La France à la recherche d’un régime politique stable à la fin des années 1950

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle ES - Tle L | Thème(s) : Gouverner un Etat-nation : la France depuis 1946
Type : Etude critique de document(s) | Année : 2012 | Académie : Inédit
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet
 
La France à la recherche d’un régime politique stable à la fin des années 1950

L’échelle de l’État-nation

Corrigé

20

Histoire

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Sujet inédit

étude critique de documents

>Après avoir rappelé le contexte politique dans lequel se situent ces documents, montrez en quoi ceux-ci illustrent deux types d’organisation des pouvoirs au sein de la République française.

Document 1

L’instabilité gouvernementale
vue par le dessinateur Jean Effel


Dessin de Jean Effel paru dans L’Express, février 1955.

Document 2

De Gaulle présente son projet de Constitution

« Que le pays puisse être effectivement dirigé par ceux qu’il mandate et leur accorde la confiance qui anime la légitimité. Qu’il existe, au-dessus des luttes politiques, un arbitre national, élu par les citoyens qui détiennent un mandat public, chargé d’assurer le fonctionnement régulier des institutions, ayant le droit de recourir au jugement du peuple souverain, répondant, en cas d’extrême péril, de l’indépendance, de l’honneur, de l’intégrité de la France et du salut de la République. Qu’il existe un gouvernement qui soit fait pour gouverner, à qui on laisse le temps et la possibilité, qui ne se détourne pas vers autre chose que sa tâche, et qui, par là, mérite l’adhésion du pays. Qu’il existe un Parlement destiné à représenter la volonté politique de la nation, à voter les lois, à contrôler l’exécutif, sans prétendre sortir de son rôle. Que gouvernement et Parlement collaborent mais demeurent séparés quant à leurs responsabilités et qu’aucun membre de l’un ne puisse, en même temps, être membre de l’autre. Telle est la structure équilibrée que doit revêtir le pouvoir. Le reste dépendra des hommes. »

Discours prononcé par Charles de Gaulle
le 4 septembre 1958, place de la République à Paris.

Lire la consigne

  • Il s’agit de préciser les causes des faiblesses des institutions de la IVe République – notamment ici l’instabilité ministérielle – et de définir les principes à partir desquels le général de Gaulle entend instaurer un régime stable et durable.
  • Il faut d’abord revenir sur le contexte politique et historique qui permet d’éclairer chacun des documents.
  • Ensuite, vous devez expliquer les événements qui amènent la fin de la IVe République et l’avènement d’un nouveau régime que définit de Gaulle.
  • Enfin, le sujet invite à bien préciser ce qui différencie les deux systèmes politiques.

Observer les documents

  • Pour bien décrire et analyser un document, celui-ci doit être mis en relation avec un contexte historique précis qui pourra éclairer les intentions de l’auteur, expliquer tel ou tel élément important du document.
  • Repérez donc la date de réalisation du document concerné et tentez de la mettre en relation avec la situation historique dont il est issu.

Définir les axes de l’analyse

L’analyse du sujet et du corpus de documents incite à organiser votre réponse autour de trois axes, qui traiteront premièrement l’instabilité chronique de la IVe République ; deuxièmement la crise de mai 1958 qui est à l’origine de la fin de la IVe République ; et troisièmement la naissance de la nouvelle République.

I. La IVe République, un régime instable

II. La crise de mai 1958 et la fin de la IVe République

III. La Ve République : un nouveau système républicain pour la France

Rappels

  • Une caricature est un dessin, souvent critique, qui traite d’une actualité sur un ton humoristique.
  • Pierre Mendès-France est un homme politique français (1907-1982), plusieurs fois ministre sous la IVe République et président du Conseil entre juin 1954 et février 1955.
Corrigé

Les titres en couleurs servent à guider la lecture et ne doivent en aucun cas figurer sur la copie.

Introduction

[Accroche et présentation des documents] Le premier document est une caricature du dessinateur français Jean Effel (1908-1982). Paru dans la presse en février 1955, il dénonce l’instabilité ministérielle caractéristique de la IVe République. Le second document est une allocution officielle du général de Gaulle qui présente son projet de nouvelle Constitution lors de son retour au pouvoir en 1958.

[Présentation de la problématique et du plan] Ces documents permettent de confronter deux systèmes d’organisation des pouvoirs au sein de la République au cours des années 1950.

La IVe République, un régime instable

1. Un régime parlementaire…

  • Cette caricature relate une scène se déroulant au palais Bourbon, le siège de l’Assemblée nationale. Ce lieu n’est pas choisi au hasard : depuis 1946, son rôle est central au sein des institutions de la IVe République.
  • Comme l’atteste la représentation de Marianne qui incarne allégoriquement la République française, la France est redevenue une République après la guerre. Mais ses opposants sont nombreux (communistes, gaullistes) alors que la situation internationale (décolonisation, guerre froide) et le contexte d’après-guerre sont à l’origine d’une situation difficile dans la France des années 1950.

