La place des femmes dans la société (1960-1980)

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Annales corrigées
Classe(s) : 3e | Thème(s) : Françaises et Français dans une République repensée
Année : 2017 | Académie : Polynésie française

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Polynésie française • Juin 2017

analyser des documents • 20 points

La place des femmes dans la société (1960-1980)

document 1 Témoignage d’une femme d’ouvrier

« S’il n’y avait pas les enfants, j’aurais recommencé à travailler comme avant. Mais il y a ce quatrième ; ah ; il n’a pas été désiré celui-là ; j’en avais eu trois en moins de trois ans, je pensais que cela suffisait et puis en voilà un autre ! […] Pour boucler les fins de mois, je fais du lavage et du repassage pour les autres, parfois je garde un enfant, mais en cachette de mon mari qui ne voudrait pas que je travaille. […] Quand je vais chez quelqu’un d’autre, je me rends compte que je n’ai presque rien ; je me dis que […]) si je pouvais travailler, j’en aurais autant […] J’aimerais avoir une journée à moi, entièrement libre. »

Interview, début des années 1960, Paris, citée par Christine Bard, Les Femmes dans la société française au xxe siècle, Armand Colin, 2003.

document 2 Loi Veil : une loi pour légaliser l’avortement

Art. L. 162.1. La femme enceinte que son état place dans une situation de détresse peut demander à un médecin l’interruption de sa grossesse. Cette interruption ne peut être pratiquée qu’avant la fin de la dixième semaine de grossesse. (Délai porté à 12 semaines en 2001)

Art. L. 162.7. Si la femme est mineure célibataire, le consentement de l’une des personnes qui exerce l’autorité parentale est requis.

Art. L. 162.8. Un médecin n’est jamais tenu de donner suite à une demande d’interruption de grossesse ni de pratiquer celle-ci, mais il doit informer l’intéressée de son refus.

D’après la loi Veil du 17 janvier 1975.

document 3 Des inégalités qui subsistent

« La situation de la femme dans notre société reste marquée par la dépendance, l’inégalité et le non-respect du droit de la personne […] Les femmes sont majoritaires parmi les smicards1, les chômeurs, les allocataires du minimum vieillesse. »

Discours de François Mitterrand pour la journée 
de la femme (8 mars 1982) devant 400 ouvrières, employées, mères de famille invitées à l’Élysée.

1. Travailleurs payés au salaire minimum.

1. Document 1 : quels sont les souhaits de cette femme d’ouvrier ? Deux réponses sont attendues. (4 points)

2. Qu’est ce qui l’empêche de les réaliser ? Deux réponses sont attendues. (4 points)

3. Document 2 : que permet la loi Veil ? (2 points)

4. Quelles sont les limites prévues par la loi ? Deux réponses sont attendues. (4 points)

5. Après avoir analysé tous les documents, précisez comment la place des femmes dans la société a évolué entre 1960 et 1980. (6 points)

Les clés du sujet

Comprendre les documents

Nous sommes en présence de trois documents de natures très différentes couvrant la période allant de 1960 (doc. 1) à 1982 (doc. 3). Le deuxième (1975) est un texte officiel ; c’est une loi. Il définit un droit accordé aux femmes. Les deux autres exposent des points de vue : celui d’une ouvrière qui évoque les difficultés de sa vie quotidienne en tant que femme et mère ; celui du président de la République élu un an auparavant (1981), qui dénonce la condition des femmes. Ces trois documents permettent d’évaluer certains progrès dans la vie des Françaises et surtout leurs limites.

Répondre aux questions

 1. Que découvre cette femme d’ouvrier chez les autres ? Qu’est-ce qui lui permettrait d’être libre ?

 2. Pourquoi se plaint-elle d’avoir un quatrième enfant ? Que lui manque-t-il pour accéder à ce dont elle rêve ? Que signifie « boucler les fins de mois » ?

 3. Qu’est-ce qu’une IVG, interruption volontaire de grossesse ?

▶ 4. Les deux principales limites sont données dès le premier article. D’autres conditions sont énoncées dans les suivants. Cherche le sens du mot « consentement ». Qu’est-ce que « l’autorité parentale » ? Quel est le droit du médecin ?

 5. Document par document, recense ce qui est impossible ou limité pour les femmes d’un côté, ce qui leur est permis de l’autre. Compare les dates. Aide-toi de ce que tu sais de la situation des femmes aujourd’hui. Utilise le troisième document pour évaluer les limites des changements.

Corrigé

Corrigé

1. Cette femme d’ouvrier souhaite avoir plus d’argent pour s’offrir des biens qu’elle voit chez les autres. Elle souhaite aussi avoir plus de temps libre.

2. Elle ne peut réaliser ses souhaits parce qu’elle doit s’occuper de ses enfants qui lui prennent tout son temps, et parce qu’elle n’a pas l’autorisation de son mari pour travailler. Elle n’a donc pas de travail régulier qui lui fournirait des revenus suffisants. Le peu qu’elle gagne complète le salaire de son mari et sert à payer l’indispensable.

3. La loi Veil permet aux femmes de mettre fin à une grossesse, de ne pas avoir un enfant qu’elles ne désirent pas.

Info +

En 2001, le délai autorisant une IVG a été porté à 12 semaines au lieu de 10, soit trois mois.

4. La loi limite l’accès à l’interruption de la grossesse : la femme doit être en « situation de détresse » (physique, sociale ou financière) ; l’intervention doit avoir lieu « avant la dixième semaine de grossesse ». Si la femme est mineure, l’accord des parents est nécessaire. L’accord du médecin est aussi obligatoire pour procéder à l’opération.

Info +

En 2014, la condition de « situation de détresse » a été supprimée de la loi sur l’IVG.

5. Depuis les années 1960, la place des femmes en France s’est améliorée : elles peuvent travailler sans demander l’autorisation de leur mari (situation évoquée dans le doc. 1). Après la loi Neuwirth (1967) qui autorise la contraception, elles peuvent avoir le nombre d’enfants qu’elles souhaitent. En cas de grossesse non désirée, elles peuvent demander son interruption volontaire (doc. 2). Sur le plan juridique, les époux deviennent égaux devant la loi : les femmes cessent d’être dépendantes de leur mari. Mais, en 1980, la condition des femmes reste difficile. Elles sont souvent en situation de précarité (bas salaires, chômage). L’égalité avec les hommes est loin d’être acquise (doc. 3).