La poésie du grenier à foin (texte de B. Duteurtre, photographie de R. Depardon)

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Annales corrigées
Classe(s) : 3e | Thème(s) : Se raconter, se représenter
Type : Sujet complet | Année : 2018 | Académie : Amérique du Nord

Se raconter, se représenter

SE RACONTER

3

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Amérique du Nord • Juin 2018

100 points

La poésie du grenier à foin

document A Texte littéraire

Le narrateur évoque avec nostalgie les paysages féériques de campagnes et le grenier à foin dans lequel il jouait enfant. Ce monde est menacé de disparition…

C’est seulement au cinéma qu’on retrouve, aujourd’hui, la magie de ces paysages où les demeures semblent faites des mêmes pierres et du même bois que la montagne. Les fabricants d’effets qui font rêver les enfants – dans la saga du Hobbit ou Le Seigneur des anneaux – montrent un certain génie pour recréer ces maisons de chaume ou de torchis1, tonneaux pleins de choux, ces garde-manger pleins de jambons et de bonnes bouteilles. Or ce monde fait pour ­enchanter la jeunesse du xxie siècle n’est pas un produit de la fantaisie ­hollywoodienne. C’est la simple reproduction, un peu stylisée, d’un mode de vie disparu tout récemment, quoique les enfants n’en aient plus la moindre notion depuis que la normalisation économique, administrative et sécuritaire – qui est l’étape ultime de la modernité – étend partout son empire sans faille. Sauf en certains points reculés comme cette ferme où les fromages mûrissent toujours sur leurs égouttoirs ; où le ruisseau sort de la montagne pour s’écouler dans un bac en grès près de l’étable ; où les poules grimpent sur le tas de fumier grassement étalé qui se soucie peu de répondre aux critères de fabrication et de stockage du compost2.

Rien, toutefois, n’égale pour moi la poésie du grenier à foin, ce grenier du rêve où je grimpe parfois, comme lorsque j’étais enfant, dans les fermes proches du Moulin. Compressé à grands coups de fourche sous la charpente, le fourrage passait l’hiver sans se dessécher dans cet immense espace obscur où il formait des monticules, des tours et des châteaux parfumés prêts pour accueillir nos jeux. J’ai toujours aimé gravir l’escalier de bois puis franchir la trappe qui permet d’accéder à ce royaume enchanté. Les brindilles s’accrochent aux planches, aux poutres, aux solives3, sous les toiles d’araignée. À côté des monticules d’herbe encore verte et de fleurs des champs traînent quelques vieux chariots, quelques râteaux à foin édentés, quelques journaux jaunis d’avant 1940. Et peut-être ces greniers me font-ils tant rêver parce qu’ils évoquent les secrets de la mémoire, un mystère niché tout là-haut, sous le crâne, où s’accrochent des millions de lambeaux de souvenirs comme ces brindilles sous le toit de la maison.

Il me semble en tout cas que ce mode de vie méritait tout notre intérêt, tel un bien précieux ; que l’État et les communes auraient pu soutenir un modèle de recyclage et de production très ancien, au lieu d’encourager sa disparition. Aujourd’hui plus encore, quand la mondialisation des échanges impose partout une circulation frénétique4, cette agriculture locale pourrait constituer un idéal prometteur. Rien n’y fait.

Benoît Duteurtre, Livre pour adultes, 2016, © Éditions Gallimard.

1. Torchis : mélange de terre grasse et de paille ou de foin utilisé dans la construction d’un mur.

2. Compost : mélange de terre, de fumier et de résidus utilisé comme engrais. 3. Solives : pièces de charpente placées en appui sur les murs ou sur les poutres pour soutenir un plancher. 4. Frénétique : exaltée, ardente, folle.

document B Photographie de Raymond Depardon, 1992

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ph © Raymond Depardon/Magnum Photos

Village de Sainte-Eulalie de Cernon (Aveyron).

travail sur le texte littéraire et sur l’image 50 points • 1 h 10

Les réponses doivent être entièrement rédigées.

Grammaire et compétences linguistiques

1. « Aujourd’hui plus encore, quand la mondialisation des échanges impose partout une circulation frénétique, cette agriculture locale pourrait constituer un idéal prometteur. » (l. 37-40)

Identifiez le temps du verbe souligné et précisez sa valeur dans cette phrase. (3 points)

2. Réécrivez l’extrait ci-dessous en mettant le groupe souligné au pluriel. Vous ferez toutes les modifications nécessaires. (10 points)

« Compressé à grands coups de fourche sous la charpente, le fourrage passait l’hiver sans se dessécher dans cet immense espace obscur où il formait des monticules, des tours et des châteaux parfumés prêts pour accueillir nos jeux. » (l. 21-24)

3. « Rien, toutefois, n’égale pour moi la poésie du grenier à foin […] » (l. 19).