2. … à l’origine d’une vraie instabilité ministérielle

  • Ces caractéristiques expliquent que les majorités soient faibles et que les gouvernements aient une durée de vie limitée. Le dessin fait référence à la chute du gouvernement Mendès-France, ici tombé de son siège éjectable, après la reconnaissance de l’indépendance des anciens territoires de l’Indochine et la ratification des accords de Paris qui prévoient le réarmement de l’Allemagne et son intégration dans l’OTAN. Ces décisions le rendent alors très impopulaire dans l’opinion.
  • La mine du possible successeur désigné par Marianne, M. Pineau, en dit long sur l’incertitude qui règne quant à sa longévité à venir. Ainsi, le dessin évoque le destin d’autres présidents du Conseil (Pinay, Pflimlin) ayant connu des fortunes diverses. Entre 1946 et 1958, plus de 20 gouvernements se succèdent !

La crise de mai 1958 et la fin de la IVe République

1. La critique du régime parlementaire

  • La caricature illustre, en 1955, la méfiance d’une partie de l’opinion à l’égard du régime et de ses dérives. La faute en incombe au système parlementaire jugé incapable d’assurer la stabilité des institutions. Cet antiparlementarisme est une constante en France depuis la fin du xixe siècle : le Parlement, lors des crises que traverse la France (affaire Dreyfus, février 1934) est jugé responsable des maux du pays.
  • Ainsi de Gaulle, en 1958, propose de sortir de la logique parlementaire et insiste sur l’idée que le Parlement ne doit pas « sortir de son rôle ». En renforçant le rôle de l’exécutif, et notamment du président de la République, il entend rééquilibrer les pouvoirs afin que leur collaboration se fasse dans une stricte séparation de leurs responsabilités.

2. Le retour du général de Gaulle :
la mort annoncée de la IVe République

  • Les faits vont donner raison au général de Gaulle. L’instabilité gouvernementale dénoncée par Eiffel est à l’origine d’une crise profonde au moment où, à la faveur des événements d’Alger (mai 1958), les militaires refusent de reconnaître l’autorité de la métropole.
  • Sans gouvernement durant un mois, le président René Coty décide d’en appeler au « plus illustre des Français » (juin 1958). C’est en tant que président du Conseil que de Gaulle prononce donc l’allocution du 4 septembre 1958. Dans celle-ci, il propose aux Français d’en finir avec la IVe République. Il souhaite soumettre à référendum son projet de nouvelle Constitution. Le 28 septembre 1958, le « oui » l’emporte avec plus de 82 % des suffrages exprimés

La Ve République :
un nouveau système républicain pour la France

1. Ouvrir une nouvelle page de l’histoire de la République française

  • La date du discours n’est pas choisie par hasard, puisqu’elle fait référence à la proclamation de la IIIe République le 4 septembre 1870. Ce faisant, de Gaulle s’inscrit pleinement dans l’histoire républicaine de la France.
  • Dans son allocution, de Gaulle insiste sur l’idée qu’il agit au nom de la « volonté politique de la nation ». Plus d’une fois, il rappelle d’ailleurs que les institutions, comme les élus, ne tiennent leur mandat que grâce à la volonté nationale et citoyenne.
  • La répétition de « Qu’il existe » insiste sur sa fermeté et sa conviction d’établir une nouvelle République idéale, qui n’« existe » pas encore. Les critiques sont également vives vis-à-vis du projet gaullien (Mitterrand, Mendès-France). Elles dénoncent ce renforcement de l’exécutif et le risque d’une conception personnelle du pouvoir.

2. Une stricte séparation des pouvoirs

  • De Gaulle prend bien soin d’expliquer comment il compte en finir avec l’instabilité gouvernementale de la défunte IVe République. La clé de voûte de la Constitution, « l’arbitre national », est le président de la République. Celui-ci est au-dessus des luttes des partis politiques et doit assurer la pérennité des institutions du pays (« fonctionnement régulier »).
  • De même, le gouvernement n’est plus lié directement à l’Assemblée nationale. Désormais le chef de l’État, tenant compte de la majorité parlementaire, nomme et révoque le gouvernement. L’Assemblée, qui représente l’opinion de la nation, n’a plus de prise directe sur l’exécutif, même si son rôle reste central.

Conclusion

[Bilan et réponse] Ces deux documents relatent bien ce moment particulier de l’histoire politique de la France. Ils mettent face à face deux logiques institutionnelles qui se succèdent mais qui en fait s’opposent depuis les lendemains du second conflit mondial. Dès 1946, de Gaulle appelait à un régime où l’exécutif primerait sur le législatif (discours de Bayeux).

[Ouverture]  Depuis 1958, la France vit sous le régime de la Ve République qui a su s’adapter à l’évolution politique du pays.