La lecture de romans a-t-elle, selon vous, comme fonction principale de faire rêver et s’évader le lecteur ?

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Annales corrigées
Classe(s) : 1re ST2S - 1re STI2D - 1re STL - 1re STMG | Thème(s) : Le roman et ses personnages : visions de l'homme et du monde
Type : Dissertation | Année : 2015 | Académie : Polynésie française
Corpus Corpus 1
Le roman évasion

Le roman évasion • Dissertation

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Le roman

7

Polynésie française • Juin 2015

Le personnage de roman • 14 points

Dissertation

> La lecture de romans a-t-elle, selon vous, comme fonction principale de faire rêver et s’évader le lecteur ? Vous répondrez à cette question dans un développement argumenté qui s’appuiera sur les textes du corpus, les œuvres étudiées en classe et vos lectures personnelles.

Les clés du sujet

Comprendre le sujet

  • « fonction » signifie : rôle, utilité, but.
  • « s’évader » et « rêver » suggèrent un prolongement : s’évader de quoi : de la réalité, du monde qui nous entoure ? « rêver » de quoi : d’ailleurs, d’un autre monde ?
  • Il s’agit de parler du rapport entre l’imagination d’une part et la réalité d’autre part.
  • « (fonction) principale » suggère que le roman peut avoir d’autres fonctions.
  • Reformulez la problématique : Les romans doivent-ils avant tout favoriser l’évasion et le rêve ?
  • Subdivisez la problématique en sous-questions, en variant les mots interrogatifs :
  • Le romancier doit-il faire rêver le lecteur ? Le roman est-il évasion ? rêve ? est-il fiction/imagination ? Quelle doit être la part d’imagination dans le roman ?En quoi le roman permet-il de s’évader ?Quel type d’évasion ?
  • Le romancier doit-il nous faire découvrir le réel qui nous entoure ? En quoi le roman permet-il de mieux voir la réalité ? Le roman ne part-il pas du réel ? Quelle(s) réalité(s) le roman reproduit-il : la réalité apparente ? la réalité profonde ? la réalité des choses ? des sentiments ? de l’être profond ? Pourquoi/Comment le roman reproduit-il/dévoile-t-il la réalité ? En quoi/Comment le roman explore-t-il ou éclaire-t-il ce qui est caché ?
  • Élargissement suggéré par le sujet : évasion ou réalité : est-ce une vraie alternative ? Ces deux fonctions sont-elles incompatibles ? Le roman n’a-t-il pas d’autres fonctions ? lesquelles ?

Chercher des idées

  • En amont, vous devez vous interroger sur ce que le lecteur cherche dans la lecture d’un roman, ce qui suscite son intérêt (action, émotion, pouvoir d’identification, incitation à la réflexion…).

Les exemples

  • Cherchez des romans qui proposent une évasion :
  • par le voyage dans le temps : La Princesse de Clèves, de Mme de La Fayette), Quatrevingt-treize, de Hugo, ou dans l’espace (La Condition humaine ou L’Espoir, de Malraux) ;
  • par la fantaisie : Les Fleurs bleues, de Queneau ; L’Écume des jours, de Vian ; La Ferme des animaux, de Orwell ;
  • par l’irrationnel (romans de science-fiction) : 1984, de Orwell.
  • Cherchez des romans qui « parlent » de la vie réelle :
  • en reconstituant une époque et une société de façon réaliste : les romans de Balzac (La Comédie humaine) et les textes du corpus ;
  • en rendant compte des fluctuations de l’âme humaine : La Princesse de Clèves, de Mme de La Fayette ; Madame Bovary, de Flaubert ;
  • en analysant le monde de façon scientifique : les romans naturalistes, notamment ceux de Zola ;
  • en abordant les maux du monde : romans de Zola (l’oppression sociale).

Le vocabulaire pour mieux rédiger

Pour éviter de répéter les mots « s’évader »/« rêver » (divertir ; imaginaire ; fiction, fictif ; dépayser, dépaysement…) et « réel/réalité » (quotidien ; familier ; commun ; coutumier ; habituel…), constituez-vous une « banque » de mots de chacun de ces deux champs lexicaux.

>Pour réussir la dissertation : voir guide méthodologique.

>Le roman : voir mémento des notions.

