La segmentation du marché du travail

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle ES | Thème(s) : Travail, emploi, chômage
Type : Raisonnement sur un dossier documentaire | Année : 2016 | Académie : France métropolitaine


France métropolitaine • Septembre 2016

raisonnement • 10 points

La segmentation du marché du travail

À l’aide de vos connaissances et du dossier documentaire, vous montrerez que la segmentation du marché du travail met en cause le fonctionnement de ce marché.

document 1

Les théories de la segmentation du marché du travail remettent en cause l’unicité et l’homogénéité du marché du travail, hypothèses affirmées par le modèle néoclassique. Suite aux travaux de P. Doeringer et M. Piore1 […], des économistes proposent de différencier deux marchés du travail : un marché primaire dans lequel les emplois sont stables, bien rémunérés, bien défendus par les syndicats, avec des possibilités de promotion et des conditions de travail satisfaisantes et un marché secondaire dans lequel les emplois sont précaires, mal rémunérés, peu défendus par les syndicats, offrant peu de promotion et avec des conditions de travail difficiles. Seul le marché secondaire correspond au modèle […] néoclassique : le salaire y est déterminé par la confrontation de l’offre et de la demande. Sur le marché primaire, le salaire n’est pas une variable d’ajustement, les entreprises détenant leurs propres règles quant à la fixation des salaires, les conditions d’embauche ou la promotion interne. Ces deux marchés sont relativement étanches, certains travailleurs se trouvant enfermés dans le marché secondaire, sans parvenir à obtenir un emploi dans le secteur primaire. Les théories récentes du marché du travail, en particulier les théories du salaire d’efficience […] donnent des fondements au rationnement2 de l’emploi dans le secteur primaire, au différentiel de salaire entre les deux secteurs et à la persistance du chômage. Par exemple, il peut être dans l’intérêt de l’entreprise de constituer un marché interne3 de la main-d’œuvre où elle mène une politique salariale incitative (salaire d’efficience) pour motiver ses salariés qualifiés à être productifs et pour les dissuader de chercher un emploi ailleurs. […] On peut déduire de ces analyses l’hypothèse de l’existence d’un chômage de file d’attente dû aux difficultés d’insertion sur le marché primaire. Certains demandeurs d’emploi préfèrent attendre de trouver un emploi sur le marché primaire plutôt que d’en accepter un sur le marché secondaire où ils risquent d’être enfermés.

Pierre-André Corpron, Économie, sociologie et histoire du monde contemporain, 2013.

1. Économistes américains.

2. Manque.

3. Marché interne : marché primaire.

document 2 Type de contrat de travail selon les caractéristiques des salariés en 2012 (en %)

CDI1

Intérim

CDD2

y compris apprentis

Ensemble

86,9

2,8

10,3

Sexe

Homme

Femme

87,3

86,5

3,6

1,8

9,1

11,7

Âge

De 15 à 24 ans

De 25 à 49 ans

50 ans ou plus

49,7

90,0

93,8

7,3

2,7

1,1

43,0

7,3

5,1

Catégorie socioprofessionnelle

Cadres et professions intellectuelles supérieures

Professions intermédiaires

Employés qualifiés

Employés non qualifiés

Ouvriers qualifiés

Ouvriers non qualifiés

94,3

90,3

86,3

84,3

87,4

68,9

0,3

1,2

1,2

1,1

5,2

11,2

5,4

8,5

12,5

14,6

7,4

19,9

Source : Insee, Enquête Emploi 2012, calculs Dares.

1. Contrats à durée indéterminée.

2. Contrats à durée déterminée.

Champ : salariés hors fonction publique ; France métropolitaine.

Lecture : parmi les salariés de 15 à 24 ans, 49,7 % sont titulaires d’un emploi en CDI, 7,3 % sont intérimaires et 43 % sont titulaires d’un emploi en CDD en 2012.

document 3 Salaire mensuel net médian (en euros) selon le diplôme, le sexe et la durée depuis la sortie de formation initiale et écarts homme-femme (en %)

Diplôme du supérieur long

Diplôme du supérieur court

Bac et équivalents

Brevet, CEP1 et sans diplôme

Ensemble

Sortis depuis 1 à 4 ans

Hommes

Femmes

Écart de salaire H/F (en %)

2 050

1 700

20,6

1 520

1 470

3,4

1 350

1 270

6,3

1 240

1 140

8,8

1 500

1 440

4,2

Sortis depuis 5 à 10 ans

Hommes

Femmes

Écart de salaire H/F (en %)

2 370

1 950

21,5

1 800

1 650

9,1

1 590

1 340

18,7

1 360

1 220

11,5

1 700

1 590

6,9

Sortis depuis 11 ans ou plus

Hommes

Femmes

Écart de salaire H/F (en %)

3 220

2 330

38,2

2 400

2 000

20,0

2 000

1 630

22,7

1 610

1 380

16,7

1 930

1 650

17,0

Source : Insee, Enquête Emploi 2012.

1. Certificat d’études primaires : ancien diplôme délivré à la sortie de l’école primaire.

Champ : personnes en emploi à temps complet en 2012 ; France métropolitaine.

