La fin du leadership américain ?

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle L - Tle ES | Thème(s) : Les chemins de la puissance : les Etats-Unis et la Chine depuis 1918
Type : Etude critique de document(s) | Année : 2012 | Académie : Inédit
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet
 
La fin du leadership américain ?

Les chemins de la puissance

Corrigé

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Histoire

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Sujet inédit

étude critique de documents

>Montrez en quoi ces documents rendent compte d’un certain affaiblissement du leadership américain à partir de 2002. Expliquez ensuite pourquoi ils sont à nuancer afin de rendre compte de la place des États-Unis dans le monde d’aujourd’hui.

Document 1

L’évolution de la dette américaine


Document 2

L’émergence d’un nouvel ordre mondial ?

« Ce livre ne traite pas du déclin de l’Amérique mais plutôt de l’ascension des autres puissances mondiales […]. Nous vivons désormais un grand glissement de puissance. On pourrait l’appeler “l’ascension des autres”. Au cours des deux dernières décennies, plusieurs pays ont connu des taux de croissance économique […]. Cette croissance est surtout perceptible en Asie, mais elle n’est plus confinée à ce seul continent. […] Un ancien économiste de la Banque mondiale a identifié 25 compagnies qui seront sans doute les prochaines grandes multinationales planétaires. Sa liste comprend respectivement 4 entreprises pour le Brésil, le Mexique, la Corée du Sud et Taïwan, 3 pour l’Inde, 2 pour la Chine, et une pour l’Argentine, le Chili, la Malaisie et l’Afrique du Sud.

[…] Le plus grand édifice du monde se dresse désormais à Taï-Peï. L’homme le plus riche du monde est mexicain, l’entreprise cotée en bourse la plus puissante est chinoise. Le plus grand avion va être fabriqué en Russie et en Ukraine, la plus grande raffinerie est en construction en Inde et les usines les plus vastes de la planète sont toutes en Chine. […]

Depuis 1991, nous vivons sous un imperium américain, un monde unique, unipolaire, dans lequel l’économie mondiale ouverte a connu une expansion et une accélération spectaculaires. […] Au niveau politico-militaire, nous restons dans le monde d’une superpuissance unique. Mais dans toutes les autres dimensions – industrielle, financière, éducative, sociale et culturelle – la distribution du pouvoir se déplace, échappe à la domination américaine. […] Nous nous acheminons vers un monde d’après l’Amérique, défini et dirigé depuis plusieurs pôles […]. »

D’après Fareed Zakaria, Le Monde post-américain,
coll. Tempus, Perrin, 2011.

Lire la consigne

L’intitulé de la consigne invite à questionner la notion du leadership des États-Unis. Elle s’accompagne de deux documents de nature différente : un graphique (document 1) et un texte (document 2).

Observer les documents

  • Un graphique permet d’analyser l’évolution d’un phénomène (en l’occurrence, la dette des États-Unis) à travers l’étude chiffrée d’une ou plusieurs données clés. Il est recommandé de s’en servir pour illustrer l’analyse du devoir avec quelques exemples chiffrés, et pour dégager une tendance générale ainsi que des rythmes d’évolution, des césures. Ici, il est intéressant de se focaliser sur les années 2000.
  • Une formule de calcul simple permet d’élaborer des chiffres montrant un accroissement : valeur finale – valeur initiale / valeur initiale × 100.
  • Le texte proposé est extrait d’un essai de géopolitique récent (2011). Il souligne l’ascension de nouvelles puissances économiques d’envergure mondiale, notamment en Asie.
  • Comme toujours, vous devez mettre les documents en perspective et les situer par rapport à un contexte historique précis.

Définir les axes de l’analyse

  • Il faut d’abord montrer en quoi les documents permettent d’étayer l’idée d’une éventuelle remise en cause de la domination des États-Unis.
  • Ensuite, les documents doivent être mis en perspective afin d’en montrer les limites et de présenter une situation plus nuancée.
Corrigé

Les titres en couleurs servent à guider la lecture et ne doivent en aucun cas figurer sur la copie. Certains exemples doivent être développés à l’aide de vos connaissances.

