La Politique, Aristote

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle ES - Tle L - Tle S | Thème(s) : L'épreuve orale
Type : Sujet d'oral | Année : 2006 | Académie : Inédit

 

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Sujet d’oral n° 3

Aristote

Commentez ce texte d’Aristote, extrait de La Politique.

Document

 

« C’est pourquoi toute cité est naturelle, puisque le sont les premières communautés qui la constituent. Car elle est leur fin, et la nature est fin : car ce que chaque chose est une fois que sa genèse est complètement achevée, nous disons que c’est la nature de cette chose, ainsi pour un homme, un cheval, une famille. De plus le « ce en vue de quoi » c’est-à-dire la fin, c’est le meilleur ; et l’autarcie est à la fois la fin et le meilleur.

Nous en déduisons qu’à l’évidence la cité fait partie des choses naturelles, et que l’homme est par nature un animal politique ; si bien que celui qui vit hors cité, naturellement bien sûr et non par le hasard des circonstances, est soit un être dégradé, soit un être surhumain : il est comme celui qu’Homère injurie en ces termes : « sans lignage, sans loi, sans foyer ». Car un tel homme est du même coup naturellement passionné de guerre. Il est comme une pièce isolée au jeu de tric-trac.

C’est pourquoi il est évident que l’homme est un animal politique, bien plus que n’importe quelle abeille ou n’importe quel animal grégaire. Car, nous le disons souvent, la nature ne fait rien en vain. Et seul parmi les animaux l’homme est doué de parole.

Certes la voix sert à signifier la douleur et le plaisir, et c’est pourquoi on la rencontre chez les autres animaux (car leur nature s’est hissée jusqu’à la faculté de percevoir douleur et plaisir et de se les signifier mutuellement). Mais la parole existe en vue de manifester l’utile et le nuisible, puis aussi, par voie de conséquence, le juste et l’injuste. C’est ce qui fait qu’il n’y a qu’une chose qui soit propre aux hommes et les sépare des autres animaux : la perception du bien et du mal, du juste et de l’injuste et autres notions de ce genre ; et avoir de telles notions en commun, voilà ce qui fait une famille et une cité. »

 

Aristote (384 av. J.-C.-322 av. J.-C.), La Politique.

Corrigé

 

Préparation

Cerner les enjeux

Ce texte met au service de sa thèse « l’homme est un animal politique » différents types d’explications. Il convient de bien les distinguer pour montrer en quoi elles se complètent. Pour ce faire, on prendra garde de ne pas accumuler les arguments mais de mettre en évidence la progression du texte et la façon dont Aristote lie les concepts de société, de langage et de morale.

De plus, l’auteur commence par poser la thèse métaphysique du finalisme, qu’il faudra rapidement identifier puis développer tout au long du texte.

Éviter les erreurs

Ce texte met en relation morale et politique, mais attention, la politique est l’instrument qui permet à l’homme de s’accomplir en tant qu’être moral, et ce n’est pas l’inverse.

Il convient aussi de ne pas faire de contresens sur le rôle du langage dans la mise en commun de valeurs morales : c’est parce que les hommes peuvent exprimer les mêmes valeurs qu’ils forment des communautés et ce n’est pas le besoin de dialoguer qui les rassemble ici.

Présentation

Introduction

Dans La Politique, Aristote appuie ses principes de philosophie politique sur un présupposé métaphysique : le finalisme. Tout a une cause finale. Cet extrait montre précisément que si les hommes forment des sociétés c’est pour mieux réaliser ce qui est au fond de leur nature.

Comprendre l’homme, c’est le comprendre dans son rapport aux autres. Qu’est-ce qui conduit les hommes à former des sociétés ? Est-ce par une tendance naturelle, un calcul intéressé ou le fruit du hasard ? Dans cet extrait, Aristote privilégie la sociabilité naturelle. L’homme est un animal politique et tout être exclu de la cité ne peut être un homme. Comment ? Grâce au langage qui amène les hommes à vivre ensemble. Pourquoi ? Parce qu’il permet d’exprimer leurs valeurs morales communes.

Développement

Première étape

Dans une première étape du texte (du début à « à la fois la fin et le meilleur »), Aristote s’appuie sur le finalisme pour montrer que si les familles se regroupent en cités, cela va dans le sens d’une réalisation naturelle.

