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La rivalité entre puissances régionales au Moyen-Orient

Étude critique de document

La rivalité entre puissances régionales au Moyen-Orient

2 heures

10 points

Intérêt du sujet L'étude de ce document tout à fait explicite vous permettra de mobiliser assez aisément vos connaissances sur l'histoire contemporaine du Moyen-Orient pour présenter les enjeux d'une rivalité de puissances.

 

 Étudiez de façon critique ce document pour présenter les enjeux et les manifestations de la rivalité entre l'Arabie saoudite et l'Iran au Moyen-Orient.

DocumentRivalités dans le golfe Persique

Sur les terrains syrien et libanais, l'affrontement entre l'Arabie saoudite et l'Iran est donc hautement visible. Mais il a ses sources ailleurs. La République islamique n'a jamais accepté la prétention de l'Arabie saoudite à régenter la péninsule arabique, ni à exercer une sorte de califat sur le monde musulman.

La rivalité entre les deux pays prend naissance dans les années 1970, avec le retrait britannique de la région. Le shah se positionne alors en gendarme du golfe Persique. La Révolution islamique, elle, s'en prend aux dirigeants impies de son voisinage, fomente des troubles en Arabie saoudite, notamment lors des grands pèlerinages, voire des attentats. L'Arabie saoudite encaisse d'abord, puis contre-attaque, en redoublant de prosélytisme wahhabite1 dans le monde musulman, en créant le Conseil de coopération du Golfe (CCG) et en soutenant, après une période d'hésitation, Saddam Hussein dans sa guerre contre l'Iran (1980-1988).

Il y a bien un effort d'apaisement après la mort de Khomeini en 1989, mais le 11 septembre et l'intervention américaine en Irak remettent tout en cause. L'Arabie saoudite ne supporte pas de voir des chiites au pouvoir à Bagdad. Dès lors que la démocratie est invoquée dans la vague des printemps arabes, elle supporte mal aussi le maintien au pouvoir en Syrie d'un clan issu de la petite minorité alaouite. Elle supporte encore moins que la signature en 2015 d'un accord nucléaire entre six puissances et l'Iran permette à celui-ci d'échapper à sa condition de hors-la-loi. Et à la faveur de la prise de pouvoir de facto du jeune prince héritier, Mohammed ben Salman, comme de l'arrivée de Donald Trump, l'Arabie saoudite abandonne sa politique prudente, presque timide, qui réfrénait jusqu'alors l'expression publique de son hostilité à l'Iran.

L'Iran, comme souvent, attend la faute de l'adversaire pour réagir. Lorsqu'en mars 2015, Mohammed ben Salman lance contre les rebelles houthis2 du Yémen une campagne de frappes aériennes, l'Iran vient discrètement à leur secours, juste assez pour maintenir une plaie saignante au flanc de l'Arabie saoudite. La campagne, qui devait être brève, dure toujours au printemps 2018. De même, lorsque l'Arabie saoudite, suivie par quatre autres pays, rompt en juin 2017 ses relations diplomatiques et économiques avec le Qatar, coupant ses liens de communication terrestre, l'Iran s'empresse de l'approvisionner par voies maritime et aérienne.

François Nicoullaud, in Thierry de Montbrial, Dominique David (dir.), Ramses 2019. Les Chocs du futur, Institut français des relations internationales/Dunod, 2018, Malakoff.

1. Wahhabite : relatif au wahhabisme, doctrine puritaine islamique.

2. Houthis : à l'origine, membres d'une tribu du Yémen. Actuellement, le terme désigne les combattants d'un mouvement politique et religieux.

 

Les clés du sujet

Identifier le document

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Comprendre la consigne

La consigne porte sur les relations conflictuelles entre les deux puissances régionales du golfe Persique : l'Arabie saoudite et l'Iran. Vous devez préciser ce qui les motive et la façon dont s'exprime cet antagonisme.

Chaque paragraphe du texte vous indique les facteurs de tension entre les deux États puis mentionne des événements qui les illustrent.

