La guerre d’Algérie vue de France : entre mémoire et histoire

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle S | Thème(s) : Les mémoires : lecture historique
Type : Composition | Année : 2014 | Académie : Inédit
 
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet
 
La guerre d’Algérie vue de France : entre mémoire et histoire
 
 

Les mémoires : lecture historique

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Histoire

3

CORRIGE

 

Sujet inédit

composition

  • Le sujet ne couvre pas tout à fait à l’ensemble de l’étude L’historien et les mémoires de la guerre d’Algérie : vous ne devez retenir que le point de vue français.
  • En revanche, les limites temporelles correspondent à ce que vous avez étudié en cours : elles s’étendent de la fin du conflit algérien (accords d’Évian, mars 1962) à nos jours (50e anniversaire de la fin de la guerre).
  • Cette période étant de longue durée, vous pouvez opter pour un plan chronologique qui mettra en évidence les différentes étapes d’une évolution.
Corrigé

Définir la problématique d’une composition en histoire

1 La problématique est la question qui sert de fil conducteur à votre développement. Elle doit mettre en évidence le problème de fond soulevé par le sujet, à la lumière de vos connaissances.

2 Elle s’articule autour des mots clés du sujet : ici, « mémoire » et « histoire ». Elle doit aussi rappeler les bornes spatiales (la France) et temporelles (des accords d’Évian au 50e anniversaire de la fin de la guerre) du sujet.

3 Attention, la problématique ne doit pas se confondre avec l’annonce des différentes parties du plan. C’est pourquoi vous devez vous limiter à une unique question. Voici une problématique possible pour ce sujet : comment en France, des accords d’Évian à nos jours, la guerre d’Algérie devient-elle, au-delà de ses mémoires, un objet d’histoire ?

Les titres en couleur servent à guider la lecture et ne doivent en aucun cas figurer sur la copie.

Introduction

 

Définition

La mémoire désigne l’ensemble des souvenirs d’une communauté, liée à une expérience collective.

[Accroche] En 2004, les historiens Benjamin Stora et Mohammed Harbi publient La guerre d’Algérie, 1954-2004 : la fin de l’amnésie. Dans cet ouvrage, ils font la synthèse des connaissances sur le conflit et montrent de quelle façon s’en sont construites les mémoires.

[Problématique et annonce du plan] Leur démarche soulève la question suivante : comment en France, des accords d’Évian à nos jours, la guerre d’Algérie devient-elle, au-delà de ses mémoires, un objet d’histoire ? Pour y répondre, nous distinguerons trois périodes : les années 1960-1970, marquées par l’occultation volontaire du conflit ; les années 1980-1990, caractérisées par le réveil des mémoires et les débuts d’une recherche historique ; les années 2000, où s’entrechoquent « déferlement mémoriel » et travaux historiques.

I. Une occultation volontaire (années 1960-1970)

1. Un conflit qui a fragilisé la nation

  • Après la défaite en Indochine (1954), la perte de l’Algérie (1962) montre le recul de la puissance française dans le monde de l’après-guerre.
  • Au cours de la guerre d’Algérie, la généralisation de la répression et l’usage de la torture pour lutter contre l’insurrection déclenchée par le FLN ont remis en cause les valeurs fondamentales de la République.
  • Le contexte de la guerre froide a divisé l’opinion publique entre volonté de défendre l’intérêt national et soutien au droit des peuples à l’autodétermination.
  • Le cessez-le-feu décidé par les accords d’Évian a entraîné le départ précipité des pieds-noirs et des harkis vers la métropole et la recrudescence des actions terroristes de l’OAS.

2. Une amnésie officielle

  • La priorité du président de Gaulle, qui souhaite libérer le pays du « fardeau algérien », est de faire de la France une grande puissance. Cela implique de faire oublier les divisions et les échecs du passé.
  • Ainsi, en 1968, une loi d’amnistie permet à des activistes de l’OAS de sortir de prison ou de rentrer d’exil. En revanche, les rapatriés d’Algérie et les harkis ne parviennent pas à se faire entendre.
 

Info

Henri Alleg est un journaliste français, militant communiste engagé aux côtés du FLN durant la guerre d’Algérie.

  • Les voix discordantes sont étouffées. Le livre d’Henri Alleg (La Question) dénonçant l’usage de la torture par l’armée française est interdit depuis 1958. Le film de Gillo Pontecorvo, La Bataille d’Alger (1966), qui dénonce la brutalité de l’armée française, est retiré des écrans en 1970. Cependant, après mai 1968, des films anticolonialistes remportent un succès relatif (ex. : R.A.S. d’Yves Boisset en 1973).

