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La société, source de conflits moraux insurmontables ?

Sujet spécimen 2020 • Dissertation

La société, source de conflits moraux insurmontables ?

4 heures

20 points

Intérêt du sujet • Le sujet invite à se poser cette question : la princesse de Clèves est-elle la victime d'une société aux règles contradictoires ?

 

En quoi, dans La Princesse de Clèves, la société place-t‑elle l'individu face à des contradictions insurmontables ?

Vous répondrez à cette question dans un développement organisé. Votre réflexion prendra appui sur le roman de Mme de Lafayette La Princesse de Clèves, sur le travail mené dans le cadre du parcours associé et sur votre culture personnelle.

 

Les clés du sujet

Analyser le sujet

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Formuler la problématique

Dans quelle mesure le roman montre-t-il le poids de la société sur les choix moraux des individus et les difficultés qui en découlent ?

En quoi le personnage de la princesse de Clèves, en particulier, permet-il d'illustrer les difficultés de la décision morale ?

Construire le plan

Tableau de 3 lignes, 2 colonnes ;Corps du tableau de 3 lignes ;Ligne 1 : 1. Une aristocrate qui aspire à l'honnêteté dans un monde d'intrigues; Quel écart existe-t-il entre les valeurs morales de Mme de Clèves et le fonctionnement de la cour ?Faites référence à des épisodes et à des personnages qui représentent la cour.; Ligne 2 : 2. Une épouse en proie au dilemme entre passion et fidélité; Mettez en lumière l'opposition entre passion et devoir chez Mme de Clèves.Montrez que l'héroïne se sent tenue à la fidélité envers son époux, mais aussi par l'éducation reçue de sa mère.; Ligne 3 : 3. Une femme condamnée au renoncement par la société ?; Expliquez que le roman met en scène une jeune femme confrontée à une société où les règles ne sont pas les mêmes pour les hommes et les femmes.Le dénouement traduit-il la victoire d'une morale janséniste, le refus de la vie en société, ou le choix éclairé d'une femme qui a perdu ses illusions ?;

Les titres en couleur ou entre crochets ne doivent pas figurer sur la copie.

Introduction

[Accroche] Considéré comme le premier roman d'analyse psychologique moderne, La Princesse de Clèves montre comment les règles sociales et les valeurs morales influent sur l'individu.

[Explication du sujet] Le roman conduit à se demander dans quelle mesure la société place l'individu face à des contradictions insurmontables. Ce questionnement semble particulièrement pertinent pour l'héroïne ; les autres protagonistes paraissent avant tout pris au piège des excès de leurs passions.

[Problématique] De quelle manière le monde dans lequel évolue Mme de Clèves s'oppose-t-il donc à ses aspirations et pèse-t-il sur ses choix ?

[Annonce du plan] Nous montrerons tout d'abord que la princesse de Clèves est une aristocrate dont les valeurs sont en contradiction avec le fonctionnement de la cour ; nous verrons ensuite qu'elle est aussi une épouse confrontée à un dilemme entre amour et fidélité ; nous nous demanderons enfin si cette jeune femme est poussée au renoncement par la société à laquelle elle appartient.

I. Une aristocrate vertueuse dans un monde d'intrigues

1. Une société du paraître

Le roman de Madame de Lafayette met en scène l'apprentissage de la princesse de Clèves, jeune aristocrate qui fait ses débuts à la cour du roi Henri II et en apprend les codes. Si la « magnificence » et la « galanterie » semblent d'abord caractériser cette société, il apparaît très vite que les « intérêts » et les « cabales » y règnent en maîtres. Rapports de pouvoir et rapports amoureux s'entremêlent, comme en témoigne le récit des luttes pour obtenir les faveurs de la reine dauphine.

Par ailleurs, la cour des Valois est présentée comme un espace clos où nul n'échappe au regard des autres. Cette manifestation de la pression sociale qui s'exerce sur les individus contribue à accroître la tension dramatique. Dès son entrée à la cour, la princesse se trouve au centre des attentions, scrutée et évaluée.

La tyrannie des regards contraint l'héroïne à apprendre la dissimulation : décidée à ne pas céder à sa passion pour M. de Nemours, elle doit aussi veiller à cacher cet amour. Lors de leur première rencontre au bal, elle prétend n'avoir pas deviné l'identité de M. de Nemours, craignant de trahir ainsi son intérêt naissant.

2. Une moralité de façade

De même, le fonctionnement officieux de la cour, où règne le double jeu, s'oppose à l'éducation donnée à la princesse par sa mère, Mme de Chartres. Si l'idéal moral de l'honnêteté (recherche de la vertu, de la mesure et du savoir-vivre) oriente les choix de l'héroïne, les membres de la cour semblent n'en avoir retenu qu'une partie, celle de la « galanterie » et du bel « esprit ».

