La gouvernance économique mondiale depuis 1944

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle ES - Tle L | Thème(s) : Gouverner à l'échelle mondiale : la gouvernance économique depuis 1944
Type : Composition | Année : 2014 | Académie : France métropolitaine
Corpus Corpus 1
La gouvernance économique mondiale depuis 1944

L’échelle mondiale

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Histoire

27

Pondichéry • Avril 2015

composition

Les clés du sujet

Analysez le sujet

Les termes du sujet

 

Terme

Définition

gouvernance

Action de gouverner. Le terme invite à définir les outils (institutions, monnaies, réglementations, etc.) permettant aux chefs d’États d’agir.

économique

Le terme renvoie aux outils monétaires (devises, système de change, etc.), financiers (banques, capitaux, etc.) et commerciaux (taxes douanières, communautés économiques, etc.).

1944

La date correspond aux accords de Bretton Woods qui fixent le système monétaire international d’après guerre pour le bloc de l’Ouest ; en contrepoint, il faut penser au CAEM fondé en 1949 pour le bloc de l’Est.

 

La problématique

Le sujet invite à décrire les institutions qui régissent les échanges économiques mondiaux. Son inscription dans la longue durée oblige à étudier son évolution en fonction des contextes historiques successifs. La problématique revient ainsi à poser la question : en quoi la gouvernance économique mondiale a-t-elle changé ? Peut-on dire qu’elle reflète l’évolution des relations internationales ?

Utilisez les mots justes

  • Le sujet implique de maîtriser un vocabulaire économique spécifique. Distinguez bien :
  • système monétaire (qui définit les parités entre les monnaies), tarifs douaniers (mode de taxation des produits échangés), réglementation (lois organisant les échanges) et régulation (modalités d’intervention des États dans l’économie) ;
  • interventionnisme (ingérence d’un État dans l’économie) et protectionnisme (système protégeant une économie nationale) ;
  • multilatéralisme (organisation des relations entre États prenant en compte les intérêts de chacun) et unilatéralisme (organisation en fonction des intérêts d’un seul) ;
  • marché commun (espace économique libre de droits) et union douanière (espace économique sans frontières).
  • Les sigles renvoient à des institutions précises : la CEE n’est pas l’UE ; le GATT n’est pas l’OMC ; en revanche CAEM et COMECON sont deux sigles désignant la même organisation.
  • Attention, le G7 compte bien 7 États mais le G20 n’en comprend que 19 auxquels s’ajoute l’Union européenne.

Évitez les pièges

  • Si vous êtes en terminale ES, faites attention à ne pas produire un devoir d’économie. Le plan chronologique doit vous aider à replacer les notions économiques dans des contextes historiques précis. N’hésitez pas, en revanche, à définir rapidement les notions que vous utilisez.
  • La date de 1944 attire l’attention sur les accords de Bretton Woods. Cela ne vous autorise pas à réduire le sujet au seul système de gouvernance occidental. N’oubliez pas d’évoquer le modèle socialiste jusqu’en 1991.
  • Ne vous enfermez pas dans un devoir théorique. Valorisez votre copie en multipliant les exemples mettant les institutions en situation.
Corrigé
Corrigé

Ce corrigé est proposé sous forme de plan détaillé.

Introduction

[Contexte] En 1944, la victoire des Alliés sur les forces de l’Axe se profile. Les futurs vainqueurs réfléchissent à l’après-guerre, et des institutions sont arrêtées lors de la conférence de Bretton Woods.

[Problématique] Quelle gouvernance économique est-elle alors mise en place et comment celle-ci évolue-t-elle jusqu’à nos jours ?

[Annonce du plan] Plusieurs étapes s’en dégagent : celle de la reconstruction et des Trente Glorieuses (1944-1971), celle de la crise jusqu’à la fin de la guerre froide (1971-1991), puis celle de la mondialisation (1991 à nos jours).

I. 1944-1971, une gouvernance partagée dans le cadre de la guerre froide

1. Le système de Bretton Woods, reflet de la domination américaine

Info

Le Britannique John Maynard Keynes proposait quant à lui une gouvernance mondiale.

  • Deux visions s’opposent en 1944. Celle de l’Américain Harry Dexter White, qui propose un retour au Gold Exchange Standard fondé sur le dollar, s’impose. Présente à Bretton Woods, l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) refuse quant à elle d’adhérer au système.
  • Seule monnaie à garder une parité fixe en or, le dollar devient monnaie de réserve internationale.
  • De nouvelles institutions voient le jour : le Fonds monétaire international (FMI) veille à la stabilité des monnaies entre elles ; la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) aide à l’effort d’après guerre. Enfin, en 1947, le General Agreement on Tariffs and Trade (GATT) vise à réduire les taxes douanières pour favoriser les échanges.

2. Le contre-modèle soviétique, une gouvernance « socialiste »

  • L’URSS refuse le plan Marshall conçu comme une arme économique pour contrer l’expansion du communisme. Elle impose ce refus à ses alliés.
  • Sur les fondements du socialisme, l’URSS crée en 1949 un système de coopération économique pour les pays du bloc de l’Est : le Conseil d’aide économique mutuelle (CAEM) vise à harmoniser les plans des pays « frères ».

