéconomiques

S’il apparaît que la coordination des politiques macroéconomiques entre les pays de la zone est une nécessité, elle connaît certaines limites.

1. Les effets d’un manque de convergence des politiques macroéconomiques

Pour certains économistes, une zone monétaire n’est viable que si elle n’est pas exposée à des chocs asymétriques trop fréquents. Les facteurs de production travail et capital doivent également être très mobiles, ce qui permet de compenser l’impossibilité d’agir sur les taux de change afin de restaurer la compétitivité des économies nationales. Or, la mobilité du travail en Europe reste limitée.

  • Ayant pour seule mission de garantir la stabilité des prix, la BCE ne peut répondre à un choc économique car elle ne peut pas intervenir lorsque la croissance ralentit dans un pays de la zone ou dans l’ensemble de la zone. Ainsi, le seul moyen pour un pays de répondre à ce choc est d’utiliser la politique budgétaire afin de relancer son économie mais celle-ci est soumise aux contraintes du Pacte de stabilité.

2. Les limites de la coordination

Au moment où commence la crise, les pays de la zone euro semblent converger sur un seul aspect : le taux de chômage puisqu'il est, généralement, supérieur à 8 % (document 1). Mais les autres indicateurs concernant la croissance, notamment le taux d’inflation, montrent des situations très contrastées. Ainsi, le taux d'inflation de la Grèce est supérieur de 1,4 % à celui de la France (document 1). Dès lors, il n’est pas surprenant de voir les impératifs du pacte de stabilité remis en cause en 2009 et 2010 : le déficit public de la zone euro est de 6 %, soit le double de celui autorisé par le pacte, et la dette publique atteint les 85 % en 2010 (document 3). 

  • Les contraintes imposées par le traité d’Amsterdam sont le résultat de la volonté de conserver des politiques budgétaires autonomes. Mais, pour éviter une trop forte récession, les pays sont obligés d’accroître leurs dépenses publiques dont la part dans le PIB a augmenté de près de 5 points de pourcentage en trois ans. Cependant, le remède apparaît quasiment pire que le mal car la crise de l’endettement dans certains pays pose le problème de la survie de l’euro. La réponse des pouvoirs publics est un renforcement des contraintes budgétaires. 
  • Les chocs économiques ne frappent pas de la même manière les économies de la zone ce qui rend nécessaire la coordination des politiques budgétaires car l’euro pourrait disparaître. Cependant, il ne semble pas que la zone euro ait réussi en plus de 10 ans à faire converger les économies de la zone, montrant ainsi les insuffisances de la monnaie unique.

Conclusion

  • La création de l’Union économique et monétaire a profondément modifié les conditions de la mise en œuvre des politiques macroéconomiques pour les pays adhérents à la zone euro. La politique monétaire menée par la BCE devient commune et les États conservent l’autonomie de leur politique budgétaire. Cependant, ces politiques sont soumises à des contraintes définies par le pacte de stabilité et de croissance, impliquant une coordination des politiques économiques. 
  • Mais, malgré ces contraintes, les divergences entre les économies de la zone euro restent importantes et la crise financière a mis au jour les contradictions de la monnaie unique. Les pays membres se refusent, pour l’instant, à mettre en œuvre une politique budgétaire décidée au niveau européen. Au contraire, ils ont renforcé le contrôle des politiques budgétaires. On ne sait, pour l’instant, si ce contrôle renforcé sauvera définitivement l’euro.