Corrigé
Corrigé

Les exemples dans ce corrigé sous forme de plan sont seulement mentionnés ; exercez-vous à alimenter ce plan d’exemples personnels et à les rédiger.

Les titres en couleur et les indications entre crochets servent à guider la lecture mais ne doivent pas figurer sur la copie.

Introduction

[Amorce] Il est difficile de définir les fonctions du roman, genre aux formes multiples, de cerner ses rapports avec la réalité. [Problématique] Quelles sont les fonctions du roman ? [Annonce du plan] Nous faire échapper au réel [I] ? Nous ouvrir les yeux sur la vie [II] ? Dépassement de cette opposition apparente : les autres fonctions du roman [III].

I. Intérêt du roman qui nous fait « échapper à la réalité », le roman évasion

1. Le roman est fiction, donc évasion

  • Le roman nous fait forcément échapper à la réalité car il est fiction.
  • « C’est du roman », expression populaire qui veut dire : cela n’a rien de réel, c’est de la fantaisie.
  • On attend d’un roman qu’il nous distraie de notre quotidien. L’espace de quelques heures, le roman joue le rôle d’écran entre le lecteur et la vraie vie.

2. Quels types d’évasion ? Par quels moyens le roman permet-il de s’évader ?

  • Par le cadre spatiotemporel : romans historiques (un autre monde) : Ivanhoé, de Walter Scott ; Quatrevingt-treize, de Hugo ; Le Nom de la rose, d’Umberto Eco.
  • Par le choix du héros : personnages hors du commun qui accomplissent des exploits ou qui ont des qualités extraordinaires et suscitent notre admiration : Le Comte de Monte-Cristo, de Dumas.
  • Par l’intrigue : en plongeant le lecteur dans le suspense : les romans policiers où le lecteur devient enquêteur et essaie d’élucider le mystère.

3. Les modes de transformation de la réalité

  • L’embellissement, qui fait rêver : romans sentimentaux « à l’eau de rose », qui suppriment toute notion de malheur, de contingences, et présentent une fin invariablement heureuse (rappelant les contes de fées). Ils nourrissent l’imaginaire d’illusions, « divertissent » au sens où l’entend Pascal (font oublier la réalité et peut-être la mort) [exemples].
  • La fantaisie : un monde où se passent des événements étranges : dans Les Fleurs bleues, Queneau mélange toutes les époques ; dans l’Écume des jours (Boris Vian), les animaux parlent, les objets s’animent, un nénuphar pousse dans la poitrine de Chloé.
  • Le merveilleux, qui plonge le lecteur dans un monde irréel : romans fantastiques : œuvres de Tolkien, la saga Harry Potter ; science-fiction : Verne, Vingt Mille Lieues sous les mers.
  • L’humour : Trois hommes dans un bateau, de Jérôme K. Jérôme…

Conseil

Les parties dans une dissertation ne doivent pas être juxtaposées, mais suivre un fil logique grâce aux transitions qui comportent une conclusion partielle de la partie précédente et une brève annonce de la suivante.

[Transition] « Une des fonctions du roman est donc bien de satisfaire un désir, légitime, de rêve et d’évasion. Mais est-ce uniquement cela que les lecteurs recherchent dans le roman ? La lecture d’un roman permet aussi de voir le réel et de connaître le sens de notre vie et des vies de ceux qui nous entourent et que l’hébétude du quotidien nous masque. » (Jean Guitton.)

II. Pourquoi et comment le roman doit-il reproduire la réalité et nous permettre de mieux comprendre la vie ?

1. Par sa nature même et par sa variété

  • Le roman prend ses racines dans le réel : « Un roman, c’est un miroir qu’on promène le long d’un chemin » (Stendhal).
  • La variété des expériences permet de « voir » les bons et les mauvais côtés de la vie. Balzac explique comment il compose ses personnages : « Souvent il est nécessaire de prendre plusieurs caractères semblables pour arriver à en composer un seul […]. La littérature se sert du procédé qu’emploie la peinture, qui […] prend les mains de tel modèle, le pied de tel autre, la poitrine à celui-ci, les épaules de celui-là. » (Avant-propos de La Comédie humaine.)
  • Le roman se situe dans un cadre vaste et multiple et s’inscrit dans la durée : il présente un monde, une société tout entière. Il permet alors de comprendreet de critiquer les rouages de la société.

