La culture

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle ST2S - Tle STI2D - Tle STL - Tle STMG | Thème(s) : La culture
 

Sujet de TYPE BAC – Dissertation

Peut-on juger la valeur d’une culture ?

Corrigé

Introduction

Même si nous sommes souvent très critiques sur un grand nombre d’aspects de notre culture, nous avons tout autant de mal à éviter les préjugés en défaveur des cultures étrangères. Ce paradoxe montre qu’il n’est pas facile de juger une culture en général, la nôtre aussi bien que les autres. En sommes-nous capables ? Et en avons-nous le droit ? Mais n’est-il tout de même pas dangereux de renoncer totalement à l’exercice du jugement sur certains traits culturels ?

Première partie

Pour juger une culture, il faut d’abord la connaître. C’est le travail des ethnologues et des anthropologues. Outre les difficultés matérielles et conceptuelles face à ce qui est différent de nous, leur travail se heurte au risque de l’ethnocentrisme, c’est-à-dire à la tendance, consciente ou inconsciente, de donner à leur propre culture une valeur référentielle. Il est en particulier difficile d’échapper au préjugé évolutionniste qui nous fait considérer que ce qui n’est pas comme nous est en retard sur nous. Jacques Derrida a ainsi montré que même l’ethnologue Claude Lévi-Strauss n’échappe pas à ce danger lorsqu’il considère que l’écriture alphabétique est une forme supérieure d’écriture. Il est donc extrêmement imprudent de se prétendre capable de juger une autre culture.

Deuxième partie

C’est pourquoi il semble préférable d’en conclure que nous n’avons pas le droit de le faire. C’est le point de vue appelé relativiste. Cette théorie affirme que toute culture est relative aux conditions historiques et matérielles dans lesquelles elle s’est établie, et que ces conditions variant constamment, aucun jugement fixe n’est possible. Un exemple célèbre est celui de l’anthropophagie, qui nous paraît le comble de la barbarie. Des anthropologues ont montré que plusieurs cas existent, mais ils ont aussi établi que, le plus souvent, ils concernaient des peuples nomades, qui mangeaient une partie du corps de leurs défunts pour les emporter et ne pas les abandonner. La relativisation permet de comprendre ici que cette anthropophagie n’est pas un signe de barbarie mais au contraire de respect des morts.

Troisième partie

Il est pourtant très difficile de renoncer à porter tout jugement de valeur sur des caractéristiques culturelles. La nécessaire prise en compte des particularités relatives aux conditions ne justifie pas toutes les pratiques. Rien ne permet d’accepter des systèmes juridiques dans lesquels l’égalité entre les hommes ne serait pas respectée. On peut penser en particulier ici à toutes les cultures qui tiennent les femmes dans un statut inférieur. Il y a des valeurs en droit universelles et qui ne peuvent donc être en fait transgressées par aucune culture. C’est surtout le cas des valeurs morales. On peut et on doit juger la façon dont les différentes cultures, ainsi que la nôtre, les traitent.

Conclusion

Les ethnologues connaissent donc bien les difficultés auxquelles se heurtent en fait nos capacités à connaître les autres cultures. Elles doivent nous rendre prudents dans nos jugements sur les autres cultures, d’autant plus que toute culture est essentiellement dépendante des conditions de lieu et de temps dans lesquelles elle se construit. Cela ne doit pourtant pas nous conduire à un relativisme intégral qui nous rendrait coupable de ne pas avoir jugé les diverses atteintes aux valeurs morales pouvant se produire.