La perception des couleurs chez les Papous

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Annales corrigées
Classe(s) : 1re ES - 1re L | Thème(s) : La formation des images. La couleur des objets
Type : Partie 3 | Année : 2016 | Académie : France métropolitaine


France métropolitaine • Juin 2016

Représentation visuelle • 6 points

« Et si nous ne percevions pas tous les couleurs de la même façon ? » C’est ce qu’ont voulu savoir deux équipes de scientifiques en comparant la perception de la couleur des Berinmos, une tribu de chasseurs-cueilleurs de Papouasie Nouvelle-Guinée, à celle des Européens.

On cherche à expliquer la différence de perception des couleurs entre Berinmos et Européens.

Document 1

Des chercheurs ont présenté aux Berinmos un nuancier composé de 160 couleurs que nous classons en huit catégories : le marron, le rouge, le rose, l’orange, le jaune, le vert, le bleu et le violet. Les Berinmos ont réparti ces couleurs selon cinq termes – wap, mehi, kel, nol et wor […] Chacun des groupes a nommé les échantillons (voir la figure ci-dessous) en fonction de son vocabulaire et ainsi défini les catégories de couleurs propres aux deux cultures. On constate notamment que les frontières des couleurs ne se superposent pas, c’est-à-dire qu’une couleur unique (le nol) aux yeux des Berinmos est perçue comme deux couleurs différentes par les Européens (le vert et le bleu).

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Catégories de couleurs discernées par un Européen (à gauche) et un Berinmo (à droite)

« La couleur », dossier Pour la science.

Document 2

a. Cônes et vision des couleurs chez l’Homme

Types de cônes fonctionnels

Cônes S

Cônes M

Cônes L

Maximum d’absorption des photorécepteurs (en nm)

Autour de 437

Autour de 533

Autour de 564

Vision normale = vision trichromate

X

X

X

Vision anormale = vision dichromate

Type de daltonisme

Protanope

X

X

Deutéranope

X

X

Tritanope

X

X

= présence de cônes

b. Récepteurs de la rétine présents et fonctionnels chez les Bérinmos

sci1_1606_07_00c_02

D’après artic.ac-besancon.fr

Document 3

a. La catégorisation des couleurs selon la langue d’apprentissage

Les linguistes ont […] tenté d’enseigner à des anglophones la distinction nol /wor, et à des Berinmos les distinctions bleu / vert […]. Ils ont aussi enseigné aux deux groupes une distinction arbitraire qui n’existe dans aucune des deux langues : vert 1 et vert 2. Les Berinmos ont appris avec la même difficulté à distinguer le bleu du vert et le vert 1 du vert 2. À l’inverse, les Anglais ont eu plus de facilité à différencier le vert 1 du vert 2 que le nol du wor.

La perception de couleurs différentes est plus facile lorsque les couleurs correspondent à une distinction linguistique acquise depuis longtemps. Les chercheurs ont conclu de ces résultats que l’influence du langage est prépondérante dans la catégorisation des couleurs. La façon dont on évoque un objet oriente sa perception.

D’après « La couleur », dossier Pour la science.

b. À propos de la plasticité cérébrale

L’apprentissage va renforcer ou affaiblir des connexions synaptiques préexistantes ou en développer de nouvelles. Apprendre modifie donc la structure du système nerveux central. Chaque fois que nous apprenons quelque chose, des circuits nerveux sont modifiés dans notre cerveau. Ainsi, l’apprentissage et les expériences modifient la façon dont le cerveau va traiter les informations.

D’après http://www.cite-sciences.fr

À l’aide des connaissances et des documents, expliquez pour chacune des hypothèses ci-après si elle peut être validée ou non, en présentant les arguments utilisés.

▶ 1. Hypothèse 1 : la différence de perception de la couleur pourrait s’expliquer par un daltonisme.

▶ 2. Hypothèse 2 : la différence de perception de la couleur pourrait s’expliquer par une différence de caractéristiques des photorécepteurs.

▶ 3. Hypothèse 3 : la différence de perception de la couleur mettrait en jeu des différences d’apprentissage et des phénomènes de plasticité cérébrale.

Les clés du sujet

Interpréter les questions

Il s’agit de valider ou d’invalider chacune des hypothèses en utilisant l’ensemble des documents (vos connaissances vous permettant d’interpréter ceux-ci). En aucun cas une hypothèse ne peut être à la fois vraie et fausse !

Comprendre les documents

Le document 1 vous renseigne sur le nombre de groupes de couleur perceptibles par les Bérinmos et les Européens, ainsi que les noms donnés par chaque population à ces groupes.

Le document 2a présente la fonctionnalité des trois types de cônes percevant, respectivement, le bleu, le vert et le rouge, chez les témoins (trichromates) et dans différents types de daltonisme.

Le document 2b présente la fonctionnalité des trois types de cônes ainsi que celui des bâtonnets chez les papous Bérinmos.

Le document 3 concerne la plasticité cérébrale et relate une expérience permettant de faire la relation entre la connaissance du nom d’une couleur et la facilité à apprendre la perception de cette couleur.

Organiser les réponses

Il s’agit d’abord d’invalider les hypothèses 1 et 2 avec l’aide des documents 1 et 2, puis de valider l’hypothèse 3 avec l’aide du document 3.

Corrigé

Corrigé

▶ 1. L’hypothèse 1 est fausse.

En effet, d’après le document 2a, un daltonisme correspond à l’absence de fonctionnement d’au moins un des trois types de cônes percevant respectivement le bleu, le vert, ou le rouge.

Par ailleurs, d’après nos connaissances, on sait que les daltoniens confondent certaines couleurs ; ainsi, le nombre de couleurs perceptibles par les daltoniens est inférieur à celui perceptible par un témoin. Or, d’après le document 1, le nombre de groupes de couleurs perceptibles par les Berinmos et les Européens est le même : il y en a 8, simplement ces groupes ne sont pas identiques.

▶ 2. L’hypothèse 2 est fausse.

En effet, d’après le document 2b, qui présente la pourcentage d’absorption des cônes (responsables de la vision des couleurs) et des bâtonnets en fonction de la longueur d’onde chez les Bérinmos, on constate que les cônes de ce peuple ont exactement les mêmes caractéristiques que les cônes des trichromates européens : pour les cônes S, le maximum d’absorption est autour de 437 nm, pour les cônes M il est autour de 533 nm, et pour les cônes L le maximum est autour de 564 nm (document 2a).

▶ 3. L’hypothèse 3 est vraie.

D’après le document 3, « l’apprentissage et les expériences modifient la façon dont le cerveau va traiter les informations », car l’apprentissage renforce les connexions ente neurones voire en crée de nouvelles.

On a enseigné à des anglophones et à des Bérimnos la distinction arbitraire entre deux tons de vert : vert 1 et vert 2. Ces mots étaient connus des anglophones mais pas des Bérimnos. On a constaté que les papous avaient la même difficulté à distinguer vert 1/vert 2 et vert/bleu (tous ces noms étant inconnus pour eux). En revanche, les Anglais ont eu plus de mal à distinguer nol/wor (groupes de couleurs « papous ») que vert 1/vert 2. Ainsi, la connaissance préalable du mot « vert » leur a permis de percevoir plus facilement la différence entre les deux tons de vert. L’influence du langage, et de son apprentissage mettant en jeu la plasticité cérébrale, est donc prépondérante dans la catégorisation des couleurs.