La difficile gouvernance européenne

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle S | Thème(s) : Gouverner à l'échelle continentale : une gouvernance européenne depuis 1992
Type : Analyse de document | Année : 2014 | Académie : Inédit
 
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet
 
La difficile gouvernance européenne
 
 

L’échelle continentale

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Histoire

17

CORRIGE

 

Sujet inédit

analyse de document

> Analysez ce document en montrant les difficultés auxquelles se heurte le principe de gouvernance européenne.

Document

SOS Europe

L’Europe, disait François Mitterand, protégera les citoyens des soubresauts de l’économie internationale. Mais, sous la férule d’une classe dirigeante décidée à tout ouvrir à tout vent, les vagues de la crise financière ont déferlé sans obstacle sur le continent, balayant emploi, pouvoir d’achat, sécurité et espoir pour la jeunesse. Cette union qui devait servir de rempart aux peuples laisse plus de 20 millions de ses travailleurs au chômage, rogne sans cesse les avantages acquis, englue ses forces vives dans le marécage de la stagnation. L’Europe, disait-on, illustre à l’échelle d’un continent la vivacité des principes démocratiques. Elle est une terre de liberté et de défense des droits de l’homme. Mais l’Union s’est progressivement coupée des peuples, incarnée par des comités anonymes, animée par des technocrates consanguins, parlant un volapük1 compris des seuls initiés, barricadée dans la tour d’ivoire de ses certitudes. Dans la plupart des pays de l’Union, un référendum portant sur l’Europe se solderait par un échec cuisant. Seul le filtre de la démocratie représentative, qui préserve le pouvoir des partis de gouvernement, permet à l’Union de survivre. S’ils étaient directement consultés, les peuples la rejetteraient. Or que vaut, à la fin des fins, une construction citoyenne dont les citoyens se défient ?

Laurent Joffrin, Le Nouvel Observateur, 9 mai 2013.

1. Langage incompréhensible.

  • La notion clé du sujet est celle de gouvernance. Elle désigne un mode de prise de décision collectif qui associe l’ensemble des acteurs concernés. Son étude s’applique ici à l’Union européenne.
  • La problématique à laquelle doit répondre votre analyse est explicite. Elle doit mettre en évidence les obstacles à la mise en œuvre d’une véritable gouvernance européenne.
  • Un plan thématique est le plus adapté : en suivant la logique du texte, il abordera les différents types de difficultés qui empêchent l’Union européenne d’être fidèle à sa vocation démocratique.
Corrigé

Organiser une analyse de document

1 Comme une composition, une analyse de document est un devoir rédigé et construit comprenant une introduction, un court développement et une conclusion.

2 Vous devez structurer votre développement en fonction de la problématique retenue. Vous y répondrez de façon progressive et cohérente, en deux ou trois paragraphes. Vous pourrez porter un regard critique sur le document.

3 Le plan de votre développement doit s’inspirer de la logique du document. Dans le cas d’un texte, il peut suivre les thèmes abordés de façon linéaire ou en les réorganisant. Ici, vous pouvez reprendre l’ordre dans lequel l’auteur aborde les différents problèmes.

Les titres en couleur servent à guider la lecture et ne doivent en aucun cas figurer sur la copie.

Introduction

[Présentation du document] Le document qui nous est proposé est un article de l’hebdomadaire Le Nouvel Observateur rédigé par l’éditorialiste Laurent Joffrin le 9 mai 2013, alors que l’Union européenne subit les effets de la crise financière de 2008. Il souligne la contradiction entre le modèle qu’elle prétend incarner et l’attitude de ses dirigeants.

[Problématique et annonce du plan] L’analyse de ce texte nous permettra de répondre à la question suivante : à quels obstacles se heurte la mise en œuvre d’une véritable gouvernance européenne ? Pour y répondre, en suivant l’argumentation de l’auteur, nous présenterons les obstacles économiques puis les obstacles politiques.

I. Les difficultés d’une gouvernance économique

1. Un modèle protecteur (1re phrase)

  • L’auteur cite François Mitterrand, président de la République française de 1981 à 1995 et artisan majeur de la construction européenne.
  • Selon Mitterand, l’UE devait être un rempart contre les aléas d’une économie mondialisée. On peut penser au traité de Maastricht (1992) qui prévoyait une politique monétaire commune.

2. Des dirigeants irresponsables

  • Pourtant, l’auteur le déplore, c’est une politique économique d’inspiration libérale que les dirigeants européens ont menée (« une classe dirigeante décidée à tout ouvrir à tout vent ») : celle-ci n’a pas permis de protéger les Européens contre la crise financière de 2008 (2e phrase).
  • Les effets économiques et sociaux de cette crise sont catastrophiques et amplifiés par des politiques d’austérité : hausse du chômage, réduction des protections sociales, baisse du pouvoir d’achat, récession (3e phrase).

II. Les difficultés d’une gouvernance politique

1. Un modèle démocratique (4e et 5e phrases)

  • Laurent Joffrin nous rappelle que l’UE est fondée sur un modèle démocratique, caractérisé par le respect des libertés et la défense des droits de l’homme. Ces principes sont rappelés dans les différents traités européens, de Maastricht (1992) à Lisbonne (2007).

2. Un fonctionnement en vase clos

 

Info

Cette défiance vis-à-vis de l’UE s’est manifestée en 2005 lorsque les citoyens français et néerlandais ont rejeté le projet de Constitution européenne.

  • Dans la seconde moitié du texte, l’auteur met en évidence le décalage entre les dirigeants européens et les citoyens. Ainsi, il évoque l’euroscepticisme qui pourrait se manifester lors de futurs référendums sur l’Europe.
  • De plus, L. Joffrin affirme que l’UE ne « survi[t] » que grâce aux partis qui gouvernent les différents États : la ratification des traités par voie parlementaire (« le filtre de la démocratie représentative ») permet aux politiques de se dispenser de l’avis des citoyens.
 

Info

Le Parlement européen a vu ses pouvoirs accrus par le traité de Lisbonne (2007).

  • Cependant, l’auteur ne mentionne pas l’existence du Parlement européen, institution démocratique élue au suffrage universel direct par l’ensemble des citoyens de l’UE. Le fort taux d’abstention aux élections européennes reste toutefois problématique, comme le montrent les résultats des élections européennes de mai 2014 (ex. : 57,5 % d’abstention en France).

Conclusion

[Réponse à la problématique] La mise en œuvre d’une véritable gouvernance européenne se heurte aux choix économiques des dirigeants de l’Union et au déficit démocratique de celle-ci.

[Critique du document] Cet article est un véritable signal d’alarme (« SOS Europe ») qui veut susciter une prise de conscience sur l’absence de perspectives pour l’UE (« que vaut […] une construction citoyenne dont les citoyens se défient ? »). Cependant, il fait sans doute preuve d’europessimisme car, depuis 1957, la construction européenne a déjà surmonté d’importantes difficultés.