La peinture murale de Çatalhöyük

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle S | Thème(s) : Le domaine continental et sa dynamique
Type : Pratique du raisonnement scientifique 2 | Année : 2015 | Académie : Pondichéry
Corpus Corpus 1
La peinture murale de Çatalhöyük

Le domaine continental et sa dynamique

svtT_1504_12_01C

Ens. spécifique

27

Pondichéry • Avril 2015

pratique du raisonnement scientifique

Exercice 2 • 5 points

Les vestiges de Çatalhöyük (Turquie), un site vieux de plusieurs milliers d’années, constituent l’une des plus anciennes villes connues. On y a découvert la peinture murale suivante :


 

D’après A. K. Schmitt et al., PLOS ONE, 2014

L’interprétation de cette peinture fait l’objet d’une controverse. Selon certains chercheurs, elle représenterait une peau de léopard au-dessus de motifs géométriques. Pour d’autres, il s’agirait d’un volcan en éruption explosive surplombant un plan de la ville. Si cette seconde hypothèse est exacte, alors cela signifie que les habitants de Çatalhoyük qui ont réalisé cette peinture ont assisté à l’éruption.

> À l’aide de l’exploitation des documents proposés et de vos connaissances, identifiez les arguments qui plaident en faveur de la seconde hypothèse.

 DOCUMENT 1 Quelques éléments régionaux

a. Représentation de l’ancienne ville de Çatalhöyük à l’époque de la peinture


 

D’après leavingbabylon.wordpress.com

b. Topographie du mont Hasan Dagi


 

Le mont Hasan Dagi est situé à 130 km du site Çatalhoyük. Cette montagne est notamment formée d’andésites et de rhyolites.

 DOCUMENT 2 Contexte géodynamique de Çatalhöyük et du mont Hasan Dagi

 

D’après l’IAG (2007-2011) et Y. Dilek et al., Geological Society of London, 2009

 DOCUMENT 3 Écart de la vitesse des ondes sismiques par rapport à la normale (en %), à une profondeur de 50 km

Les ondes sismiques ont une vitesse plus faible dans un milieu chaud.


 

D’après I. Koulakov et al., Geophysical Journal International, 2009

 DOCUMENT 4 Résultats de différentes méthodes de datation

a. Datation de trois cristaux de zircon trouvés dans les andésites situées sur l’un des sommets du mont Hasan Dagi


 

D’après A. K. Schmitt et al., PLOS ONE, 2014

b. Datation au carbone 14 de charbons de bois associés à la peinture murale de Çatalhöyük

Le nombre de désintégrations d’atomes de carbone 14 dans ces échantillons de charbon de bois est compris entre 4,2 et 4,8 U.A.


 
Les clés du sujet

Comprendre le sujet

  • Il s’agit de bien repérer, dans la partie introductive, l’implication vérifiable de l’hypothèse volcanique : « les habitants de Çatalhöyük ayant réalisé cette peinture, ont assisté à l’éruption. » Cela doit guider l’exploitation des documents 4a et 4b, qui permettent de voir si cette implication est bien vérifiée.
  • Il existe trois types d’arguments en faveur de l’hypothèse volcanique :
  • les premiers sont relatifs à la concordance entre la géographie régionale et la peinture ;
  • les deuxièmes, faisant appel à vos connaissances, établissent le lien entre le contexte géodynamique et le volcanisme récent ;
  • les troisièmes concernent la concordance entre la date des éruptions volcaniques et celle de la réalisation de la peinture murale.

Mobiliser ses connaissances

Dans les zones de subduction, des volcans émettent des laves souvent visqueuses associées à des gaz, et leurs éruptions sont fréquemment explosives.

Corrigé
Corrigé

I. Comparaison des éléments régionaux avec la peinture murale

  • Le document 1a montre la ville de Çatalhöyük vue du ciel. On distingue des maisons à toit plat, très semblables et serrées les unes contre les autres. Le bas de la peinture murale évoque clairement cette disposition.
  • Le mont Hasan Dagi (document 1b) est notamment constitué d’andésites et de rhyolites, qui sont des roches volcaniques : les deux sommets sont donc des volcans.

La partie haute de la peinture pourrait donc représenter les deux volcans du mont Hasan Dagi.

Il apparaît ainsi une concordance nette entre les caractéristiques géographiques de la région et la représentation picturale.

II. Un contexte géologique en relation avec du volcanisme

  • Le document 2 montre que la plaque africaine entre en subduction sous la plaque anatolienne. Cela entraîne la formation, sur la plaque chevauchante, de magma à partir des péridotites du manteau. Ce magma est à l’origine d’un volcanisme explosif, les laves émises étant en particulier des andésites et des rhyolites. Ce contexte géodynamique est en accord avec l’existence de volcans comme le mont Hasan Dagi.
  • Les points et traits qui entourent le sommet de droite sur la peinture évoquent les projections caractéristiques du volcanisme explosif.
  • Le document 3 montre que, sous le volcan Hasan Dagi, à une profondeur de 50 km, donc dans le manteau lithosphérique, il existe une zone où la vitesse de propagation des ondes sismiques est plus faible que la normale ; cela indique la présence d’un milieu plus chaud que ce qui est attendu à cette profondeur.

Info

Pour avoir confirmation de l’existence d’un réservoir magmatique, il aurait été nécessaire d’avoir des précisions sur la transmission des ondes S, car celles-ci ne se propagent pas dans un milieu liquide comme un magma.

Ce matériel plus chaud, situé sous le volcan éteint, témoigne de l’existence possible d’un réservoir magmatique pouvant être à l’origine d’éruptions récentes.

III. Âges comparés de la peinture et des éruptions volcaniques

  • Le document 4a, relatif à la datation de cristaux de zircon, renseigne sur l’âge des éruptions volcaniques à l’origine des andésites. Cet âge est compris entre 7 500 et 10 500 ans. La dernière éruption, la plus récente semble donc dater de 7 500 ans.
  • L’âge du charbon de bois associé à la peinture murale de Çatalhöyük (document 4b) renseigne sur le moment où la peinture a été réalisée. Le document permet de donner un âge compris entre 8 500 et 10 000 ans.

Il y a chevauchement entre la période des éruptions volcaniques et celle durant laquelle la peinture a pu être réalisée.

Les habitants de Çatalhöyük ont donc pu assister à des éruptions du Hasan Dagi, ce qui confirme que la peinture murale est bien la représentation d’un volcan en éruption explosive surplombant un plan de la ville.