Dégager la problématique et construire le plan

La consigne vous invite à expliquer la rivalité entre l'Arabie saoudite et l'Iran tout en la décrivant. La notion de puissance est implicite.

Une formulation synthétique de la problématique vous permet d'englober ces deux dimensions : comment l'Arabie saoudite et l'Iran s'affirment-ils comme des puissances rivales au Moyen-Orient ?

Tableau de 3 lignes, 2 colonnes ;Corps du tableau de 3 lignes ;Ligne 1 : I. Les enjeux d'une rivalité; Quelles sont les ambitions de l'Arabie saoudite ?Quelles sont celles de l'Iran ?; Ligne 2 : II. Une rivalité diplomatique; Comment les deux puissances tentent-elles de se contenir ?À quelles occasions s'opposent-elles diplomatiquement ?; Ligne 3 : III. Une rivalité militaire; Dans quel contexte international les deux États s'affrontent-ils ?Quels sont les conflits directs et indirects entre ces puissances ?;

Introduction

Les titres et les indications entre crochets ne doivent pas figurer sur la copie.

[Présentation du document] Le document proposé est un article géopolitique extrait de l'ouvrage Les Chocs du futur. Ramses 2019. Il a été écrit par le chercheur François Nicoullaud en 2018 au moment de fortes tensions dans le golfe Persique. Il rappelle les origines et l'historique de l'antagonisme entre l'Arabie saoudite et l'Iran. [Problématique] Nous étudierons ce document de façon critique pour répondre à la question suivante : comment l'Arabie saoudite et l'Iran s'affirment-ils comme des puissances rivales au Moyen-Orient ? [Annonce du plan] Pour ce faire, nous présenterons d'abord les enjeux de cette rivalité [I] puis ses manifestations dans le domaine diplomatique [II] et dans le domaine politique [III].

I. Les enjeux de la rivalité entre l'Arabie saoudite et l'Iran

1. Un enjeu politique : le leadership régional

Comme le rappellent les lignes 3-5 du document, l'Arabie saoudite entend imposer son influence sur l'ensemble de la péninsule arabique, ce que lui conteste l'Iran.

Pour exercer son influence régionale, l'Arabie saoudite peut compter sur une armée puissante (ses dépenses militaires sont les plus élevées de la région) et son rôle au sein du Conseil de coopération du Golfe.

mot clé

Le Conseil de coopération du Golfe est une organisation régionale siégeant à Ryad qui regroupe six États du golfe Persique.

De son côté, l'Iran se présente comme « ­gendarme du golfe Persique » depuis les années 1970 en ­contrôlant l'accès au détroit d'Ormuz. Il dispose d'une armée aguerrie et soudée par un fort sentiment national ; de plus, le pays compte des alliés dans la région (la Syrie, l'Irak, le Hezbollah libanais, le Hamas palestinien).

2. Un enjeu religieux : l'antagonisme sunnisme/chiisme

Aux lignes 4-5, l'auteur rappelle l'ambition de l'Arabie saoudite d'« exercer une sorte de califat sur le monde musulman ». Le pays abrite en effet le plus grand lieu saint de l'islam à La Mecque et se veut le garant de la pureté religieuse (l. 8-13).

Par ailleurs, l'Arabie saoudite accueille le siège de la Ligue islamique mondiale qui forme les imams et finance la construction de mosquées dans le monde entier.

L'Iran conteste ce rôle à son adversaire dont elle considère les dirigeants comme « impies » (l. 9). En effet, les chiites, majoritaires en Iran, contestent aux dirigeants sunnites saoudiens la direction de l'ensemble des musulmans. De plus, ils dénoncent leur alliance avec les États-Unis, rapprochement jugé contre-nature.

[Transition] Ainsi, l'antagonisme entre l'Arabie saoudite et l'Iran est fondé sur des enjeux politiques et religieux. Il se traduit en premier lieu par une rivalité diplomatique.

II. Une rivalité diplomatique

1. Un « bloc saoudien » ?

Depuis 1981, le Conseil de coopération du Golfe (évoqué l. 13) regroupe autour de l'Arabie saoudite six autres monarchies arabes et musulmanes : Oman, le Koweït, Bahreïn, les Émirats arabes unis et le Qatar. Il fait contrepoids à la puissance iranienne.