3. Les systèmes concurrents permettent la reconstruction

  • La stabilité des taux de change favorise la reconstruction de l’Europe de l’Ouest. L’Occident connaît une période de prospérité : les Trente Glorieuses. De son côté, le CAEM fait front et les pays du camp socialiste reconstruisent les bases de leur développement.

Info

La Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA) en fut le laboratoire dès 1951.

  • Par le traité de Rome en 1957, six États d’Europe créent une Communauté économique européenne (CEE). Des programmes de coopération se mettent en place sous le contrôle d’institutions plus ou moins supranationales.
  • Malgré leur volonté affichée à la conférence de Bandung en 1955 de former un tiers bloc, les pays décolonisés s’alignent sur les modèles existants.

[Transition] De 1944 à 1971, deux systèmes rivalisent et se partagent le monde en deux blocs économiques. Mais l’évolution du contexte mondial les rend moins légitimes.

II. 1971-1991, une gouvernance bipolaire en crise

1. La fin du système de Bretton Woods

  • Sous la double pression d’un déficit chronique de la balance des paiements américaine et de la demande de la France de convertir ses dollars en or, le système monétaire se dérègle. Le président américain Richard Nixon décide de suspendre la convertibilité or du dollar en 1971.

Info

La conférence de la Jamaïque en 1976 met un terme au système de change à taux fixes.

  • Le choc pétrolier de 1973 et l’absence de système monétaire stable freinent les échanges et ralentissent la croissance mondiale.
  • Les pays les plus riches mettent en place le G6 (puis le G7) pour tenter de trouver des solutions à la crise. Le FMI est reconverti en fonds d’aide aux pays en difficulté.

2. L’émergence d’un monde de moins en moins bipolaire

  • Le monde socialiste éclate en pôles rivaux. La Chine rompt ses liens avec l’URSS ; bien que communiste, la Yougoslavie a plus d’échanges avec l’Ouest qu’avec le CAEM. Le modèle socialiste ne répond pas aux besoins des populations et il finit par s’effondrer en 1991.
  • L’Europe s’affirme comme modèle régional. En 1979, elle adopte le système monétaire européen (SME) – qui donne naissance à l’écu – puis, en 1986, se transforme en union douanière.
  • De nouveaux acteurs dotés de puissants moyens apparaissent : les pétromonarchies qui contrôlent les ressources énergétiques, les firmes transnationales (FTN) qui contournent les contraintes des États, les paradis fiscaux qui concentrent les capitaux.

[Transition] Le modèle occidental s’est adapté, le soviétique n’a pas su le faire. De 1971 à 1991, la gouvernance économique se recompose pour faire face aux nouveaux enjeux de la mondialisation. Quelle gouvernance depuis 1991 ?

III. 1991 à nos jours, une gouvernance mondialisée

1. L’unification économique d’un monde recomposé

Info

En 1979, Deng Xiaoping déclare que les techniques du capitalisme ne sont pas l’apanage de l’Occident.

  • Victorieux, le capitalisme s’étend à toute la planète. Sous le nom de « socialisme de marché », la Chine s’y convertit discrètement. La Russie entre au FMI en 1992.
  • De nouvelles problématiques (réchauffement planétaire, pollutions, etc.) obligent à repenser les relations internationales sur de nouvelles bases de concertation.
  • L’émergence de nouveaux acteurs – en particulier les pays émergents – et la multiplication des communautés régionales – Union européenne (UE), Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) ou encore Marché commun du Sud (Mercosur) – changent la donne.

2. De nouvelles instances au service de la mondialisation

  • Le GATT se transforme en Organisation mondiale du commerce (OMC) en 1994, laquelle reçoit pour mission de réguler les échanges.

Info

En 2001, le refus du FMI d’accorder un prêt à l’Argentine provoque la faillite de ce pays.

  • Multilatérale, l’OMC ne parvient pas à contenir les crises. Pour y palier, le G7 s’étend à la Russie (G8).
  • La crise financière de 2008 impose au monde un élargissement de la gouvernance mondiale aux pays émergents et aux puissances pétrolières. Le G20 – qui intègre aussi la Chine – instaure une gouvernance plus représentative.

3. De nouvelles problématiques et remises en cause

  • Le triomphe du néolibéralisme aide à la croissance mondiale mais creuse les inégalités entre États et en leur sein.
  • Les grands défis planétaires (lutte contre le réchauffement climatique, pollutions, terrorisme, etc.) nécessitent toujours plus de capitaux et d’entente sur leurs usages.
  • L’impatience des plus démunis suscite des critiques et donne naissance à des mouvements altermondialistes qui n’hésitent pas à s’opposer, comme à Seattle en 1999 contre l’OMC.

Conclusion

[Bilan] Depuis 1944, la gouvernance économique mondiale a été le reflet des mutations du monde. Les grands leaders économiques ont adapté les outils à un monde économiquement plus homogène mais politiquement éclaté.

[Ouverture] Les défis n’en restent pas moins colossaux. Les dirigeants du xxie siècle sauront-ils y faire face ?