La diversification des conflits sociaux

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle ES | Thème(s) : Intégration, conflit, changement social
Type : Raisonnement sur un dossier documentaire | Année : 2017 | Académie : Pondichéry


Pondichéry • Avril 2017

raisonnement • 10 points

La diversification des conflits sociaux

À l’aide de vos connaissances et du dossier documentaire, vous montrerez que les conflits sociaux ont tendance à se diversifier.

document 1 Entreprises ayant déclaré au moins une grève et nombre de jours de grève pour 1 000 salariés de 2005 à 2013

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Source : Dares, 2015.

À partir des données 2008, la pondération de l’enquête a été revue, d’où une rupture de série.

Champ : entreprises de 10 salariés ou plus du secteur marchand non agricole.

Lecture : en 2013, 1,2 % des entreprises ont connu au moins une grève dans l’entreprise ou l’un de ses établissements, et le nombre de journées non travaillées pour fait de grève rapporté aux effectifs salariés équivaut à 79 jours pour 1 000 salariés.

document 2

La progression sensible des revenus enregistrés au cours des « Trente Glorieuses », comme la hausse considérable du niveau culturel de la population, auraient ainsi conduit à l’émergence d’autres thèmes s’approchant de ce que le sociologue américain Ronald Inglehart nomme les valeurs postmatérialistes. À l’image des mouvements féministes, gays et lesbiens, régionalistes, de défense de l’environnement, de lutte contre le sida…, de nouveaux mouvements sociaux sont investis par des individus insérés dans la société (étudiants, jeunes actifs, cadres…) cherchant à promouvoir certaines visions du monde, davantage qu’à défendre des intérêts strictement matériels. La diversité des types de contestations, des acteurs comme des répertoires (le sit-in1 […], la marche silencieuse… peuvent remplacer la manifestation ou la grève) s’impose.

Philippe Riutort, Précis de sociologie, 2014.

1. S’asseoir en masse dans l’espace public.

document 3

To buy or not to buy?1 Telle est, en substance, la question pratique que pose l’acte de boycott ou son envers, le « buycott2 ». […] L’ouvrage de Ingrid Nyström et Patricia Vendramin propose […] une analyse sociologique de ce mode d’action qu’elles estiment être en parfaite adéquation avec « les formes contemporaines d’engagement militant, en réseau, et associant des individus soucieux de choisir leurs appartenances et leurs causes, d’exprimer personnellement leur vision des choses ». […] Une analyse plus fine montre que les femmes sont, dans cette population [européenne], proportionnellement plus nombreuses que les hommes à s’engager dans des actions de « buycott » et qu’il existe des écarts importants entre pays : la pratique du boycott est plus fréquente dans les pays nordiques et la Suisse que dans les pays du Sud et de l’Est de l’Europe. Leur ancrage économique et politique constitue également un facteur explicatif important de leur engagement : ainsi, la richesse nationale, la concentration du commerce et la disponibilité de produits labellisés faciliteraient les pratiques de boycott et de buycott, tout comme diverses formes d’« encouragement institutionnel » de l’État.

Benjamin Ferron, www.laviedesidees.fr, 28/10/2015.

1. Acheter ou ne pas acheter ?

2. Pratique militante qui consiste à promouvoir les produits ou les services d’une firme pour récompenser un comportement jugé exemplaire.

Les clés du sujet

Entrer dans le sujet

On appelle conflits sociaux les affrontements – parfois violents – entre les groupes sociaux pour l’obtention de biens matériels ou symboliques.

Ces conflits sont de différentes natures : conflits du travail qui opposent salariés et employeurs, conflits portant sur des modes de vie ou valeurs, ces derniers souvent qualifiés de nouveaux mouvements sociaux.

Comprendre les documents

Le graphique du document 1 porte sur la part des entreprises ayant connu une grève et le nombre de jours de grève en France entre 2005 et 2013. Ces données représentent une mesure de la conflictualité du travail. La tendance est à la baisse, sauf pour l’année 2010 qui connaît un pic du fait de l’opposition à la réforme des retraites annoncée par le président de la République.

