La mort du personnage principal est-elle nécessaire à la fin d’un roman ?

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Annales corrigées
Classe(s) : 1re STI2D - 1re STMG - 1re ST2S - 1re STL | Thème(s) : Le roman et ses personnages : visions de l'homme et du monde - La dissertation littéraire
Type : Dissertation | Année : 2012 | Académie : Polynésie française
 
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet & Corrigé
 
Les fins de roman
 
 

Les fins de roman • Dissertation

Le roman

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Polynésie française • Juin 2012

Le personnage de roman • 14 points

Dissertation

> La mort du personnage principal est-elle, d’après vous, nécessaire à la fin d’un roman ?

Vous développerez votre argumentation en prenant appui sur les textes du corpus ainsi que sur les textes étudiés en classe ou lus de façon personnelle.

Comprendre le sujet

  • Le sujet est axé sur les fins de roman.
  • La question mentionne une façon de finir un roman : la mort du personnage principal. Mais la forme interrogative « est-elle » et l’adjectif « nécessaire » suggèrent, en présupposé, que le romancier peut ne pas faire mourir son personnage et qu’il y a d’autres façons de clore un roman.
  • Attention : il faut réfléchir à la mort du personnage principal et non des personnages secondaires.
  • La formulation « est-elle, d’après vous… » implique une discussion possible et un plan dialectique qui dépasse cette alternative.
  • Reformulez le sujet avec vos propres mots : « Un romancier doit-il obligatoirement faire mourir son personnage principal ? »

Chercher des idées

  • Subdivisez cette question en sous-questions, variez les mots interrogatifs :
  • « Pourquoi faire mourir le personnage principal ? » ; « Quel intérêt présente un roman dont le héros meurt ? » ; « Qu’apporte la mort du personnage principal à la fin d’un roman ? »
  • « Quelles autres fins peut proposer un romancier ? » ; « Pourquoi ne pas faire mourir le personnage principal ? » ; « Quels inconvénients y a-t-il à faire mourir son personnage ? »
  • Essayez de dépasser ces deux solutions extrêmes en réfléchissant à la notion de personnage principal, aux autres possibilités qui s’offrent au romancier pour finir son roman, à l’existence de recettes pour écrire un roman.
  • Faites une liste d’exemples :
  • de romans où le personnage principal meurt. xviie siècle : La Princesse de Clèves (Mme de Lafayette), Don Quichotte (Cervantès) ; xviiie siècle : Manon Lescaut (Abbé Prévost) ; xixe siècle : Le Père Goriot (Balzac), Le Rouge et le Noir (Stendhal), Madame Bovary (Flaubert), Thérèse Raquin et L’Assommoir (Zola) ; xxe siècle : La Symphonie pastorale (Gide), La Condition humaine (Malraux) ;
  • de romans où le personnage principal ne meurt pas. xixe siècle : Bel-Ami (Maupassant), Germinal (Zola) ; xxe siècle : Le Hussard sur le toit et Regain (Giono) ;
  • de romans qui ont d’autres types de fins, parfois hybrides : une mort imminente (L’Étranger de Camus) ; certains personnages principaux dans un même roman meurent, d’autres non (Le Père Goriot de Balzac).

>Réussir la dissertation : voir guide méthodologique.

>Le roman : voir mémento des notions.

>Choix et exploitation des exemples : voir guide méthodologique.

Corrigé

Dans le corrigé ci-dessous, il faut développer certains exemples ou en rajouter en fonction de vos lectures personnelles.

Introduction

[Amorce] Le romancier, au seuil de l’écriture d’un roman, s’interroge immanquablement sur la manière de le commencer. Il s’agit là d’un enjeu d’importance, car la fin d’un roman est ce qui « reste imprimé » dans le souvenir du lecteur et peut éclairer rétrospectivement tout le roman. [Problématique] Beaucoup de romanciers font mourir le personnage principal de leur roman. Cette issue fatale est-elle indispensable pour assurer l’efficacité et la qualité d’un roman ? [Annonce du plan] Certes, la mort du personnage principal peut se justifier tant du point de vue du créateur que du lecteur [I]. Mais n’y a-t-il pas des raisons de ne pas faire mourir le héros [II] ? Seraient-ce les seules façons de terminer un roman [III] ?

