La croissance endogène

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle ES | Thème(s) : Croissance, fluctuations et crises
Type : Raisonnement sur un dossier documentaire | Année : 2015 | Académie : France métropolitaine


France métropolitaine • Juin 2015

raisonnement • 10 points

La croissance endogène

À l’aide de vos connaissances et du dossier documentaire, vous montrerez que le processus de croissance a un caractère endogène.

DOCUMENT 1

Les activités de recherche-développement (R&D), en accumulant un stock immatériel d’idées et de connaissances, permettent d’augmenter l’efficacité avec laquelle il est possible de produire des richesses à partir de capital et de travail […]. En élevant le niveau d’éducation, donc le nombre de travailleurs très qualifiés qui peuvent participer à cette accumulation de savoir, on augmente le rythme des découvertes et, donc, les possibilités de croissance des économies. L’implication de ce type de théorie est que le taux de croissance du PIB s’élève avec le niveau d’éducation […]. En conséquence, si une économie alloue, une année, plus de ressources à l’éducation et augmente ainsi son stock de capital humain, cela aura pour effet d’augmenter durablement non pas seulement le niveau des richesses produites mais surtout le taux de croissance de l’économie.

L’éducation peut avoir un autre rôle, non moins important : favoriser non plus les innovations technologiques mais leur adaptation. […] Les technologies les plus performantes sont adoptées et mises en œuvre plus rapidement par les économies les plus riches en capital humain. À nouveau, c’est le niveau d’éducation qui élève le taux de croissance de l’économie, en accélérant l’assimilation du progrès technique. Cette deuxième fonction de l’éducation ne résulte pas seulement d’une plus grande maîtrise technique de la part des personnes qui ont fait davantage d’études. Il se peut que l’éducation augmente aussi la capacité à effectuer des choix strictement économiques, à allouer convenablement les ressources − par exemple en mesurant que tel marché est en développement, que telle technologie sera ou ne sera pas rentable − bref à prendre les bonnes décisions. […]

Dans cet ensemble d’approches, […] le taux de croissance à long terme ne dépend plus d’une croissance du progrès technique inexpliquée […], mais de l’effort d’investissement en capital humain des différentes économies. Cela donne une place centrale aux politiques éducatives, d’autant qu’une impulsion donnée au niveau d’éducation par une intervention publique peut avoir un effet durable puisqu’il affecte non seulement le niveau de la production mais aussi son taux de croissance dans l’avenir.

Marc Gurgand, Économie de l’éducation, 2005.

DOCUMENT 2 Dépenses de recherche et développement en pourcentage du PIB entre 2000 et 2012

2000

2007

2012

Allemagne

2,47

2,53

2,98

Espagne

0,91

1,27

1,30

France

2,15

2,08

2,29

Finlande

3,35

3,47

3,55

Japon

3,00

3,46

3,35

Chine

0,90

1,40

1,98

Source : « Principaux indicateurs de la science et de la technologie », OCDE, 2014.

DOCUMENT 3

On peut supposer que la productivité d’une entreprise au cours d’une période donnée est une fonction croissante de l’expérience passée qu’elle a accumulée dans la production d’un bien. Cette amélioration de la productivité est incorporée aux investissements : à chaque fois qu’un producteur investit, les biens d’équipement nouveaux incorporent les connaissances accumulées par l’expérience et ils sont donc plus efficaces que les équipements anciens auxquels ils se substituent.

[…] En améliorant sa productivité, une entreprise a également un effet externe positif sur la productivité des autres entreprises. Il existe une synergie1 entre les producteurs qui rend chacun d’autant plus efficace que les autres le sont déjà. Cela tient notamment à l’émulation réciproque par la concurrence et à l’imitation des procédés les plus efficaces.

[…]

Au sens large, les infrastructures comprennent les routes et autoroutes, les voies ferrées, les ports et aéroports, les réseaux de télécommunication, les réseaux nationaux de distribution du gaz et de l’électricité, l’éclairage public, etc., en un mot, tous les investissements qui développent et facilitent la circulation des informations, des personnes et des biens. Il est certain que le développement de ces infrastructures constitue un facteur important d’économies externes pour les entreprises.

Jacques Généreux, Introduction à la politique économique, 1999.

1. Synergie : action en commun de plusieurs éléments qui visent un même objectif.

Les clés du sujet

Entrer dans le sujet

La croissance économique est l’augmentation de la production sur une longue période. Elle est mesurée par le taux de variation du produit intérieur brut réel.

