La puissance états-unienne vue par Barack Obama en 2009

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle S | Thème(s) : Les chemins de la puissance : les Etats-Unis et la Chine depuis 1945
Année : 2015 | Académie : Amérique du Sud


Amérique du Sud • Novembre 2015

analyse de document

La puissance états-unienne vue par Barack Obama en 2009

Après avoir rappelé le contexte dans lequel est prononcé ce discours, présentez les fondements de la puissance états-unienne mentionnés par Barack Obama. Mettez en évidence les limites de l’analyse faite par ce dernier en montrant qu’elle est au service des intérêts des États-Unis.

Document Discours de Barack Obama lors de la remise de son prix Nobel de la paix

Dans le sillage d’une telle destruction [la Seconde Guerre mondiale] et avec l’avènement de l’ère nucléaire, il est apparu clairement aux vainqueurs comme aux vaincus que le monde avait besoin d’institutions afin de prévenir une autre guerre mondiale. C’est ainsi [que] les États-Unis ont conduit le monde à la construction d’une architecture destinée à maintenir la paix : un plan Marshall et une Organisation des Nations Unies, des mécanismes gouvernant les règles de la guerre, et des traités pour protéger les droits de l’homme, prévenir le génocide et limiter les armes les plus dangereuses.

À de nombreux égards, ces efforts ont été couronnés de succès. Certes, des guerres terribles ont eu lieu et des atrocités ont été commises. Mais il n’y a pas eu de Troisième Guerre mondiale. La guerre froide s’est terminée lorsque des foules en jubilation ont fait tomber un mur. Le commerce a recousu la plupart des parties du monde. Des milliards d’êtres humains sont sortis de la pauvreté. Les idéaux de la liberté et de l’autodétermination, de l’égalité et de la règle du droit ont progressé tant bien que mal. […]

Pourtant, dans la première décennie d’un siècle nouveau, cette vieille architecture ploie sous le poids de nouvelles menaces. […] Je suis confronté au monde tel qu’il est et ne puis rester passif face aux menaces qui pèsent sur le peuple américain. Car ne vous leurrez pas : le mal existe dans le monde. Ce n’est pas un mouvement non violent qui aurait pu arrêter les armées d’Hitler. Aucune négociation ne saurait convaincre les chefs d’Al-Qaïda de déposer leurs armes. […]

Le monde doit se rappeler que ce ne sont pas que les institutions internationales, les traités et les déclarations qui lui ont apporté la stabilité après la Deuxième Guerre mondiale. Quelques erreurs que nous ayons commises, la vérité toute simple est celle-ci : les États-Unis d’Amérique ont contribué à garantir la sécurité mondiale pendant plus de soixante ans par le sang de leurs citoyens et par la force de leurs armes. […]

Les États-Unis ne vacilleront jamais dans leur engagement en faveur de la sécurité internationale. Mais dans un monde où les menaces sont plus répandues et les missions plus complexes, l’Amérique ne peut pas agir dans l’isolement. L’Amérique ne peut à elle seule assurer la paix. […] C’est pourquoi l’OTAN continuera d’être indispensable. C’est pourquoi nous devons renforcer les missions de maintien de la paix de l’ONU et d’organismes régionaux, et ne pas laisser cette tâche à quelques pays seulement. […] Tout en comprenant qu’il y aura toujours des guerres, nous pouvons rechercher la paix.

Extraits du discours du président Barack Obama à l’occasion de la réception de son prix Nobel de la paix, le 10 décembre 2009, à Oslo.

Les clés du sujet

Lire la consigne

La consigne est centrée sur la notion de puissance, qui désigne la capacité d’un État (ici les États-Unis) à exercer une influence sur les autres, dans différents domaines. En vous appuyant sur le texte, vous distinguerez la puissance dure (hard power) de la puissance douce (soft power).

Observer le document

Il s’agit d’un des plus célèbres discours du président des États-Unis Barack Obama, prononcé en décembre 2009, quelques mois seulement après son entrée en fonction. Recevant le prix Nobel de la paix, il développe, en se référant à l’histoire du monde depuis 1945, sa conception de la politique extérieure. Ce texte reflète une vision typiquement américaine des relations internationales.

Définir les axes de l’analyse

Le libellé de la consigne ainsi que la structure du texte peuvent vous guider dans la construction du plan. Une première partie peut être consacrée au contexte historique, en distinguant le contexte lointain et le contexte immédiat ; une deuxième partie aux fondements, c’est-à-dire aux bases de la puissance états-unienne ; une dernière partie, faisant davantage appel à vos connaissances et à votre esprit critique, aux limites de l’analyse de l’auteur.