Le document 2 met en évidence les mutations des causes des conflits sociaux. L’amélioration du niveau de vie après la Seconde Guerre mondiale incite à défendre de nouvelles causes, moins matérialistes et plus orientées vers des valeurs qualifiées de postmatérialistes par le sociologue américain Ronald Inglehart. Les formes que prennent les conflits sociaux évoluent également.

Le document 3 s’intéresse quant à lui à une nouvelle modalité de l’action collective, le buycott, qui s’oppose au boycott. Le buycott consiste à « promouvoir les produits ou les services d’une firme pour récompenser un comportement jugé exemplaire ». Ce type d’action, qui se caractérise par une participation plus importante des femmes, est plus courant dans les pays d’Europe du Nord et en Suisse.

Définir le plan

Dans une première partie, le déclin relatif des conflits du travail sera analysé, puis, dans une seconde partie, on mettra en évidence l’émergence de nouveaux types de conflits.

Corrigé

Corrigé

Introduction

La grève des salariés de Whirlpool à Amiens contre la délocalisation de leur usine est devenue un véritable enjeu politique lors de la campagne pour les élections présidentielles de 2017, montrant ainsi la force que conservent les conflits du travail dans la société française. Cependant, le caractère central des conflits du travail semble remis en cause par la diversification des conflits sociaux.

L’expression « conflits sociaux » désigne les affrontements entre les groupes sociaux pour l’obtention de biens matériels ou symboliques. Ces conflits tendent à évoluer tant dans leurs revendications que dans leurs modes d’expression. Ainsi, les conflits du travail connaissent un certain déclin tandis que de nouveaux types de conflits émergent.

I. Un déclin des conflits du travail

Attention !

La différence entre deux pourcentages a comme unité le point de pourcentage.

La grève est la forme la plus courante d’expression des conflits du travail. Toutefois, on constate une baisse de 1,5 point de la part des entreprises de plus de 10 salariés ayant connu au moins une grève au cours de l’année entre 2005 et 2013. De plus, le nombre de journées non travaillées pour fait de grève rapporté aux effectifs salariés passe de 164 jours en 2005 à 79 jours pour 1 000 salariés en 2013. Ce déclin est continu, même si certaines années paraissent exceptionnelles : comme 2010, année de la réforme des retraites (document 1).

Si l’intensité de la conflictualité du travail mesurée par le nombre de journées de grève baisse, il faut cependant relativiser cette évolution car ces conflits se transforment. De nouveaux modes d’action se développent : « grève du zèle », pétitions, refus d’effectuer des heures supplémentaires…

Ces évolutions s’expliquent par la volonté des salariés de ne pas être pénalisés financièrement par ces conflits. De plus, le mouvement de désyndicalisation favorise ces nouvelles formes de conflit.

II. L’émergence de nouveaux types de conflits

Le déclin relatif des conflits du travail implique que ceux-ci ne jouent plus un rôle central dans la conflictualité sociale. L’évolution de la société depuis la Seconde Guerre mondiale, caractérisée par l’augmentation du niveau de vie et l’amélioration du niveau culturel, a fait émerger de nouveaux types de conflits sociaux, moins centrés sur la répartition des richesses, mais davantage sur des valeurs : l’égalité hommes-femmes, l’écologie, la sexualité, etc. Le sociologue américain Ronald Inglehart qualifie ces conflits de « post­matérialistes » (document 2).

Info

Il est possible de citer un document, mais il ne faut pas oublier les guillemets indiquant qu’il s’agit d’une citation.

Les conflits sociaux se renouvellent également dans les modalités d’action auxquels ils recourent. On peut ainsi prendre l’exemple du buycott, qui consiste à « promouvoir les produits ou les services d’une firme pour récompenser un comportement jugé exemplaire » (document 3). À l’inverse, on a connu des actions de boycott de certains produits par les consommateurs, car la fabrication de ces produits ne répondait pas aux normes sociales en vigueur (travail des enfants, conditions de travail dangereuses, etc.).

Conclusion

La conflictualité sociale traditionnelle – reposant essentiellement sur les conflits du travail – décline et se transforme. À l’inverse, les conflits dits « postmatérialistes », centrés sur les valeurs, se développent.