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La situation géoéconomique actuelle du Brésil

Antilles, Guyane • Septembre 2017

étude critique de documents

La situation géoéconomique actuelle du Brésil

 À partir des deux documents, décrivez la situation géoéconomique actuelle du Brésil, ses atouts et ses fragilités.

Document 1

En 2015, le produit intérieur brut du Brésil a reculé de 3,8 %, le pire résultat en vingt-cinq ans, et 2016 ne s'annonce guère plus favorable : selon les prévisions, le niveau d'activité pourrait chuter d'au moins autant cette année. Deux années consécutives de récession, le Brésil n'avait pas vu ça depuis… les années Trente.

L'Amérique latine dans son ensemble est touchée par le ralentissement de la Chine, friande de ces matières premières dont l'économie régionale reste dépendante. Mais pour le Brésil, première économie du sous-continent, le revers est brutal. En 2003, l'arrivée de la gauche au pouvoir, avec Lula, chef historique du Parti des travailleurs, semblait inaugurer un cercle vertueux. La croissance économique avait permis de sortir 40 millions de Brésiliens de la pauvreté. Mais avec sa protégée, Dilma Rousseff, qui lui a succédé en 2010 et a été réélue fin octobre 2014, la machine s'est grippée. La consommation, qui tirait l'activité pendant les années fastes, est désormais en repli.

Malgré la récession, l'inflation sévit, entre autres à cause de la forte dévalorisation du real1 – qui a cependant permis de relancer les exportations. En un an, le nombre de chômeurs – plus de neuf millions au total – a bondi de 43 %. Les jeunes sont les plus touchés.

Extrait de l'article de Clément Brault, « Le Brésil s'enfonce dans la récession », publié dans La Croix, 18 avril 2016.

1. Real : unité monétaire du Brésil.

Document 2

Le Brésil suscite depuis la fin 2015 un regain d'intérêt de la part des investisseurs étrangers. Selon le Rio Times1 « du fait des taux de change et de la faiblesse de l'économie brésilienne », le pays constitue une option intéressante pour beaucoup d'entre eux.

Lors d'une conférence organisée le 12 avril par le quotidien O Estado de São Paulo, experts et représentants de sociétés internationales ont notamment beaucoup parlé immobilier. Pour Daniel Maranhão, membre du cabinet d'expertise Grant Thornton2, « la dévaluation du real est, avec les facteurs politiques actuels, l'une des raisons pour lesquelles le Brésil constitue aujourd'hui une option attractive ».

Le grand nombre de propriétés disponibles ainsi que la possibilité de les acquérir à bas prix font du pays une sorte d'Eldorado. « Le Brésil est très perturbé par ses faibles performances économiques et l'incertitude politique dans laquelle il se trouve. Ce type de situations crée des opportunités », renchérit Kenneth Caplan, directeur des investissements de Blackstone3.

En 2015, les prix de l'immobilier ont chuté de près de 20 %. Une baisse susceptible de se poursuivre jusqu'en 2017.

Extrait de l'article intitulé « Le Brésil séduit de plus en plus les investisseurs étrangers », publié dans The Rio Times et repris par Courrier international le 8 mai 2016.

1. Fondé en 2009, The Rio Times est un quotidien anglophone généraliste de Rio qui s'adresse principalement aux étrangers vivant au Brésil.

2. Grant Thornton est un groupe d'audit, d'expertise et de conseil financier fondé aux États-Unis, dont le siège social est à Londres.

3. Blackstone est une banque d'investissement américaine dont le siège social est à New York. Cette banque est spécialisée dans les acquisitions immobilières de chaînes d'hôtels et de parcs de loisirs.

Les clés du sujet

Lisez la consigne

La consigne propose une analyse en deux temps de la situation géoéconomique actuelle du Brésil : atouts et fragilités. Attention cependant : il ne suffira pas de relever dans les deux documents ce qui tient lieu d'atouts et ce qui représente des fragilités. L'épreuve s'intitule « étude critique » : cela suppose des connaissances qui permettront de compléter, nuancer ou aggraver le bilan proposé par les deux textes.

