La rizipisciculture

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Annales corrigées
Classe(s) : 1re ES - 1re L | Thème(s) : Vers une agriculture durable
Type : Partie 1 | Année : 2013 | Académie : Moyen-Orient
 
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet & Corrigé
 
La rizipisciculture
 
 

Nourrir l’humanité

Thèmes communs

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Liban • Mai 2013

Nourrir l’humanité • 8 points

La rizipisciculture est une association de la culture du riz et de l’élevage de poissons très utilisée en Asie et dans certains pays d’Afrique.

« Enclavée, soumise à des afflux de réfugiés depuis 1990, la Guinée forestière souffre d’une grave pénurie alimentaire. Comme toute forme d’élevage, la pisciculture pourrait offrir une nouvelle source de nourriture. Cependant, les bas-fonds, propices à la création d’étangs, sont déjà occupés par les rizières. L’idée a donc été d’associer l’élevage de poissons à la culture du riz à l’instar de ce qui se fait en Asie. »

D’après un article extrait de Sciences au Sud n° 7, novembre‑décembre 2000, http://www.ird.fr/


 

Tilapias pêchés dans une rizière de Guinée.

Document 1

Organisation des canaux en rizipisciculture

La rizipisciculture nécessite des transformations des rizières : construction de petites digues, d’étangs refuges et de canaux. L’étang refuge permet aux poissons un accès à la nourriture quand le niveau de l’eau baisse et facilite leur pêche. La rizipisciculture nécessite l’achat d’alevins1 qui seront introduits dans les rizières.


 

D’après www.ag.aubrun.edu (introduction à la rizipisciculture).

1 Jeunes poissons.

Document 2

Actions des poissons sur l’écosystème rizière

Les systèmes riz-poisson peuvent améliorer les fertilisations du sol via les excréments des poissons (permettant une réduction de l’usage d’engrais par rapport à la riziculture classique). De plus, les poissons dévorent les insectes et les mollusques aquatiques qui pullulent dans les rizières et se nourrissent des jeunes pousses de riz. Les poissons protègent donc les plants de riz sans qu’il soit nécessaire de recourir aux pesticides. D’autre part, le fait de laisser la rizière en eau réduit aussi la pousse des mauvaises herbes et donc l’utilisation de désherbant.

D’après ENGREF, Centre de Montpellier, mars 2007


 

Schéma simplifié du fonctionnement de l’écosystème rizicole associé à la pisciculture

D’après Pisciculture extensive en Guinée forestière, Modèle de développement intégré et rizipisciculture.

Document 3

Rendements piscicoles et du riz lors d’une expérimentation menée en 2000 et 2001 en Guinée

 

Riziculture classique (cas témoin)

Rizipisciculture

Rizipisciculture + son de riz

C1, C2, C3 : casiers sans élevage de poissons.
L’installation des poissons (Tilapia zillii) dans les casiers s’est faite naturellement.

C4, C5, C6 : casiers avec élevage de deux espèces de poissons* Oreochromis nilocitus et Tilapia zillii.

C7, C8, C9 : casiers avec élevage de deux espèces de poissons* Oreochromis nilocitus et Tilapia zillii et apport de son de riz (enveloppes du grain de riz).

Les casiers, numérotés de 1 à 9, sont des bassins de riziculture ou de rizipisciculture de 600 m2 chacun.

Production de riz

1,50 tonne/ha

1,45 tonne/ha

1,65 tonne/ha

Production de poissons

324 kg/ha

700 kg/ha (pour 100 kg/ha d’alevins d’Oreochromis nilocitus introduits)

1 055 kg/ha (pour 100 kg/ha d’alevins d’Oreochromis nilocitus introduits)

 

D’après Pisciculture extensive en Guinée forestière, Modèle de développement intégré et rizipisciculture.

* L’espèce Oreochromis nilocitus est l’espèce introduite pour la pisciculture. L’espère Tilapia zillii est une espèce sauvage présente naturellement dans les rizières.

> Monsieur T. est responsable du développement de nouvelles formes d’agriculture. Il doit rédiger un rapport sur le projet d’installation d’une rizipisciculture dans un village de Guinée forestière, projet dont l’objectif est d’améliorer les conditions de vie et la santé des populations tout en préservant l’environnement. Rédigez le rapport de ce responsable.

Vous développerez votre argumentation en vous appuyant sur les documents et vos connaissances (qui intègrent entre autres les connaissances acquises dans différents champs disciplinaires).

Interpréter la question

Il s’agit d’exploiter les documents (vos connaissances sont nécessaires, notamment pour le document 2) afin de démontrer que la rizipisciculture est la solution à la pénurie alimentaire en Guinée. Il faut donc démontrer qu’elle permet de produire davantage de nourriture sur une même surface que la riziculture classique. Les documents permettent également de démontrer qu’elle offre, par ailleurs, de grands avantages environnementaux via l’amélioration de la structure et de la vie des sols.