Corrigé

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Les titres en couleur servent à guider la lecture mais ne doivent en aucun cas figurer sur la copie.

Introduction

[Présentation du document] Le document proposé est un extrait du discours du président des États-Unis Barack Obama, prononcé à Oslo le 10 décembre 2009 à l’occasion de la réception de son prix Nobel de la paix. Il y présente les grands axes de la politique extérieure de son pays.

[Problématique et annonce du plan] L’analyse de ce texte nous permettra de déterminer sa vision de la puissance états-unienne. Pour ce faire, nous préciserons le contexte historique dans lequel il s’inscrit, puis les fondements de cette puissance avant de mettre en évidence les limites du point de vue de l’auteur.

I. Un contexte pluriel

1. L’après-guerre froide

L’auteur présente cette période comme celle de progrès en matière de développement, liés à l’extension du libre-échange (« Le commerce […] pauvreté »).

Il rappelle également la démocratisation de nombreux pays (« Les idéaux de la liberté […] mal »), notamment les anciennes démocraties populaires.

2. L’après 11-Septembre

L’auteur évoque le début du xxie siècle comme une période plus incertaine (« Pourtant […] de nouvelles menaces »).

Info

Dès 1998, des ambassades américaines en Afrique sont la cible d’attentats.

Depuis le 11 septembre 2001, le monde entier est confronté à la menace terroriste d’Al-Qaïda (« Aucune négociation […] armes »).

3. L’après George W. Bush

Dès 2009, le président Obama, qui succède à George W. Bush, annonce le retrait des troupes américaines d’Irak, envahi en 2003 au nom de la guerre contre le terrorisme (« Quelques erreurs que nous ayons commises »).

En juin, il prononce le discours du Caire dans lequel il préconise des relations pacifiques entre les États-Unis et le monde musulman.

II. Les fondements de la puissance états-unienne

1. La défense de valeurs universelles

Gagnez des points !

Sachez tenir compte du temps long pour éclairer le point de vue de l’auteur.

Selon Barack Obama, les États-Unis ont vocation à défendre des principes universels. Il est ainsi l’héritier des présidents Wilson et Roosevelt.

Il s’agit de la paix, des droits de l’homme, de la liberté et du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

2. L’action des institutions internationales

Selon l’auteur, la puissance états-unienne s’appuie sur des institutions internationales qu’elle a contribué à fonder. Elles lui permettent de s’exprimer dans le cadre du multilatéralisme (« L’Amérique ne peut à elle seule assurer la paix »).

Il s’agit de l’ONU dont le rôle est rappelé à plusieurs reprises et de l’OTAN (Organisation du traité de l’Atlantique Nord) qui coordonne les actions militaires des États-Unis et de leurs alliés.

3. L’action militaire des États-Unis

Depuis 1945, les États-Unis, première puissance militaire, jouent le rôle de « gendarmes du monde » (« les États-Unis […] de leurs armes »).

Selon l’auteur, cette puissance a permis d’assurer la paix dans le monde (« Le monde […] mondiale »).

III. Les limites de cette analyse

1. La défense des intérêts économiques et financiers des États‑Unis

La défense de la sécurité internationale est un moyen pour les États-Unis de sécuriser les échanges commerciaux (ex. : approvisionnement en pétrole du Moyen-Orient).

Déléguer certaines missions à l’ONU leur permet également de réduire leurs dépenses militaires, grevées par l’intervention en Irak (« c’est pourquoi […] seulement »).

2. La défense de leurs intérêts politiques

La relative prudence de Barack Obama en matière d’interventions extérieures est destinée à revaloriser l’image des États-Unis, entachée par la guerre en Irak.

Cependant, les États-Unis n’hésitent pas à agir de façon unilatérale, en particulier pour lutter contre le terrorisme (« Aucune négociation […] leurs armes »).

Conclusion

[Réponse à la problématique] Dans un contexte complexe, les États-Unis affirment leur puissance diplomatique et militaire dans une logique multilatérale tout en préservant leurs intérêts.

[Critique du document] Ce discours est révélateur des continuités et ruptures de la politique extérieure des États-Unis. Cependant, répondant aux exigences d’une cérémonie de remise d’un prix Nobel, il reste très général.