La formation des comportements politiques

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle ES | Thème(s) : La participation politique
Type : Sujet de spécialité | Année : 2016 | Académie : France métropolitaine


France métropolitaine • Juin 2016

sciences sociales et politiques • 20 points

La formation des comportements politiques

 Montrez que la socialisation joue un rôle dans la formation des comportements politiques (Sujet B).

DOCUMENT 1

La famille fixe les premiers repères politiques, et parfois pour longtemps. Nos parents ne sont pas sans compter dans la fabrique de nos choix politiques. Et l’histoire familiale, en ce domaine, est faite de davantage de ralliements que de ruptures. Une certaine continuité idéologique façonne la chaîne des générations. Les changements de camp entre la gauche et la droite […] ne concernent qu’une minorité. […]

L’accord renforce la cohésion sociale, assure une appartenance commune […]. La mémoire familiale, dans cette volonté de ralliement, joue un rôle essentiel. Elle a une fonction explicite de transmission. […] Être de gauche ou de droite comme ses parents donne non seulement la possibilité de s’inscrire dans une filiation, mais aussi de revendiquer celle-ci doublement, à la fois sur la scène publique et dans son monde privé […].

Si l’on se dispute, au moins ne faudra-t-il pas se départir1 d’un socle commun de valeurs qui lui ne peut être remis en cause.

Anne Muxel, Toi, moi et la politique, 2008.

1. Se séparer de quelque chose, y renoncer, l’abandonner.

DOCUMENT 2

Question : « Lorsqu’une discussion politique s’envenime à table en famille et que vous n’êtes pas d’accord avec ce qui est dit, que faites-vous le plus souvent ? »

Vous continuez la discussion pour défendre vos idées mais sans aller jusqu’à vous fâcher.

37 %

Vous continuez la discussion pour défendre vos idées même si cela doit vous conduire à vous fâcher.

8 %

Vous changez de sujet.

51 %

Vous quittez la table.

3 %

Ne se prononce pas.

1 %

Source : Cevipof, « Famille, amour, amis et politique », juin 2011.

Étude réalisée auprès d’un échantillon représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

Les clés du sujet

Entrer dans le sujet, définir les mots clés

Les comportements politiques renvoient à l’ensemble des actes politiques (voter, manifester, militer…).

La socialisation est le processus au cours duquel un individu apprend et intériorise tout au long de sa vie les normes et les valeurs de son groupe. Le sujet invite à étudier une partie de ce processus, la socialisation politique, qui concerne l’apprentissage et l’intériorisation de la culture politique.

Comprendre les documents

Document 1

Ce texte est un extrait d’un ouvrage d’Anne Muxel, paru en 2008, qui souligne le rôle déterminant de la famille, agent de socialisation primaire, dans la formation des attitudes politiques.

Document 2

Ce tableau présente les résultats d’une enquête, réalisée par le Cevipof en 2011, portant sur les discussions politiques en famille. Les données permettent d’illustrer le rôle de la socialisation familiale. Une majorité des personnes interrogées préfère éviter de se fâcher lors de désaccords, ce qui montre la volonté de ne pas être en « rupture » par rapport à sa famille.

Structurer sa réponse

Après avoir mis en évidence le rôle déterminant de la famille dans la formation des comportements politiques, on étudiera celui d’autres agents de socialisation primaire ou secondaire.

Corrigé

Corrigé

Introduction

La socialisation est le processus au cours duquel un individu apprend et intériorise tout au long de sa vie les normes et valeurs de son groupe. Elle contribue à la formation des choix et des comportements politiques, c’est-à-dire des actes politiques comme voter, manifester, militer. La famille joue un rôle déterminant dans cette transmission, mais d’autres instances de socialisation comme l’école, les pairs et le milieu professionnel ont également une influence.

Développement

La famille est une instance de socialisation primaire qui oriente durablement les attitudes et comportements politiques. Dans un cadre relationnel et affectif intense, elle va transmettre un système de valeurs qui peut donner « les premiers repères politiques » (document 1). Par exemple, dans les familles catholiques pratiquantes, les idéaux transmis et intériorisés dès l’enfance pourront être à l’origine de préférences idéologiques. Dans une famille dans laquelle les parents sont très militants et discutent beaucoup de politique, il peut sembler inconcevable pour leurs enfants de ne pas voter, quand ils ne militent pas eux-mêmes. À l’âge adulte, quand il pourrait y avoir des désaccords sur des discussions politiques, 51 % des individus préfèrent changer de sujet et seulement 11 % sont prêts à se fâcher ou quittent la table (document 2). La culture politique transmise par la famille reste souvent légitime, quelles que soient les expériences futures. L’héritage des choix politiques des parents est ainsi déterminant et les ruptures sont rares (document 1).

D’autres instances de socialisation primaire ou secondaire jouent aussi un rôle important. L’école, un autre agent de socialisation primaire, agit plus indirectement que la famille. Grâce aux programmes enseignés, elle va contribuer au capital culturel qui peut donner le sentiment de compétence en politique et in fine inciter à voter. Les relations qui se nouent entre pairs, pendant les études, peuvent influencer les comportements politiques, par exemple en faveur d’actions collectives contestataires. À l’âge adulte, les milieux professionnels porteurs d’une forte identité collective peuvent jouer un rôle similaire, confirmant ou infirmant des pratiques transmises par la famille.

Conclusion

Les comportements et attitudes politiques sont le résultat de processus de socialisation durant toute la vie. Si la socialisation familiale est déterminante, d’autres instances comme l’école et le milieu professionnel peuvent également les orienter, mais plus rarement les infléchir.