2. Par le choix des personnages et la multiplication des points de vue qui en découle

  • Les personnages sont souvent des êtres communs (L’Enfant, de Vallès +autres exemples) que l’on pourrait rencontrer dans la vie.
  • Cela permet l’identification : le lecteur se reconnaît dans les personnages (La Promesse de l’aube, de Romain Gary +autres exemples).
  • Cela permet la multiplication des points de vue :
  • à travers les personnages : le lecteur appréhende la vie par le regard d’un autre [exemples personnels] ;
  • à travers le temps : le roman d’apprentissage (Le Rouge et le Noir, de Stendhal) ouvre les yeux du personnage mais aussi du lecteur qui comprend l’évolution du personnage.

3. Ainsi, le roman permet de mieux comprendre la vie. Mais de quelle vie s’agit-il ?

  • D’abord de la nôtre : psychologie (émotions, sentiments, personnalité) ; tourments de l’amour (Le Rouge et le Noir, Madame Bovary, textes du corpus…), mais aussi rapports familiaux (Le Père Goriot, de Balzac…). Ainsi, pour le lecteur, la lecture d’un roman est recherche de soi-même.
  • Mais aussi de celle de ceux qui sont différents de nous : les autres âges (regard sur les adultes, sur les personnes âgées…) ; les autres milieux (la mine dans Germinal, de Zola) ; les autres pays (Balzac et la petite tailleuse chinoise, de D. Sijie).
  • Il permet de découvrir les complexités de l’âme humaine, de s’interroger et, ainsi, de mieux comprendre nos comportements et ceux des autres (L’Étranger, de Camus).

Info

Constituez-vous une « réserve » de citations d’auteurs en relation avec l’objet d’étude (ici, le roman), qui vous serviront d’arguments d’autorité pour vos dissertations ou votre entretien à l’oral.

• Il permet aussi la réflexion philosophique sur la vie (La Peste, de Camus) ; comme l’affirme Zola, « toute l’opération consiste à prendre des faits dans la nature, puis à étudier le mécanisme des faits […] Au bout il y a la connaissance de l’homme […] dans son action individuelle et sociale ».

III. Ces deux fonctions ne s’opposent pas nécessairement. D’autres fonctions ?

1. En échappant à la réalité, on l’éclaire ; quand on croit la reproduire, on s’en éloigne…

  • En nous éloignant de la réalité, le roman ment mais nous fait voir plus vrai que le vrai : l’illusion, la fiction est au service de la réalité (« Le roman est l’art du mentir-vrai », Aragon).

Exemple : Le Rouge et le Noir n’est pas la réalité, mais il a pour sous-titre « Chronique de 1830 ».

  • Même un monde totalement fantaisiste nous « ouvre les yeux sur la vie » : par comparaison, notamment, avec notre vie. La dimension didactique du roman « irréaliste » : 1984, de George Orwell, est une sorte d’apologue qui éclaire notre société.
  • Cependant, la déformation est inévitable : « On croit dire le vrai de sa vie, mais dès que l’on y réfléchit, on s’aperçoit que tout récit, même le plus intime, a une forme obligée de fiction » (Forest) [exemples personnels].

2. Allier les deux fonctions ?

Certains romans remplissent les deux fonctions : La Princesse de Clèves (évasion dans le temps, mais image des tourments de l’amour), Quatrevingt-treize (dépaysement historique, mais réalité historique et aspect documentaire) ; 1984, de George Orwell, Fahrenheit 451, de Ray Bradbury (science-fiction, mais aussi, indirectement, peinture de notre monde).

3. Ce sont là deux fonctions du roman, mais il peut y en avoir d’autres…

  • Le roman engagé qui sert d’arme, qui est action : L’Espoir, de Malraux ; La Ferme des animaux, de George Orwell.
  • Le roman qui illustre une thèse, le roman qui pose des questions : Voyage au bout de la nuit, de Céline ; À la recherche du temps perdu, de Proust.

Conclusion

Finalement, tout lecteur trouve dans le roman de quoi satisfaire ses attentes : un moyen d’évasion (« divertissement ») pour les uns, un moyen de mieux voir et comprendre la vie et le monde pour les autres. C’est en cela qu’on peut, paradoxalement, le rapprocher de la poésie… Mais, quand le lecteur se plonge dans un « bon roman », se pose-t-il ces questions théoriques ?