La problématique doit s'organiser autour des notions d'émergence et de crise : dans quelle mesure la crise que traverse actuellement le Brésil remet-elle en question l'émergence du géant sud-américain permise par la mondialisation contemporaine ?

Analysez les documents

Les documents sont deux extraits d'articles de presse. Le document 1 est issu d'un quotidien français, La Croix. Le document 2 vient d'un journal brésilien, basé à Rio de Janeiro, qui paraît en langue anglaise, The Rio Times. Fondé récemment (2009), celui-ci s'adresse essentiellement aux expatriés anglophones de la région carioca. Son article a été repris par l'hebdomadaire Courrier international qui propose au lecteur français des textes tirés de multiples journaux à travers le monde.

Les deux documents sont parus en avril et mai 2016. S'ils donnent ainsi accès à des données très récentes, certaines d'entre elles sont cependant devenues obsolètes. Une bonne connaissance de l'actualité du Brésil est donc utile.

Le document 1 se concentre sur les aspects négatifs (les « fragilités »). Le document 2 est plus optimiste et montre comment la crise offre des opportunités aux investisseurs étrangers.

Définissez les axes de l'étude

• Vous pouvez vous contenter d'un plan en deux parties (fragilités et atouts), à condition de ne pas le réduire à une simple répétition des documents. Il faut replacer la situation géoéconomique du Brésil dans le contexte d'une émergence par la mondialisation.

• La première partie fera donc le bilan d'une crise multidimensionnelle et en donnera les facteurs explicatifs. La seconde complétera les atouts immobiliers indiqués dans le document 2 par la mise en évidence des points forts du Brésil, grâce à vos connaissances personnelles.

Corrigé

Les titres en couleurs servent à guider la lecture et ne doivent en aucun cas figurer sur la copie.

Introduction

[Accroche] Fin de samba pour le Brésil ! Après une coupe du monde de football 2014 désastreuse et des Jeux olympiques de 2016 à Rio de Janeiro à peine moins calamiteux, les nuages semblent s'être accumulés sur le géant sud-américain.

[Présentation des documents] Le document 1 en fait état : cet article de presse, tiré du quotidien français La Croix et daté d'avril 2016, résume en quelques lignes la crise dans laquelle s'enfonce le pays. À peine plus récent, le document 2 paraît plus optimiste. Il faut dire qu'il est extrait d'un journal carioca en langue anglaise, The Rio Times, dont le lectorat est composé d'expatriés aux situations avantageuses. L'opposition apparente des deux documents doit permettre de faire le point sur la situation géoéconomique actuelle du Brésil.

[Problématique] Dans quelle mesure la crise que traverse le pays remet-elle en question l'émergence permise par la mondialisation contemporaine ?

[Annonce du plan] Le Brésil traverse incontestablement une crise multi­dimensionnelle profonde, dont le document 1 rend partiellement compte. Mais « Dieu est brésilien », se plaît à affirmer un dicton local, sinon le document 2, évoquant les multiples raisons poussant à l'optimisme.

I. Une crise multidimensionnelle

• Si le pays a plutôt bien traversé la crise de 2008, depuis 2014 le bilan s'est largement dégradé. « En 2015, le produit intérieur brut [PIB] du Brésil a reculé de 3,8 % », souligne le document 1 (l. 1). Et « 2016 ne s'annonce guère plus favorable » (l. 2-3) : un pronostic confirmé par le chiffre dont nous disposons aujourd'hui : – 3,6 %. Ces deux années ont donc vu le PIB brésilien chuter de plus de 7 %. Une telle récession, que le journaliste de La Croix compare à la crise des années 1930, est en effet brutale.

conseil

Éclairez les chiffres du texte par vos connaissances.