Le caractère endogène de la croissance, mis en évidence par des économistes dans les années 1980, permet de mieux en comprendre l’origine. Il s’agit d’un processus auto-entretenu lié aux comportements des agents économiques qui accumulent du capital sous différentes formes.

Comprendre les documents

Selon le document 1, les dépenses en recherche-développement stimu­lent la croissance. Il en est de même des dépenses d’éducation qui vont contribuer à l’accumulation d’un capital humain favorisant le progrès technique et sa diffusion. Celui-ci est lui-même à l’origine d’une croissance auto-entretenue dans laquelle les pouvoirs publics peuvent jouer un rôle.

Le document 2 est un tableau décrivant l’évolution entre 2000 et 2012 de la part du PIB consacrée aux dépenses de recherche-développement (R&D) dans six pays dont quatre appartenant à l’Union européenne. En 2000, c’est en Chine que les dépenses en R&D représentaient le poids le plus faible dans le PIB, mais c’est le pays dans lequel elles ont le plus augmenté en part entre 2000 et 2012. L’effort en R&D de la Finlande est le plus important de ceux des pays présentés, avec des dépenses qui n’ont cessé de croître sur toute la période étudiée.

Le document 3 met en évidence les phénomènes cumulatifs de la croissance. Les investissements en nouveaux biens d’équipement mettent en jeu des connaissances qui s’accumulent au cours du temps, à l’origine de gains de productivité bénéficiant à tous les agents économiques. Les investissements publics dans des infrastructures ont des effets semblables : ils favorisent la hausse de la productivité pour les entreprises sans réelle contrepartie monétaire. Ces externalités positives sont ainsi sources de croissance.

Définir le plan

Après avoir montré que la croissance résulte de comportements d’accumulation de capital, nous montrerons qu’elle s’auto-entretient et repose sur des phénomènes cumulatifs.

Corrigé

Corrigé

Introduction

Dans les années 1980, de nouvelles théories de la croissance permettent de mieux comprendre les origines de l’augmentation de la production en longue période. Elles précisent son caractère endogène. Ce sont en effet les agents économiques eux-mêmes qui, par leurs comportements d’investissement, vont donner naissance à un phénomène de croissance auto-entretenue. Nous mettrons ainsi en évidence le rôle de l’accumulation du capital par les agents économiques dans la croissance avant d’en étudier les effets cumulatifs.

I. Les comportements des agents économiques favorisent les gains de productivité, sources de croissance

Les agents économiques investissent dans différentes formes de capital. Parmi eux, le capital humain est généralement le fruit de politiques éducatives. Il permet d’avoir des actifs plus productifs, plus enclins à mettre en œuvre du progrès technique et à l’assimiler (document 1). Les dépenses en recherche-développement (R&D) réalisées par les entreprises et les administrations favorisent l’accumulation de connaissances au cœur de la réalisation du progrès technique. L’effort en R&D, soit la part du PIB consacrée à ce type de dépenses, a par exemple plus que doublé en Chine entre 2000 en 2012 (document 2). Les pouvoirs publics investissent également dans des infrastructures de transport ou de communication qui vont permettre aux entreprises de réaliser des gains de productivité (document 3).

Ainsi, l’accumulation de capital contribue à augmenter la productivité globale des facteurs, c’est-à-dire qu’elle rend la combinaison de production plus efficace grâce au progrès technique. La croissance qui en résulte a un caractère endogène, car elle est le fruit de décisions appropriées d’agents économiques.

II. La croissance est un processus cumulatif et auto-entretenu

L’accumulation du capital est source d’externalités positives ayant des effets cumulatifs sur la croissance. Par exemple, les progrès dans les connaissances bénéficient à tous. Il en est de même pour le progrès technique intégré dans les investissements qui va avoir des effets d’entraînement sur les partenaires et concurrents de ceux qui les mettent en œuvre (document 3). Quant aux infrastructures et dépenses en formation décidées par les pouvoirs publics, les agents économiques en tirent des avantages sans compensation monétaire.

En outre, la croissance permet de dégager des revenus qui, à leur tour, financent les investissements matériels ou immatériels. Le profit peut inciter les entreprises à se consacrer davantage à la R&D, tandis que les pouvoirs publics pourront d’autant plus investir dans des infrastructures ou des politiques éducatives qu’ils ont les moyens de les financer en prélevant sur les richesses créées. L’accumulation du capital est à la fois cause et conséquence de la croissance.

Conclusion

La croissance peut ainsi être qualifiée d’endogène. Elle provient de décisions d’investissement favorisant l’accumulation de capital et donnant lieu à des phénomènes cumulatifs et auto-entretenus de hausse de la production.