II. Le réveil des mémoires (années 1980-1990)

1. Un nouveau contexte

  • Les années 1980 sont marquées par les succès électoraux du Front national, nostalgique de l’Algérie française et hostile à l’immigration. Ils réactivent les tensions liées au conflit algérien.
  • Sous l’influence de la deuxième génération, les groupes porteurs de mémoire revendiquent une prise en compte de leurs droits : les harkis, d’abord regroupés dans des camps de transit, puis dans des cités d’accueil, dénoncent leurs conditions de vie et le manque de reconnaissance nationale ; les pieds-noirs réclament un statut de victimes ; les enfants d’immigrés algériens dénoncent le racisme qu’ils subissent.

2. Un intérêt tardif

  • Le grand public se passionne pour la guerre d’Algérie. Ainsi, le roman policier de Didier Daeninckx, Meurtres pour mémoire, consacré à la répression du 17 octobre 1961, remporte un grand succès.
 

Attention !

Le sujet porte non seulement sur les mémoires de la guerre d’Algérie, mais aussi sur la prise en compte du conflit par les historiens.

  • La guerre d’Algérie devient aussi un objet d’histoire. En 1983, elle est abordée pour la première fois dans les programmes de lycée. En 1988, un premier colloque universitaire lui est consacré. Dans son sillage, de nombreux historiens, comme Jean-François Sirinelli ou Benjamin Stora, entreprennent des recherches sur la question.
  • Cependant il existe encore des obstacles au travail des historiens. Les archives publiques de la guerre d’Algérie restent inaccessibles jusqu’en 1992. Par ailleurs, on parle toujours officiellement d’« événements », non de guerre d’Algérie.

III. Vers une histoire des mémoires (depuis les années 2000)

1. La « fin de l’amnésie » officielle

  • En 1999, l’Assemblée nationale vote une loi reconnaissant le terme « guerre d’Algérie » : la France peut enfin regarder son passé en face.
  • En 2003, le président de la République Jacques Chirac décide de fixer au 5 décembre une journéed’hommage national aux morts pour la France en Afrique du Nord (incluant les harkis). Un mémorial leur est consacré dès 2002 au quai Branly à Paris.

2. L’entrée des mémoires dans le débat public

  • En 2000, dans les colonnes du journal Le Monde, le général Aussaresses justifie l’usage de la torture et affirme que le gouvernement était au courant. Son article provoque un regain d’intérêt pour l’histoire du conflit.
  • En 2005, un article de loi demande aux enseignants de présenter « le rôle positif » de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord. Face à l’indignation qu’il suscite, en particulier dans les milieux enseignants et universitaires, Jacques Chirac demande qu’il soit retiré.
  • En 2010, la projection du film Hors-la-loi de Rachid Bouchareb lors du festival de Cannes fait l’objet d’une violente polémique. Les pieds-noirs, soutenus par certains hommes politiques de droite, lui reprochent de donner une vision partiale de la répression des émeutes de Sétif (8 mai 1945).

3. Une histoire renouvelée

 

Info

D’ordinaire, la loi de 1979 sur les archives publiques impose un délai de 60 ans pour la consultation des documents classés « secret défense ».

  • En 2001, une circulaire de Lionel Jospin, alors Premier ministre, facilite l’accès aux archives en relation avec la guerre d’Algérie. En 2008, une loi réduit encore les délais.
  • Les historiens disposent alors de sources variées et intègrent à leurs travaux l’étude des mémoires. Benjamin Stora, pionnier en la matière, est suivi par des universitaires comme Guy Pervillé ou Raphaëlle Branche.

Conclusion

[Réponse à la problématique] Ainsi, vue de France, la guerre d’Algérie voit son statut se transformer de 1962 à nos jours : durant les années 1960-1970, elle fait d’abord l’objet d’un refoulement, encouragé par l’État ; puis, dans les années 1980-1990, ses mémoires s’expriment en même temps que son histoire commence à s’écrire ; enfin, depuis 1999, année de reconnaissance officielle, on assiste à un choc des mémoires qui nourrit aussi le travail des historiens.

[Ouverture] Du côté algérien, c’est toujours une mémoire officielle et monolithique du conflit qu’impose le FLN au pouvoir. En effet la « guerre de libération » reste un ciment de l’unité nationale.