Les clés du sujet

Entrer dans le sujet

Le marché du travail est celui sur lequel se rencontrent l’offre de travail qui émane des actifs et la demande de travail venant des employeurs.

La segmentation du marché du travail renvoie à une analyse plus ­complexe du marché du travail que le modèle de base et qui repose sur la coexistence de deux marchés du travail ayant des fonctionnements très différents : un marché primaire avec des emplois stables occupés par une main-d’œuvre qualifiée, un marché secondaire regroupant des emplois précaires et peu qualifiés.

Comprendre les documents

Le document 1 explique les fondements des théories de la segmentation du marché du travail. Il existe deux marchés du travail cloisonnés : un marché primaire dont les règles de fonctionnement s’éloignent du modèle néoclassique et un marché secondaire qui a des caractéristiques opposées concernant la détermination de salaires et les caractéristiques des emplois, et qui correspond à la vision néoclassique du marché du travail.

Le document 2 présente le type de contrat de travail des salariés hors fonction publique selon le sexe, l’âge ou la catégorie socioprofessionnelle en France métropolitaine en 2012 et en pourcentage. Il illustre l’hétérogénéité du facteur travail. Si une petite minorité des salariés occupe un emploi non stable, il en ressort que la majorité des 15-24 ans en emploi est concernée par ces types de contrat. On retrouve également une surreprésentation des emplois précaires parmi les salariés non qualifiés (employés et ouvriers).

Le document 3 présente le salaire net médian en euros des salariés travaillant à temps plein selon le diplôme, le sexe et la durée depuis la sortie de formation initiale, ainsi que les écarts femme-homme en 2012. Les salaires médians les plus faibles concernent les « sans-diplôme » et les femmes. Les salaires médians et les écarts de salaire femme-homme augmentent avec l’expérience et le niveau de diplôme.

Définir le plan

Nous montrerons que la segmentation du marché du travail est en contradiction avec l’hypothèse d’homogénéité du facteur travail et la règle de détermination du salaire du modèle de base.

Corrigé

Corrigé

Introduction

Selon le modèle néoclassique, sur le marché du travail se rencontrent une offre de travail qui émane des actifs et une demande de travail exprimée par les employeurs. Comme tout marché, il repose sur des hypothèses de concurrence pure et parfaite. Or des travaux d’économistes ont montré qu’il est en réalité dual et segmenté, composé d’un marché primaire et d’un marché secondaire, aux caractéristiques très différentes. Nous montrerons que cette segmentation remet en cause le modèle de base en infirmant l’hypothèse d’homogénéité du facteur travail et la règle de détermination du salaire.

I. La segmentation du marché du travail, une remise en cause de l’hypothèse d’homogénéité du facteur travail

Deux segments de marché coexistent : un marché primaire avec des salariés en emploi stable et des conditions de carrière avantageuses et un marché secondaire dans lequel dominent les emplois précaires avec peu de perspectives de carrière (document 1). L’offre de travail apparaît comme profondément hétérogène, évoluant sur ces deux segments de marché différents.

Les données statistiques illustrent ce principe. Le marché primaire concerne près de 90 % des salariés en France, en 2012, avec des caractéristiques opposées à celles des actifs présents sur le marché secondaire sur lequel sont surreprésentés les jeunes et les peu qualifiés. Plus de la moitié des salariés âgés de 15 à 24 ans ont un contrat à durée déterminée ou sont intérimaires, tandis que 31,1 % des ouvriers non qualifiés n’ont pas d’emploi stable (document 2). Ces deux marchés sont compartimentés, c’est-à-dire qu’il est très difficile pour les actifs de passer de l’un à l’autre (document 1).

II. Un marché du travail composé de segments aux règles de fixation de salaires très différentes

Info

Le salaire d’efficience vise à attirer et à fidéliser les employés les plus productifs, et donc à augmenter la productivité de l’entreprise.

L’existence d’un marché segmenté remet en cause le principe néoclassique selon lequel la rencontre de l’offre et de la demande de travail aboutit à la formation d’un taux de salaire réel d’équilibre. Les salariés qualifiés, évoluant sur le marché primaire, vont avoir un pouvoir de négociation plus important que les salariés sans diplôme peu expérimentés. Plus encore, les entreprises vont chercher à fidéliser cette main-d’œuvre en fixant un salaire dit d’efficience plus élevé que le salaire d’équilibre (document 1).

Les écarts de salaire médian rendent compte des différences de modes de gestion de l’emploi. En 2012, les hommes diplômés du supérieur, sortis de formation initiale depuis onze ans et plus, ont un salaire médian plus de deux fois plus élevé que celui des salariés sortis depuis un à quatre ans de formation initiale (document 2). Les salariés évoluant sur le marché secondaire, dénués d’expérience et peu diplômés, davantage touchés par le chômage, sont contraints d’accepter le salaire de marché.

Conclusion

La segmentation du marché du travail repose sur une offre de travail hétérogène et des règles de gestion de l’emploi différentes remettant ainsi en cause le fonctionnement classique du marché de travail.