La reine dauphine, qui contrôle les intrigues amoureuses, entend ainsi jouer le rôle de mentor auprès de la princesse à qui elle souhaite dévoiler le fonctionnement de la cour. De manière significative, le coup de foudre entre Mme de Clèves et le duc de Nemours semble être provoqué par le roi qui enjoint à la princesse de danser avec le duc, comme si la cour encourageait, de manière symbolique, l'héroïne à choisir la passion aux dépens de la fidélité conjugale, pourtant requise par la morale religieuse.

Le récit enchâssé de la vie de Mme de ­Tournon illustre bien l'incompatibilité entre les valeurs de la princesse et celles de la cour. Femme adultère assumée, Mme de Tournon est à l'opposé de Mme de Chartres, caractérisée par « la vertu et le mérite ».

mot clé

Un récit enchâssé s'emboîte dans l'intrigue tout en étant extérieur à l'action principale. Il permet une mise en perspective.

II. Une épouse déchirée entre passion et fidélité

1. La fidélité à l'éducation maternelle

L'éducation maternelle semble en effet constituer un horizon moral indépassable pour la princesse. Conformément aux normes aristocratiques de l'époque, la mère de l'héroïne conçoit le mariage comme une union où les sentiments n'ont pas de place : il importe seulement que les deux époux soient assortis en termes de statut social.

Mme de Chartres semble avoir joué le rôle d'un véritable directeur de conscience auprès de sa fille. Lors de son aveu à son mari, dans la troisième partie du roman, Mme de Clèves évoque la mort de sa mère qui, en la privant de son guide spirituel, l'a rendue vulnérable aux tentations de l'amour.

2. La fidélité à l'époux

Si M. de Clèves est passionnément épris de sa femme, cette dernière n'accepte de l'épouser que par obéissance au vœu maternel et parce qu'il est le prétendant qu'elle considère avec « le moins de répugnance ». Elle n'en refuse pas moins l'amour de M. de Nemours au nom de la fidélité conjugale.

Mais l'attirance qu'elle éprouve pour M. de Nemours est source d'une culpabilité constante, qui perdure même après le décès de son époux. C'est donc le devoir qui prime sur le bonheur pour la princesse. Ce dilemme entre passion et devoir la rapproche des héroïnes tragiques telle Émilie, dans Cinna de ­Corneille, qui doit choisir entre l'homme qu'elle aime et la piété filiale.

à noter

Les tragédies du xviie siècle mettent en scène le conflit entre les passions des personnages et leurs devoirs.

III. Une femme condamnée au renoncement ?

1. L'apprentissage des codes d'une société patriarcale

Mme de Clèves est l'héroïne d'un roman d'apprentissage. Ce type de roman met généralement en scène un héros masculin qui apprend à se faire une place dans le monde. Dans La Princesse de Clèves, l'héroïne apprend au contraire à s'en effacer.

Ayant renoncé à l'amour, la princesse donne une preuve spectaculaire de sa sincérité en avouant ses sentiments à son mari, puis en quittant la cour. Mais ces actes ne lui garantissent pas le bonheur conjugal : son mari se convainc qu'elle l'a trahi, se consume de jalousie et en meurt.

Une telle situation semble confirmer la vision pessimiste de Mme de Chartres, décrivant à sa fille un monde cruel où l'amour est dominé par le vice des hommes, et ne peut mener qu'à la souffrance, tandis que la vertu conduit à « l'élévation ».

2. Le choix de sortir du jeu ?

La fin du roman semble ainsi suggérer que la seule issue honorable pour l'héroïne est de renoncer au monde. On retrouve ici l'idéal janséniste, proche de la pensée de Madame de Lafayette.

mot clé

Le jansénisme est un mouvement catholique qui prône une morale austère et affirme que la pratique de la vertu n'est pas compatible avec la vie mondaine.

Lors de sa dernière entrevue avec M. de Nemours, la princesse, devenue veuve, refuse de l'épouser, alors que les conventions sociales ne s'y opposent plus. Elle argue notamment que la passion de M. de Nemours, sans obstacles pour la nourrir, ne peut que s'éteindre, ce qui la conduirait à nouveau au tourment.

Plutôt qu'une mort symbolique et un renoncement subi, le dénouement peut ainsi s'interpréter comme l'aboutissement de l'apprentissage du monde de la princesse : elle a éprouvé et vérifié qu'elle ne pouvait que souffrir ou se compromettre dans la société ; elle choisit donc de refuser d'en jouer le jeu et d'en sortir.

Conclusion

[Synthèse] La Princesse de Clèves retrace le parcours d'une jeune aristocrate qui découvre le monde de la cour et ses faux-semblants tout en cherchant à se conformer à l'éducation et aux valeurs morales qui lui ont été transmises. L'héroïne se retrouve ainsi confrontée à des contradictions insurmontables dans une société qui la somme de choisir entre amour et vertu.

[Ouverture] Dans les Liaisons dangereuses (1782) de Choderlos de Laclos, la marquise de Merteuil, à l'encontre de la princesse de Clèves, choisit de « venger son sexe » et de s'opposer à la morale du siècle par son libertinage, ce qui la mènera à sa perte.

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