Il procède par une analyse qui va du plus simple au plus complexe. Il a montré précédemment que l’homme tendait à vivre en couple, puis en famille, puis en village puis en cité, dans la mesure où ce qui chaque fois lui permettait de réaliser, d’actualiser ce qu’il est en puissance, c’est l’association avec d’autres hommes, par un jeu de complémentarité.

Deuxième étape

L’auteur va, lors d’une deuxième étape (jusqu’à « tric-trac »), énoncer sa thèse : l’homme est un animal politique. Cette définition de l’homme est accompagnée de son corollaire : « la cité fait partie des choses naturelles ». En effet, si la sociabilité de l’homme est un phénomène naturel, et non pas culturel (c’est-à-dire le fruit d’une transformation de sa propre nature), alors le fait d’être rassemblés en une même cité constitue pour les hommes une évolution qui lui est destinée.

Aristote va alors expliciter son propos grâce à un contre-exemple. Celui qui est hors de la cité est soit au-dessus de l’humanité, « un être surhumain », autant dire un Dieu, soit en dessous de l’humanité, « un être dégradé », autant dire une bête. Il sera alors « passionné de guerre » et ne réalisera plus son essence sociale. Il ne pourra plus s’accomplir en tant qu’être politique, il ne peut plus être un homme. Mais si l’homme ne peut pas exister en dehors de la cité, sous peine de perdre son humanité, qu’est-ce qui peut garantir par ailleurs qu’en se regroupant avec ses congénères, il ne vive pas non plus comme un animal grégaire ?

Troisième étape

Dans un troisième mouvement (jusqu’à « doué de parole »), Aristote va expliciter sa définition en affirmant que la différence spécifique entre l’homme et l’animal grégaire se situe dans le langage.

Selon quel moteur la cité se constitue-t-elle différemment d’un troupeau ? Aristote va partir alors d’un présupposé métaphysique pour répondre à cette question : « la nature ne fait rien en vain ». Cela signifie que la nature est finalisée. Le mouvement de la nature répond à une nécessité interne : tout ce qu’elle fait ou tout ce dont elle dispose, obéit à une cause finale. Or seul parmi les animaux, l’homme a un langage.

Mais en quoi se distingue-t-il de la communication animale ? Et par ailleurs, en quoi le langage peut-il avoir une fonction politique ?

Quatrième étape

Enfin, c’est dans le dernier mouvement du texte qu’il explique que c’est parce que le langage permet de mettre en commun des valeurs morales que l’homme est doué d’une sociabilité naturelle.

L’apparente communication entre les animaux pourrait nous faire croire qu’ils sont doués de langage. Or par leur voix, les animaux n’expriment que des sensations comme le « douloureux » ou l’« agréable ».

Quelle est alors la spécificité du langage humain ? La finalité du langage est de manifester la moralité humaine. Si l’animal n’a pas de langage comme l’homme, ce n’est pas pour des raisons physiologiques (car ils ont la voix en commun) mais parce qu’ils n’ont pas les mêmes choses à manifester.

Conclusion

Aristote définit l’homme dans sa dimension politique et morale : l’homme est un animal politique car il possède des notions de morales qu’il exprime par le langage.

Entretien

Voici d’autres questions que l’examinateur pourrait vous poser lors de ­l’entretien.

 Que signifie : « celui qui vit hors cité, naturellement bien sûr et non par le hasard des circonstances » ?

Celui qui serait naturellement hors de la cité, et non par hasard, c’est-à-dire par le jeu de circonstances qui lui seraient imposées comme un voyage ou un exil, ne peut être imaginé comme un homme.

 Quels sont les enjeux du texte ?

Les enjeux du texte sont d’abord anthropologiques puisqu’il répond à la question « qu’est-ce que l’homme ? ».

Ils sont également politiques, puisqu’à travers la définition de l’homme, on s’interroge sur l’origine des sociétés. On peut aussi parler d’enjeux moraux puisque la morale est ici directement liée à la politique. Enfin, les enjeux du texte sont métaphysiques puisqu’il s’agit d’établir les caractéristiques du langage humain à travers celle d’une nature finalisée.