Relevez le verbe dans la proposition ci-dessus et indiquez quel est son sujet. (3 points)

4. « Les brindilles s’accrochent aux planches, aux poutres, aux solives, sous les toiles d’araignée. » (l. 26-27)

Dans cette phrase, relevez un complément de verbe puis un complément de phrase. (4 points)

Compréhension et compétences d’interprétation

5. Pourquoi le « grenier à foin », évoqué au début du second paragraphe (l. 19), est-il si important pour le narrateur ? (5 points)

6. Dans le premier paragraphe (l. 1-18), relevez trois éléments qui caractérisent ce « mode de vie disparu » dont parle le narrateur et justifiez votre choix. (4 points)

7. « […] le fourrage passait l’hiver sans se dessécher dans cet immense espace obscur où il formait des monticules, des tours et des châteaux parfumés prêts pour accueillir nos jeux. » (l. 22-24)

a) Quelle est la figure de style utilisée dans le passage en italique ?

Quel est l’effet produit ? (4 points)

b) Citez d’autres expressions du paragraphe (l. 19-33) qui développent cette image. (3 points)

8. « Il me semble en tout cas que ce mode de vie méritait tout notre intérêt, tel un bien précieux […] » (l. 34-35).

Selon vous, en quoi « ce mode vie » évoqué dans le texte peut-il, en effet, constituer « un bien précieux » ? (7 points)

9. En quoi la photographie et le texte proposent-ils une vision de la campagne comme « un royaume enchanté » ? (7 points)

dictée 10 points • 20 min

Le nom de l’auteur, le titre de l’œuvre ainsi que « 1960 » sont écrits au tableau.

Benoît Duteurtre

Livre pour adultes, 2016

© Éditions Gallimard

Au temps de ma petite enfance, dans les années 1960, les villageois de mon âge avaient encore un air farouche et sauvage. Ils vivaient dans ces fermes perdues et fréquentaient la classe unique de l’école communale où, l’hiver, ils se rendaient à pied dans la neige. Au cours des années ­suivantes, en pleine période de « croissance », les routes se sont élargies, les supermarchés se sont implantés, le téléphone et la télévision sont ­arrivés dans la vallée. Les enfants ont grandi et trouvé des emplois en ville. Certains sont devenus ouvriers, d’autres ingénieurs. Les exploitations agricoles ont dépéri avec leurs vieux parents.

rédaction 40 points • 1 h 30

Vous traiterez au choix l’un des sujets suivants. Votre travail fera au moins deux pages (soit une cinquantaine de lignes).

Sujet d’imagination

Comme Benoît Duteurtre, vous retournez dans un lieu qui a marqué votre enfance.

Vous décrirez les transformations qui ont modifié cet endroit et les ­souvenirs qui surgissent alors. Vous insisterez sur les sentiments et les sensations associés à ces souvenirs.

Votre texte mêlera récit et description.

Sujet de réflexion

Aux yeux du narrateur, rien « n’égale la poésie du grenier à foin. »

Pensez-vous que l’on puisse trouver aussi de la poésie et du mystère dans les grandes villes modernes ?

Vous répondrez à cette question en vous appuyant sur vos connaissances, vos lectures et votre culture personnelle.

Les clés du sujet

Les documents

Le texte littéraire (document A)

Livre pour adultes est un ouvrage mêlant différents types d’écrits : narration de souvenirs personnels, réflexions, épisodes de fiction. Dans cet extrait, les premier et troisième paragraphes présentent des réflexions, tandis que le second évoque avec nostalgie un passé qui semble révolu.

L’image (document B)

Célèbre photographe et réalisateur de films documentaires, Raymond Depardon revendique dans ses images une certaine subjectivité. La photo­graphie présente le face-à-face de deux enfants juchés sur des bottes de foin ; elle date de 1992, mais aurait pu être prise cinquante ans auparavant.

Rédaction (sujet d’imagination)

Recherche d’idées

Souviens-toi d’un lieu qui a marqué ton enfance : mieux vaut en avoir une idée précise pour donner des détails vraisemblables.

Les sentiments associés aux souvenirs peuvent être positifs ou négatifs.

Conseils de rédaction

Commence par raconter les circonstances dans lesquelles tu redécouvres ce lieu. Consacre les paragraphes suivants à la description de cet endroit : tel qu’il était auparavant et tel qu’il est maintenant.

Emploie un vocabulaire propre à ton ressenti : surprise ­(stupéfait, ébahi), joie (ravi, émerveillé), déception (chagriné, dépité).

Rédaction (sujet de réflexion)

Recherche d’idées

Définis les mots « poésie » et « mystère ». Tu peux partir du sens que le texte leur donne (invitation au rêve, lieu propice à l’imagination) ou leur donner un sens plus personnel : beauté, recherche artistique.

Tu peux rédiger une réponse tranchée ou, au contraire, nuancée : la poésie et le mystère semblent impossibles en ville, pourtant des artistes, par leurs œuvres, réussissent à faire de la ville un lieu poétique.

Conseils de rédaction

Dresse au brouillon une liste d’exemples à utiliser, tirés de ta vie ­personnelle (ton expérience des grandes villes), de tes connaissances (mode de vie urbain), de ta culture personnelle (artistes s’inspirant de la ville).

Si tu optes pour une réponse nuancée, fais en sorte de ne pas te contredire d’une partie sur l’autre.