La crise a une dimension sociale importante. Certes « 40 millions de Brésiliens » (doc. 1, l. 12) sont sortis de la pauvreté sous l'ère du président Luiz Inácio Lula da Silva, grâce notamment aux programmes sociaux. Mais le recul de l'activité à partir de 2015 est tel qu'il entraîne des conséquences sociales majeures : explosion du chômage (+ 43 %, l. 20), baisse de la consommation (l. 15-16) également liée à l'inflation (l. 17). La croissance de la classe moyenne brésilienne s'est brusquement interrompue  les inégalités, en recul depuis Lula, augmentent de nouveau.

Comment peut-on expliquer un tel retour en arrière ? Le document 1 incrimine « le ralentissement de la demande chinoise » (l. 6-7). Cette explication renvoie aux caractéristiques fondamentales de l'économie brésilienne, qui s'est largement « reprimarisée » depuis vingt ans. Le pays est en effet un exportateur majeur de produits agricoles (soja du Mato Grosso, café du Sudeste, viande du Centro-Oeste) et miniers (fer de Carajas). La demande chinoise accrue avait entraîné une augmentation du prix de ces matières premières, une manne permettant d'alimenter les politiques sociales du président Lula. Mais Pékin peine à présent à prolonger des taux de croissance à deux chiffres. La demande s'essoufflant, les cours des matières premières ont plongé, entraînant la récession du Brésil.

[Transition] La mondialisation, qui permit l'émergence du pays, en cause aujourd'hui les difficultés économiques. Le développement du Brésil est-il compromis ou existe-t-il des motifs d'espérance ?

II. Les facteurs de l'optimisme brésilien

Le Brésil est pourvu de nombreux atouts. Le document 2 en recense certains. Si la mondialisation est cause de la récession, le « regain d'intérêt de la part des investisseurs étrangers » (l. 1-2) pourrait inverser la tendance. La dévalorisation du real constatée dans le document 1 rend en effet le Brésil attractif. Le capitalisme américain (Grand Thornton, Blackstone) pourrait ainsi profiter des « opportunités » offertes par la crise pour investir dans l'immobilier brésilien.

L'économie est également beaucoup plus diversifiée que celles d'autres pays exportateurs de matières premières de plus petites dimensions – ­Bolivie ou Équateur, par exemple, pour rester sur le continent sud-américain. Le chômage a tiré les salaires à la baisse : les industries de main-d'œuvre, tel l'agroalimentaire, en connaissent un regain de compétitivité. En 2017, le pays a ainsi connu une croissance de 1,1 % de son PIB.

info

Le « supercycle » désigne la période 2000-2011 pendant laquelle le cours des matières premières a explosé.

Le Brésil est grand comme seize fois la France. Les matières premières y sont toujours présentes en quantité phénoménale, et indispensables à la reprise actuelle de l'économie mondiale. La poursuite du « supercycle » est donc possible, par exemple avec l'émergence de l'Inde dont le taux de croissance vient justement de dépasser celui de la Chine. Et le basculement du modèle alimentaire chinois vers une consommation accrue de produits carnés et laitiers se poursuit. Nul doute que les producteurs brésiliens fourniront encore longtemps le soja et la viande nécessaires.

Conclusion

[Bilan] Ces deux documents sont donc relativement complémentaires : ils permettent d'envisager les deux facettes – positive et négative – de l'évolution du modèle économique brésilien. Le pays d'aujourd'hui est bien confronté à une crise majeure, causée paradoxalement par la mondialisation qui avait permis son émergence.

[Ouverture] Reste à gérer la crise. Or, la destitution de la présidente, Dilma Rousseff, le 31 août 2016, sur des accusations de corruption, n'incite pas à la confiance populaire. Et la cote de popularité de son successeur, Michel Temer, est au plus bas. Les manifestations se succèdent dans un pays qui doute désormais de lui-même.

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