I. Pourquoi faire mourir le personnage principal ?

1. La mort a une fonction narrative

  • Elle est la fin d’un parcours, le point final de l’intrigue. Le dénouement de l’histoire suppose que, à la fin, le sort des personnages soit fixé. La mort du personnage principal est la marque d’un aboutissement pour celui-ci. Dans le roman d’aventures, elle permet d’aboutir à un dénouement [exemples personnels]. Elle est souvent rendue inéluctable par le déroulement même du roman et la logique des péripéties [exemple : Gervaise dans L’Assommoir].
  • La mort peut glorifier le personnage, en faire un héros, qui prend ainsi une revanche sur la vie [exemples : Jean Valjean dans Les Misérables de Hugo, Kyo dans La Condition humaine de Malraux].
  • Elle peut au contraire consacrer son échec [exemples : Emma, Gervaise, Don Quichotte]. Elle peut être l’occasion d’un bilan de la trajectoire du héros, fait par l’auteur ou parfois par le personnage lui-même qui médite sur ce qu’il a vécu [exemple : Jean Valjean].
  • La mort peut aussi être un moyen pour le romancier de préserver son personnage : sa mort évite toute altération et le fixe à tout jamais. Que serait Mme de Clèves si elle pouvait filer le parfait amour avec le duc de Nemours ? Le roman ne serait qu’un soap opera.

2. La mort a une fonction dramatique

  • Elle permet de créer l’émotion par sa dramatisation. Son récit est générateur d’émotions [exemples : les textes de Hugo et de Zola], renforcé par la théâtralisation possible de la scène [exemples : la mort du père Goriot, de Jean Valjean, d’Emma]. La mort satisfait le goût des lecteurs pour le pathétique.
  • Si la mort est inattendue, elle peut créer la surprise et produire l’effet de coup de théâtre [exemple : la mort de Langlois dans Un roi sans divertissement de Giono].
  • Elle offre au romancier une palette de registres possibles (épique, pathétique, tragique) rendus plus efficaces par la présence éventuelle d’autres personnages (par exemple, Jean Valjean fait un discours testamentaire à Cosette et à son mari), ou par la solitude du personnage (Gervaise).

3. La mort a une fonction argumentative

  • La mort du personnage peut avoir une fonction morale. Elle vient punir, mettre un terme aux crimes. Dans les romans manichéens, la mort joue le rôle d’une sentence morale, marque de la justice de Dieu ou du sort. Si l’on considère Milady comme le personnage principal des Trois Mousquetaires, sa mort est méritée et morale. La mort peut aussi récompenser : à la fin de La Princesse de Clèves, l’attention est attirée non sur la mort de Mme de Clèves, mais sur son renoncement héroïque : « Et sa vie, qui fut assez courte, laissa des exemples de vertus inimitables ». Dans ces cas, le romancier finit son roman en moraliste comme une sorte d’apologue.
  • La mort du personnage peut avoir une fonction critique lorsque les responsables sont pointés du doigt. Dans L’Assommoir, la mort de Gervaise est une accusation contre la société indifférente et cruelle. La mort peut être l’occasion d’une satire à travers l’attitude des autres face à elle : dans la scène d’enterrement du père Goriot, l’ingratitude des aristocrates et l’omniprésence de l’argent sont manifestes.
  • La mort du héros a une fonction philosophique, existentielle et procure au lecteur la satisfaction d’assister en accéléré à un destin accompli, ce qui est impossible dans la vie. Elle donne la satisfaction de savoir la fin de ce qui est le mystère de notre vie. Une telle fin rappelle que la mort est l’ultime réponse, le dernier mystère inéluctable (Giono). Si la mort est inexpliquée, elle donne l’image de l’absurdité de la vie humaine.

[Transition] Ne pas faire mourir le personnage principal, c’est céder à la tentation d’un happy end, artificiel et non conforme à la réalité de la vie. Il existe cependant de nombreux romans où le héros reste en vie.

II. Pourquoi ne pas faire mourir son personnage ?

1. Une fin ouverte : promesse de nouvelles aventures

  • La dernière page d’un roman ouvre parfois des perspectives, relance l’action, avive l’intérêt pour le personnage : le commencement d’une nouvelle vie pour Duroy (Bel-Ami) et pour Rastignac qui défie la société parisienne à la fin du Père Goriot (« À nous deux maintenant ! »).
  • Le maintien en vie du héros offre ainsi une possibilité de lui faire vivre de nouvelles aventures, de l’inscrire dans la durée (romans-feuilletons du xixe siècle) et de combler le plaisir du lecteur qui retrouve, dans ces séries, un héros connu (Sherlock Holmes).

2. Le maintien en vie du héros pour servir un projet littéraire

  • Zola veutmontrer l’influence du milieu sur l’homme. Or, la démonstration est plus probante en faisant circuler son héros à travers le monde, dans plusieurs milieux sociaux d’un roman à l’autre. [Exemples : La Comédie humaine de Balzac, Les Rougon-Macquart de Zola, Les Hommes de bonne volonté de Jules Romains]
  • Les hommes valeureux survivent pour continuer leurs combats. Camus, dans La Peste, ne fait pas mourir Rieux car il veut montrer la résistance d’hommes héroïques qui servent de modèles et poursuivent leurs bienfaits dans le monde en transcendant la mort.