Mais cette alliance se fissure en 2017 avec la rupture des relations diplomatiques de l'Arabie saoudite et de quatre autres pays avec le Qatar, accusé de soutenir le terrorisme et d'être trop proche de l'Iran (l. 35-38).

à noter

Un processus de rapprochement diplomatique entre l'Arabie saoudite et le Qatar s'amorce depuis 2019.

2. Une diplomatie iranienne active

Considéré comme un paria international depuis 1979, l'Iran sort de son isolement en signant en 2015 un accord international sur le nucléaire (l. 22-24). Celui-ci prévoit le renoncement au nucléaire militaire et la levée des sanctions économiques contre l'Iran.

En 2017, l'Iran soutient le Qatar contre l'Arabie saoudite en contournant le blocus terrestre par un approvisionnement maritime et aérien (l. 37-38). Il s'ingère ainsi dans des litiges internes au camp sunnite pour en favoriser la division.

Le secret de fabrication

On reprend ici l'exemple de la crise qatarie déjà évoquée dans la première sous-partie, en adoptant le point de vue iranien. Il ne s'agit pas d'une simple redite mais d'un changement de perspective qui vous permet de donner de la cohérence à l'ensemble de la deuxième partie : la diplomatie iranienne est une réponse à la diplomatie saoudienne.

[Transition] Ainsi, face au « bloc saoudien », l'Iran mène une diplomatie active pour le fragiliser. Cependant, cette rivalité diplomatique se double d'une rivalité militaire.

III. Une rivalité militaire

1. Aux débuts de la République islamique (1979-1989)

En 1979, l'Iran soutient des mouvements de déstabilisation en Arabie saoudite comme lors de l'attaque de la grande mosquée de La Mecque par des fondamentalistes islamistes en 1979 (l. 9-11).

Lors de la guerre Iran-Irak (1980-1988), l'Arabie saoudite soutient l'Irak de Saddam Hussein aux côtés des puissances occidentales contre l'Iran de l'ayatollah Khomeini (l. 14-15). L'auteur rappelle que ce choix a été précédé d'une période d'hésitation en raison de l'ambition de Saddam Hussein de devenir le leader du monde arabe, ce qui effrayait la monarchie saoudienne.

2. Dans les années 2010

Le maintien au pouvoir de Bachar Al-Assad en Syrie en pleine révolution arabe est un camouflet pour l'Arabie saoudite (l. 18-19). En effet, ce dirigeant, soutenu par l'Iran, est membre de la minorité chiite du pays.

Cependant, le pays sort de sa réserve avec l'arrivée au pouvoir du prince Mohammed ben Salman en 2015, soutenu par les États-Unis. Ainsi, il forme une coalition arabe sunnite (avec les membres du Conseil de coopération du Golfe notamment) pour intervenir au Yémen contre une rébellion de la minorité chiite houthie. Cette intervention baptisée « Tempête décisive » s'enlise en raison du soutien militaire de l'Iran aux rebelles (l. 30-34).

à noter

La guerre a détruit le pays, provoqué la mort de 10 000 personnes et entraîné la famine et une épidémie de choléra.

Conclusion

[Réponse à la problématique] Ainsi, la rivalité entre l'Arabie saoudite et l'Iran au Moyen-Orient repose sur des enjeux de puissance et d'antagonisme religieux. Elle se manifeste par une opposition diplomatique entre un groupe d'États soudés autour du royaume saoudien et l'État perse isolé mais s'appuyant sur les communautés chiites de la région. Elle se traduit également par un affrontement militaire direct (guerre Iran-Irak) ou indirect (guerre au Yémen). [Critique du document] L'intérêt de ce document est de souligner la diversité des enjeux de conflits entre les deux puissances et de retracer leur antagonisme sur plusieurs décennies. Cependant, il évoque peu la dimension mondiale de cette rivalité avec le jeu des grandes puissances.

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