Introduction

Le document 1 est un graphique concernant la dette américaine en pourcentage du PIB. Il illustre l’évolution de l’endettement américain depuis les années 1950. Le second document est un extrait d’un essai géopolitique paru en 2011. Ces documents permettent de rendre compte des évolutions de la place des États-Unis dans le monde depuis plus de 50 ans.

Une moindre influence des États-Unis ?

Ces documents illustrent l’idée du leadership amoindri des États-Unis.

1. Un pays endetté et essoufflé ?

  • L’évolution de la dette américaine illustre bien une économie américaine moins florissante que par le passé. Ainsi est-on passé d’un endettement représentant environ 180 % du PIB en 2002 à 244 % vers 2009-2010, soit une hausse supérieure à 50 %. Une analyse fine montre qu’il y a surtout un dérapage de la dette à partir de la fin des années 1990 et tout au long des années 2000.
  • Ces évolutions sont à mettre en relation avec la crise financière et bancaire (2008), qui est aussi celle de la dette. Elle illustre un État vivant au-­dessus de ses moyens (comme la majorité des Américains).

2. Une moindre mainmise sur les affaires du monde

  • Cet endettement est un des facteurs pouvant expliquer le « glissement de puissance » évoqué dans le document 2. Il est d’abord un déplacement du leadership économique mondial vers l’Asie, mais aussi vers d’autres espaces dont la vitalité économique est importante.
  • L’endettement, et la moindre portée de l’influence américaine, expliquent les diverses formes de dépendance que connaissent les États-Unis. Ainsi, pour financer leur dette, les États-Unis doivent emprunter à l’étranger, notamment auprès des « marchés émergents » (document 2). De ce fait, la Chine détient des milliards de dollars de dette américaine.

Les États-Unis restent une « hyperpuissance »

Bien que révélateurs d’un monde en mouvement et de « l’ascension des autres » (document 2), ces documents doivent être nuancés et il faut en montrer certaines limites ou en préciser certains aspects.

1. Des puissances multiples et une superpuissance

  • Il faut mettre ces documents en perspective. « Depuis 1991, nous vivons sous un imperium américain, un monde unique, unipolaire » : l’endettement des États-Unis n’a pas empêché ceux-ci de devenir une « hyperpuissance » après 1991 (effondrement de l’URSS). En effet, les États-Unis sont maintes fois apparus comme les « gendarmes du monde » (interventions en Irak, 1991 ; en Afghanistan, 2001).
  • À partir de 2001, les États-Unis ont même fait valoir de façon unilatérale leur vision du monde, notamment en réagissant aux attentats de New York. C’est surtout sous la présidence de G. W. Bush que l’unilatéralisme américain triomphe : les États-Unis interviennent sans l’aval de l’ONU et de leurs alliés (Irak, 2003) lorsqu’ils estiment leurs intérêts menacés.

2. Vers un monde multipolaire

  • Ainsi faut-il reconnaître que les États-Unis restent, pour longtemps, « une superpuissance unique » (document 2). Ce rôle a sa part de responsabilité dans l’endettement croissant des États-Unis. Les nombreuses interventions militaires (en Irak, en Afghanistan…), l’entretien d’un appareil militaire sans égal ont fortement grevé les finances étatsuniennes depuis les années 1990.
  • Cependant, parallèlement à l’affirmation de ce leadership, la croissance économique a été forte, voire très forte, dans un certain nombre de pays. Ce sont eux aujourd’hui – à l’instar de la Chine, du Brésil, de l’Inde – qui émergent et connaissent une accélération de leur développement et de leur richesse. Dans le contexte actuel de mondialisation, ce sont ces pays qui font valoir leurs intérêts à l’échelle mondiale.

Conclusion

La confrontation de ces documents est intéressante car elle révèle toute l’ambiguïté de la puissance américaine aujourd’hui. Complémentaires, ils illustrent bien les difficultés qui sont celles d’une puissance qui doit désormais compter avec les autres. Mis en perspective, ils donnent donc une vision nuancée du leadership américain actuel. Si les États-Unis restent un phare à l’échelle mondiale, ils ne sont plus les seuls. D’unipolaire, le monde est devenu vraiment multipolaire.