3. Répondre à une conception et à une fonction du roman

  • Le maintien du héros en vie est une façon pour le romancier de donner une vision du monde optimiste : les bons ne meurent pas. Étienne Lantier, à la fin de Germinal, a semé le grain de la révolte et quitte Montsou pour porter ailleurs sa bonne parole. Dans Regain de Giono, Panturle participe à la résurrection d’un village abandonné puis se marie, attend un enfant, promesse d’une vie retrouvée. Cette vision peut être au contraire pessimiste : les êtres malveillants restent impunis [exemples : Vautrin, la marquise de Merteuil].
  • Le romancier peut considérer le roman comme un monde de rêve, d’évasion, antidote à la réalité qui emmène le lecteur vers un autre monde où les héros ne meurent pas et est une sorte de revanche sur la réalité désespérante [exemples personnels].

[Transition] Mais existe-t-il une recette pour finir un roman ? Faire mourir le personnage principal ou le laisser en vie : est-ce vraiment une alternative ? Un compromis ? Tout un éventail de solutions intermédiaires existe.

III. Mourir ou ne pas mourir ?

1. Qu’est-ce qu’un personnage principal ?

  • Il est parfois difficile de savoir qui est le personnage principal. Dans Le Père Goriot, Goriot n’est pas le seul héros : Rastignac et Vautrin sont également des personnages de premier plan. Or Goriot meurt, mais les deux autres personnages réapparaissent dans d’autres romans de Balzac (Rastignac dans Splendeurs et Misères des courtisanes, La Cousine Bette, etc. ; Vautrin dans Les Illusions perdues et Splendeurs et Misères des courtisanes). Dans La Peste, Tarrou meurt, mais pas Rieux.
  • Ainsi l’auteur a fait un compromis, une fin hybride qui rend la fin du roman plus profonde et complexe [exemples personnels].

2. Une mort annoncée ou déguisée ?

  • La fin du roman peut fonctionner comme la chronique d’une mort annoncée : la fin de L’Étranger de Camus porte en germe la mort du héros-narrateur, condamné à la peine de mort.
  • Il peut encore s’agir d’une mort déguisée : ainsi, dans les Liaisons dangereuses de Laclos, le vicomte de Valmont meurt, alors que la marquise de Merteuil ne meurt pas physiquement, mais elle est morte socialement : sa réputation ternie et ses agissements ayant été divulgués, elle est obligée de s’exiler et de renoncer à sa vie de libertine.
  • Le maintien en vie du personnage peut aussi être pire que la mort : ainsi le juge Jean-Baptiste Clamence dans La Chute de Camus ne se suicide pas, mais il traîne à vie sa mauvaise conscience liée à ses fautes qu’il a avouées tout au long du roman.

3. La recette unique n’existe pas

  • Selon la logique du roman, il peut être absurde de finir sur la mort du héros. Dans les romans d’apprentissage (Bel-Ami de Maupassant, Dominique de Fromentin, Gil Blas de Santillane de Lesage), le héros doit vivre pour mettre à profit les enseignements qu’il a tirés de son expérience (l’apprentissage de Jacques Vingtras s’étend sur une trilogie : de L’Enfant à L’Insurgé). Inversement, le roman de Flaubert tend vers la mort d’Emma Bovary qui ne peut continuer à vivre dans la médiocrité qui lui est insupportable.
  • Selon le projet du romancier et sa conception du monde, il peut proposer une vision réaliste ou idéale du monde, optimiste ou pessimiste de la condition humaine. La fin de son roman est aussi tributaire de son but (enseigner ou divertir). [Exemples personnels]
  • Selon ce que cherche le lecteur, la fin idéale d’un roman est différente. Il peut vouloir y trouver la reproduction de la vie, ou au contraire s’échapper dans un monde de rêves pour se divertir. [Exemples personnels]

Conclusion

[Synthèse] La recette pour écrire et plus spécialement pour finir un roman n’existe pas. Le romancier ne devrait pas se demander, au seuil de son roman, si l’un de ses personnages va mourir, mais plutôt quelle est la fin la plus logique. [Ouverture] La réussite et le succès d’un roman sont aussi tributaires du contexte dans lequel il est publié, du projet de son auteur, des attentes des lecteurs. Ce qui est à considérer, lorsqu’on lit un roman, c’est que sa dernière page se lit presque inévitablement comme un miroir de son début.