Comprendre les documents

  • Le document 1 présente la structure d’une rizipisciculture par rapport à une riziculture classique. Dans votre réponse, il faut signaler les différences afin que l’on comprenne bien le principe de la rizipisciculture.
  • Le document 2 présente les avantages de l’introduction des poissons : réduction des engrais et de l’usage de pesticides, baisse de la pollution liée au lessivage des ions nitrates (n’oubliez pas de parler du complexe argilo-humique).
  • Le document 3 est une étude comparative qui présente des résultats chiffrés au niveau des rendements des rizicultures et des rizipiscicultures ; il faut donc exploiter ces chiffres, les comparer et les interpréter.

Organiser la réponse

  • L’introduction et le document 1, qui présentent la pénurie alimentaire en Guinée et le fonctionnement de la rizipisciculture, doivent être exploités en premier.
  • Chaque document permet de développer une ou plusieurs grandes idées. Mais ils se complètent aussi : ainsi, pour bien comprendre le fonctionnement d’une rizipisciculture, le document 1 est indispensable mais les documents 2 et 3 apportent des informations complémentaires. Pour interpréter les chiffres du document 3, il est important de connaître quelques informations sur les chaînes alimentaires des animaux de la riziculture, données dans le document 2.
  • N’oubliez pas de conclure en résumant les différents avantages de la rizipisciculture en relation avec la pénurie alimentaire et la préservation de l’environnement.
Corrigé

Rapport sur le projet d’installation d’une riziculture en Guinée forestière

Mesdames, Messieurs,

Enclavée, soumise à des afflux de réfugiés depuis 1990, la Guinée forestière souffre aujourd’hui d’une grave pénurie alimentaire. Pour faire face à cette crise, il faut augmenter la production alimentaire. La rizipisciculture est une solution prometteuse, car elle allie sur une même surface la culture du riz – qui existe déjà – à la pisciculture. Comme je vais le détailler dans ce qui suit, cette association permet non seulement d’augmenter les rendements sur les rizières déjà existantes, mais permet également de réduire fortement les nuisances environnementales.

Comment fonctionne cette association ?

Il s’agit d’introduire des alevins de poissons dans les canaux des rizières et de transformer ces dernières de manière à ce qu’elles soient en permanence immergées, en créant notamment des étangs-refuges pour les poissons. Lorsque le niveau de l’eau des rizières baisse, cela leur garantit un accès à la nourriture et facilite leur pêche.

Les rendements en chiffres

Les chiffres suivants ont été obtenus par une équipe de chercheurs de Guinée au cours d’une étude comparative entre une riziculture classique et une rizipisciculture :

  • dans une riziculture classique, le poisson Tilapia zillii, comestible, s’installe naturellement dans les canaux des rizières. Le rendement de cette association est de 1,50 t/ha de riz et de 324 kg/ha de poissons ;
  • dans une rizipisciculture où l’on a introduit des alevins d’Oreochromis nilocitus en plus de l’espèce autochtone Tilapia zillii, la production de riz est de 1,45 t/ha, ce qui est presque identique au rendement en riziculture classique, et la production de poissons est de 600 kg/ha (700-100 kg/ha d’alevins introduits), ce qui est presque le double de ce qu’on obtient en riziculture traditionnelle.

Enfin, cette étude démontre également qu’en ajoutant du son de riz (partie qui n’est pas conservée lorsque l’on commercialise le riz blanc), donc en utilisant par exemple le son de riz issu des récoltes précédentes, on augmente nettement les rendements de riz et de poissons : la production de riz passe à 1,65 t/ha, et la production de poissons à 1 055 kg/ha.

Comment interpréter ces chiffres ? On peut supposer que le son de riz, nourriture riche, permet de nourrir des organismes qui ne s’attaquent alors plus aux jeunes pousses de riz. Par ailleurs, les chaînes alimentaires sont stimulées, et les poissons ayant une nourriture abondante à leur portée se multiplient davantage. Les cultures sont protégées et leur rendement augmente.

La qualité des productions et de l’environnement

Cette association riz + poissons est fortement bénéfique pour la qualité des cultures. Une autre étude, résumée dans le document 2, montre que les excréments des poissons sont décomposés et minéralisés lentement en ions nitrates (NO3) et en ions ammonium (NH4+) par les micro-organismes du sol, ce qui structure le sol, entretient le complexe argilo-humique, nourrit les plantes tout le temps que dure la culture, et évite le lessivage des ions NO3 (négatifs, donc moins retenus par le CAH), ce qui est l’un des reproches majeurs fait aux engrais traditionnels.

En résumé, les agriculteurs paient moins d’engrais et la qualité des sols et des cultures s’améliore. On entre alors dans une forme de production durable.

Enfin, un autre grand avantage de cette association entre le riz et les poissons est qu’elle réduit fortement le recours aux pesticides : les poissons dévorent les insectes et les mollusques aquatiques qui pullulent dans les rizières et se nourrissent des jeunes pousses de riz. Il n’est alors plus nécessaire de protéger ces dernières par des insecticides. Le fait de laisser la rizière en eau réduit aussi la pousse des mauvaises herbes, et donc l’utilisation de désherbant.

En conclusion, j’espère vous avoir convaincu par ce rapport que la rizipisciculture est particulièrement adaptée à la Guinée : elle offre une solution à la pénurie alimentaire en augmentant la productivité des rizières déjà existantes (poissons + riz), tout en améliorant leur qualité environnementale.